Soudan : des centaines de civils fuient de nouvelles attaques des rebelles de la LRA

De nouvelles attaques des rebelles de l’Armée de Résistance du Seigneur (LRA) au Sud-Soudan ont forcé des centaines de personnes à fuir leurs foyers et ont augmenté de façon inquiétante les besoins en aide humanitaire, selon des responsables des Nations Unies et des travailleurs humanitaires.

Les récentes attaques ont semé la panique et la terreur dans les régions frontalières de la République démocratique du Congo (RDC) et de la République centrafricaine (RCA). Les Nations Unies ont suspendu les interventions humanitaires dans certaines zones.

Le 13 août, des travailleurs humanitaires et des employés des Nations Unies ont été évacués par hélicoptère de la ville d’Ezo, près de la frontière entre le Soudan et la RDC, après une offensive attribuée à la LRA.

Les rebelles semblent avoir programmé leur raid de façon à ce qu’il coïncide avec un office religieux. Ils ont ainsi pu piller des magasins et enlever plusieurs enfants.

L’agence des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) a déclaré le 21 août qu’elle était « très préoccupée par le sort du grand nombre de réfugiés et de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays (PDIP) affecté par les dernières attaques dans plusieurs villages situés le long de la frontière entre les trois pays ».

D’après Andrej Mahecic, porte-parole de l’UNHCR, un grand nombre de ces personnes fuyant les attaques avaient déjà été chassées de chez elles par de précédentes offensives de la LRA.

En décembre 2008, les troupes ougandaises ont mené une opération militaire soutenue par les États-Unis contre des bases rebelles isolées après que le chef de la LRA, Joseph Kony, a encore omis de se présenter à la cérémonie prévue pour la signature de l’accord de paix.
Suite à l’échec de l’opération, la LRA a organisé une série de représailles et tué des centaines de civils.

La LRA « continue à faire des ravages » dans la région et « le nombre de réfugiés et de personnes déplacées augmente régulièrement », a expliqué Lise Grande, coordinatrice humanitaire adjointe des Nations Unies au Sud-Soudan.

Plus de 180 personnes ont été tuées par la LRA au Sud-Soudan depuis la fin juillet, a ajouté Mme Grande.

« En tout, depuis fin 2008, plus de 230 000 personnes ont été déplacées à l’intérieur du pays à cause de la LRA. Plus de 25 000 personnes sont entrées au Sud-Soudan en tant que réfugiés », a-t-elle précisé.

« Et la situation ne semble pas vouloir s’améliorer. Les violences se poursuivent en RDC et en RCA et nous risquons de ce fait d’assister à de nouveaux déplacements et à une augmentation du nombre de réfugiés. »

En outre, selon des estimations des Nations Unies, quelque 360 000 Congolais ont dû fuir des attaques successives de la LRA dans le nord-est de la RDC.

Terrorisés

Les travailleurs humanitaires déplorent une situation humanitaire préoccupante et décrivent « l’atmosphère de terreur » qui règne en RDC.

« Les civils sont pris dans un dilemme », a expliqué Katharine Derderian, conseillère humanitaire pour l’organisation Médecins Sans Frontières (MSF) Belgique, rentrée depuis peu d’un séjour d’évaluation en RDC.

« Ils ont trop peur de retourner dans les zones rurales et ne peuvent donc pas cultiver leurs champs ni même envoyer leurs enfants à l’école, car ils craignent les attaques de la LRA », a-t-elle ajouté.

« Mais dans les zones urbaines où les personnes déplacées se sont installées, les ressources (santé, nourriture et autres services) sont déjà à peine suffisantes pour la population. »

Photo: Kate Holt/IRIN
Des employés des Nations Unies font la queue pour monter à bord d’un hélicoptère. Le 13 août, des travailleurs humanitaires et des employés des Nations Unies ont été évacués par hélicoptère de la ville d’Ezo
Les autorités du Sud-Soudan disent faire tout ce qui est en leur pouvoir pour protéger les civils, mais des attaques ont tout de même eu lieu à Yambio, la capitale de la région.
Le colonel Joseph Ngere Paciko, vice-gouverneur de l’Etat d’Equatoria occidental, le plus touché par les attaques de la LRA, a expliqué que les guérilleros habitués à la jungle préféraient cibler les civils et éviter les patrouilles de l’armée sud-soudanaise, l’Armée populaire de libération du Soudan (SPLA).

« Ils évitent toute attaque conventionnelle. Ils ne veulent pas affronter les forces de la SPLA », a ajouté le colonel Paciko.
Mais les analystes ont souligné que la force militaire ne suffirait pas à fournir une solution durable.

« La LRA demeure une menace, pas seulement à cause du nombre de miliciens qui en font partie, mais simplement parce qu’il s’agit d’un groupe de guérilleros », a dit Louise Khabure, de l’International Crisis Group (ICG).

« Ils se déplacent en petits groupes et personne ne sait quand ni comment ils vont attaquer. Les armées impliquées utilisent des moyens conventionnels qui sont inappropriés pour répondre aux opérations de guérilleros », a-t-elle ajouté.

Avec le référendum pour l’éventuelle indépendance totale du Sud-Soudan, prévu pour 2011, certains craignent que la LRA ne reprenne son rôle d’allié de ceux qui s’opposent à l’émergence d’un sud entièrement autonome.

Mme Khabure a dit soupçonner qu’un « soutien résiduel de Khartoum était maintenu », faisant référence au soutien apporté par le nord du Soudan à la LRA pendant les 22 ans qu’a duré la guerre civile entre le Nord et le Sud-Soudan.

Il ne sera pas facile de trouver une solution pour en finir avec les rebelles de la LRA, a-t-elle ajouté, mais renouer le dialogue avec les chefs de la LRA, qui gardent le silence depuis des mois, serait déjà un premier pas.

« Nous devons établir un contact crédible avec M. Kony », a indiqué Mme Khabure. « Il faudra ensuite l’écouter pour savoir ce qu’il veut avant de négocier de nouvelles conditions de réunion et de contrôle [des troupes]. »