sortir le sida du silence

La XIIIème conférence mondiale sur le Sida s’est ouverte dimanche 9 juillet à Durban, en Afrique du Sud, levant enfin le voile sur la terrible réalité de la progression du Sida en Afrique… Il faut dire clairement que cette maladie terrible, que les uns cachent pudiquement sous le nom de cancer, les autres sous celui de tuberculose, quand un membre de la famille en est atteint, touche dans certaines régions d’Afrique, un jeune adulte sur quatre ! Aujourd’hui, plus des deux tiers des malades du Sida vivent en Afrique.

Or s’il a été possible, avec les limites que l’on connaît, de juguler l’expansion du Sida dans les pays développés, ce fut essentiellement grâce à une pratique délibérée de la transparence, tant sur les modes de transmission que sur les conséquences de la maladie, jointe à une forte incitation à l’adoption de comportements sexuels sûrs, c’est-à-dire protégés. Rien ne doit être sacrifié en matière de protection sanitaire et le seul discours raisonnable est celui de la clarté : le Sida se transmet par le sang et les sécrétions sexuelles, au premier rang desquels le sperme.

Seul ce discours clair et explicite peut mettre en déroute les pratiques irresponsables rencontrées chez certains marabouts d’Afrique orientale, qui déclarent aujourd’hui encore purificatrices, donc thérapeutiques pour un homme contaminé, les relations sexuelles qu’il pourrait avoir avec des jeunes femmes vierges. Car à ce discours de vérité médicale doit correspondre un effort réel de la part de toutes les autorités publiques, y compris les autorités morales et religieuses, pour promouvoir les relations sexuelles sécurisées. Depuis quand faudrait-il que le péché soit mortel ? C’est faire preuve d’orgueil théologique que de vouloir transposer dans ce monde la sanction que s’attirera, peut-être, le pécheur, devant le tribunal suprême !

C’est nier la liberté humaine que d’empêcher l’homme et la femme d’aimer, fût-ce en dehors des normes canoniques ! Laissons donc chacun faire avec sa conscience, mais au moins sans mettre en danger la vie d’autrui et la sienne propre, car tel est bien le premier de tous les commandements sacrés de toutes les grandes religions monothéistes : tu ne tueras point.

Les enjeux de Durban ne sont pas seulement médicaux, ils sont aussi psychologiques et sociaux : une prise de conscience générale de l’Afrique, adulte et lucide, peut seule faire reculer le fléau qui la décime aujourd’hui. Sortons une fois pour toutes le Sida du silence.