SOS objets perdus

C’est une première au Cameroun : la Maison des retrouvailles de Douala collecte les objets trouvés et tente de retrouver leurs propriétaires. Depuis 1998, une équipe de jeunes bénévoles classe cartes d’identité, permis de conduire et trousseaux de clés. Visite guidée.

Quartier Bonamoussadi, banlieue-nord de Douala. Un grand hall aux murs tapissés d’une centaine de trousseaux de clés et recouverts d’étagères garnies d’objets et de papiers en tous genres… Bienvenue à la Maison des retrouvailles, unique service d’objets trouvés au Cameroun, qui accueille les usagers du lundi au vendredi. C’est en 1996 que Joseph Mbaho et huit camarades, frais bacheliers, pensent à mettre en place la structure. « Nous ne voulions pas être oisifs et nous avons commencé à réfléchir à des problématiques pour aider la population », explique-t-il. « Un des membres du groupe avait perdu son trousseau de clés et il était bien embêté… Nous nous sommes aperçu que de nombreuses personnes perdaient des choses sans aucun espoir de les retrouver. C’est comme ça que nous est venue l’idée de l’association ! »

Aucune législation n’existe au Cameroun pour ce genre d’activité. Qu’à cela ne tienne, les jeunes gens s’inspirent des célèbres Objets trouvés parisiens et reçoivent toutes les informations nécessaires par le biais de la Préfecture de police de la capitale française. Le projet prend corps en 1998. L’association s’installe à Bonamoussadi et fabrique huit petites boîtes qu’elle installe dans la ville. Objectif : encourager les habitants à déposer les objets trouvés dans ces réceptacles en forme de maisonnette. En parallèle, les membres de l’association sillonnent Douala à la recherche d’objets sans propriétaire…

Geste citoyen

Aujourd’hui, le stock atteint les 50 000 objets et l’association compte 38 boîtes (l’Union Européenne en a financé 20 dernièrement), placées sur un piquet aux endroits stratégiques de la ville : carrefours, marchés, à proximité des écoles, des commissariats… « Grâce à elles, nous quadrillons l’agglomération mais pour bien faire, il en faudrait 200 », explique Joseph Mbaho. « Nous recevons ou trouvons dans les boîtes une cinquantaine d’objets par jour. Et nous recevons cinquante appels ou visites quotidiens pour signaler un objet perdu. Sur ce chiffre, une seule personne en moyenne récupère son bien… Il y a encore beaucoup à faire ! »

Parmi les objets les plus « trouvés » : les cartes nationales d’identité (CNI), suivies par les permis de conduire, les passeports et les clés. Mais il y a aussi nombre de portefeuilles, diplômes, actes de naissance, cartes professionnelles et… trois portables, ramenés par des taximen honnêtes. « Nous avons distribué des autocollants aux chauffeurs de taxi pour les inciter à faire ce geste citoyen. Certains nous ont déposé des sacs oubliés dans leur voiture et l’un deux nous a même ramené un porte-monnaie avec 20 000 F CFA dedans. »

Code de sécurité

La Maison des retrouvailles tourne grâce à une équipe de 22 membres (dont 10 permanents) qui sont, pour le moment, bénévoles. C’est le cas de Joseph Mbaho, qui travaille quasiment à plein-temps pour l’association mais arrive à trouver, à 27 ans, un peu de temps à consacrer à ses études de droit et de marketing. La Maison vit des petites sommes que paient les usagers pour récupérer leurs biens : 500 F CFA par objet. Reconnue d’utilité publique par les autorités régionales, l’association voit sa coopération avec la police s’améliorer. La structure a également mis en place un système de code de sécurité pour prévenir les pertes. « Comme il est difficile de trouver les propriétaires des objets que nous récupérons, nous engageons les Camerounais à s’enregistrer dans notre fichier informatique pour posséder un code qu’ils peuvent graver sur leurs objets précieux ou sur les vêtements des enfants. Nous aimerions que tous les citoyens se codifient ! »

Pour le moment, Joseph et ses amis mettent l’accent sur une restitution massive des cartes d’identité car les élections présidentielles approchent et de nombreux citoyens se plaignent d’avoir égaré leur CNI. Pour cela, ils ont mis en place une vaste campagne de communication et projettent deux Journées Portes Ouvertes les 17 et 18 septembre prochains, à la salle des fêtes d’Akwa et sous le patronnage du sous-préfet de Douala I. Ensuite, ils espèrent pouvoir installer leur structure à Yaoundé et sur l’ensemble du pays. Les objets qui n’ont pas trouvé preneur au bout d’un an sont remis à ceux qui les ont déposés… Alors si vous n’arrivez plus à mettre la main sur vos lunettes ou vos clés de voiture, ayez le réflexe « Maison des retrouvailles », il se pourrait que ça marche.