Sorcellerie, une croyance qui mène au meurtre

Magalie Bamu et Eric Bikubi, couple originaire de la République démocratique du Congo résidant en Grande-Bretagne, ont été reconnus coupables par la Cour de justice de Londres jeudi 1er mars au soir pour le meurtre du jeune Kristy qu’ils ont exécuté après l’avoir accusé de sorcellerie. L’adolescent parisien était parti leur rendre visite pendant les vacances scolaires de Noël. Selon la police britannique ce type de pratiques prend de l’ampleur dans le pays.

Des vacances qui tournent au cauchemar. Le jeune parisien Kristy est mort après avoir été torturé et noyé par sa sœur Magalie Bamu, 29 ans et son compagnon Eric Bikubi, 28 ans, qui l’accusaient d’être « un sorcier ». Les violences qu’ils lui avaient infligées étaient destinées d’après eux à servir d’exorcisme pour le « délivrer » de l’esprit malin qui le possédait. Au moins 111 traces de blessures ont été retrouvées sur le corps de l’adolescent. Originaires de la République démocratique du Congo, les conjoints ont été reconnus coupables jeudi 1er mars au soir par la Cour de justice de Londres du meurtre de l’adolescent qui était venu leur rendre visite durant les vacances de Noël en décembre 2010 en compagnie de ses quatre frères et sœurs âgés de 11 à 22 ans. Leurs peines seront annoncées lundi par le juge David Paget.

Selon le journal anglais Daily Mail, Eric Bikubi, entraineur de football, a indiqué lors du procès qu’il aurait agressé Kristy sous le coup d’une schizophrénie. Il était, selon lui, irresponsable de ses actes à ce moment-là. Quant à Magalie Bamu, elle a nié avoir torturé et tué son jeune frère.

Victime des pires châtiments, il supplie qu’on le laisse mourir

Tout commence lorsque Éric Bikubi accuse Kristy et deux de ses sœurs « d’être des sorciers » et d’exercer une mauvaise influence sur le plus jeune enfant de la famille. Malgré la réfutation de ces accusations par les principaux intéressés, Magalie Bamu se range du côté de son compagnon. Le couple commence alors à battre Kristy et deux de ses sœurs, leur infligeant les pires châtiments. Les enfants tentent pourtant à plusieurs reprises d’alerter leurs parents à Paris mais ces-derniers qui s’apprêtent à les rejoindre le 27 décembre ne réalisent pas la gravité de la situation.

Kristy devient très rapidement le principal bouc émissaire du couple qui contraint même ses frères et sœurs à le torturer sous peine de subir le même sort. Le jeune homme frappé à coups de bâton, de barre de métal, de marteau et de ciseaux, finit par supplier qu’on le laisse mourir. Il meurt le 25 décembre quand Éric Bikubi oblige l’adolescent à s’allonger dans une baignoire remplie d’eau glacée. Le tortionnaire réalise peu de temps après que Kristy ne bouge plus. Mais lorsqu’il sort son corps inerte de la baignoire, il est déjà trop tard. Les sauveteurs finalement alertés par Magalie retrouvent le corps du jeune homme sans vie et ses jeunes frères et sœurs couverts d’eau glacée. Eux aussi venaient d’être battus et aspergés d’eau froide.

Des pratiques qui prennent de l’ampleur en Grande-Bretagne

Selon plusieurs experts britanniques, ce genre d’affaires est de plus en plus fréquent en Grande-Bretagne. Scotland Yard a annoncé lors du procès avoir enquêté sur 83 affaires de violences sur des enfants liées à des croyances religieuses, depuis dix ans. Le public britannique a découvert ces pratiques en 2000 suite à la mort de Victoria Climbié, une petite fille de cinq ans torturée par sa tante et son compagnon qui croyaient qu’elle était possédée. De même en 2001, la police a retrouvé dans la Tamise le torse d’un enfant de cinq ans victime d’un meurtre rituel.

Pour le surintendant Terry Sharpe, en charge de la lutte contre ce genre de crimes à la police métropolitaine de Londres, ce sont des « crimes cachés. Nos renseignements venant des communautés concernées montrent que se sont des violences plus courantes que le montrent les rapports officiels.» Selon lui, il y aurait ainsi « des cas sous-déclarés ».

La recrudescence de ce type d’affaires serait due à la croyance du « Kindoki », selon laquelle les enfants sont des sorciers possédés par des démons. Elle est répandue dans plusieurs pays d’Afrique, dont la République démocratique du Congo. Selon le rapport de l’UNICEF intitulé « les enfants accusés de sorcellerie », ces pratiques seraient liées à de nouvelles Églises pentecôtistes de mieux en mieux implantées en Afrique. Ces Églises sont notamment très présentes en Grande-Bretagne. « L’essor de ces nouvelles Églises africaines depuis 2005 est très impressionnant », a confié au Daily Telegraph, Debbie Ariyo, présidente de l’association anglaise Africans Unite Against Child Abuse (Afruca). Selon elle, « l’un des points communs entre ces Églises est la croyance dans l’exorcisme contre la sorcellerie. »

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