SOS hôtels non classés à Marrakech

A Marrakech, certains hôtels traditionnels non classés souffrent de la concurrence des établissements modernes et mieux équipés. Alors qu’ils devraient être considérés comme des pièces du patrimoine architectural et culturel marocain, ils sont les grands oubliés des circuits touristiques.

De notre partenaire L’Economiste.

A Marrakech, l’écart est flagrant entre les hôtels classés, modernes et propres, et les hôtels traditionnels non classés, souvent mal entretenus. Certains de ces établissements ont été fondés au début du siècle dernier, comme l’Hôtel Province, bâti en 1914. D’autres ont été construits dans les années 40 et 50. Ces hôtels devraient en principe constituer un véritable patrimoine architectural, touristique et culturel. Mais leur état est loin de leur permettre de se hisser à ce niveau.

Les soixante-dix hôtels non classés de Marrakech sont majoritairement implantés dans la Médina, situés près de la place Jamaâ-El-Fna, non loin des souks et des monuments historiques, dans le coeur palpitant de Marrakech. D’une capacité de 2 700 lits, ces hôtels accueillent souvent une clientèle à très bas revenus, peu exigeante en matière d’hygiène et de confort.

Tarifs dérisoires

Ces hôtels ont connu leur heure de gloire avec l’émergence du mouvement hippie dans les années 60 et 70. A l’époque, les chambres d’hôtel étaient occupées durant de longs mois de l’année par ces touristes hors du commun.  » Aujourd’hui « , reconnaît Mohamed Sefiani, président de l’Association des hôtels non classés,  » hormis les vacances de fin d’année, Pâques et le mois d’août, ces hôtels enregistrent des taux d’occupation extrêmement bas « . Le mois d’août permet, à lui seul, d’économiser pour faire face aux impôts et taxes auxquels sont soumis ces hôtels comme la TVA.

 » Quant à la taxe de promotion touristique, les propriétaires des hôtels non classés ne la payent plus, pour la simple raison qu’ils ne se considèrent pas vraiment comme des établissements touristiques, bien que les textes les assimilent à de tels établissements « , note Mohamed Sefiani. Le niveau de vie de la clientèle oblige ces hôtels à pratiquer des tarifs dérisoires, soit 30 à 50 dirhams par personne et par nuit. Malgré l’affichage des prix, les clients n’hésitent pas à marchander pour tenter d’obtenir des réductions. Les plus hardis exigent même la remise des 25% sur les tarifs prévue par la loi,  » ce qui est tout à fait ridicule « , commente Mohamed Sefiani.

Chiffre d’affaires plafonné

Résultat :  » Le meilleur des chiffres d’affaires reste plafonné aux environs de 15 000 dirhams par mois pour les établissements bien situés. Certains hôtels s’en tirent à peine avec un chiffre d’affaires de 6 000 à 8 000 DH par mois « . Et d’ajouter que le prix d’un hôtel non classé varie entre 700 000 et 2 000 000 de DH. Dans ces conditions, l’apport en emplois est faible (en général, trois employés, y compris le propriétaire) et certains ne disposent même pas de téléphone, mais offrent une cuisine et des douches communes.

Côté mise à niveau, le président de l’association note que les professionnels n’ont ni les moyens ni la capacité de s’aventurer dans de tels projets. Selon lui, ceux qui avaient rénové leurs hôtels peinent aujourd’hui à rembourser leurs dettes.  » Il faut d’abord commencer par combattre un phénomène qui s’amplifie de plus en plus : celui de louer des maisons privées équipées à des touristes sans cadre légal.  » La guerre des hôtels ne fait que commencer.

Salah Bachir