Somalie : les milices islamiques s’emparent de Jowhar

Les milices des tribunaux islamiques se sont emparées mercredi matin de la ville de Jowhar, dernier bastion de l’alliance des chefs de guerre après leur défaite dans la capitale somalienne. Cinq personnes auraient été tuées et neuf autres blessés durant l’offensive.

Par Vitraulle Mboungou

La ville de Jowhar, à 90 km de la capitale somalienne, est tombée aux mains des tribunaux islamiques après une offensive éclair mercredi matin. « Cinq personnes ont été tuées et neuf blessées dans la bataille. Le nombre de victimes est certainement plus élevé. », a signalé à la presse un commandant des milices islamiques. Jowhar, dernier bastion des seigneurs de guerre depuis leur défaite dans la capitale Mogadiscio le 5 juin dernier, a été attaquée sur deux fronts. Des tirs d’armes lourdes ont été entendus dans les environs de la bourgade de Borruu, à 15 km au sud de la ville, mais aussi près de Burane, à 15 km au nord, non loin de l’aéroport de Jowhar. Une grande confusion régnait parmi la population, prise en tenaille entre deux feux et incapable de quitter la ville, rapporte un correspondant de l’AFP. Cette offensive était attendue depuis plusieurs jours. Venant de la ville de Balad, l’Union des tribunaux islamiques avait rassemblé ses forces autour de Jowhar pour l’assaut final contre l’ARPCT. Les Nations unies et d’autres agences internationales ayant des bureaux dans cette ville avaient évacué leur personnel international et leurs travailleurs locaux.

En s’emparant de cette ville stratégique, les milices islamistes s’assurent le contrôle de la quasi-totalité du Sud, estiment les spécialistes de la Somalie. Face à leur avancée, les principaux chefs de guerre avaient quitté la ville depuis mardi soir. Parmi eux, deux anciens membres du gouvernement de transition, Mohamed Qanyare Afrah et Botan Isse Allen, fidèles de Mohammed Dheere, principal chef de l’Alliance pour le rétablissement de la paix et contre le terrorisme (ARPCT) et ancien maître de cette localité. Il semblerait qu’ils aient été invités à partir par les anciens des clans de Jowhar, pour éviter un bain de sang. Ils se seraient ainsi réfugiés avec de nombreux combattants à El Bur, dans la région centrale de Galgudud, à 330 km au nord-est de la capitale somalienne, tandis que Mohammed Dheere serait depuis quelque temps déjà en Ethiopie à la recherche de soutiens pour une contre-offensive.

Des sanctions contre les chefs de guerre

Les ministres des Affaires étrangères des sept pays (Djibouti, Erythrée, Ethiopie, Kenya, Soudan, Ouganda et le gouvernement somalien de transition) composant l’Autorité intergouvernementale sur le développement (IGAD), ont décidé, à l’issue d’une réunion à Nairobi (Kenya) mardi, d’interdire aux chefs de guerre somaliens d’entrer dans les pays de la région et de geler leurs comptes bancaires. Ils ont également proposé une amnistie « à ceux qui se sont livrés à des activités illégales par le passé mais qui ont maintenant décidé de se rendre et de suivre la voie du dialogue avec le gouvernement fédéral de transition, qui est l’autorité légitime en Somalie ».

L’IGAD, a par ailleurs implicitement critiqué, lors de cette réunion, le soutien des Américains à l’ARPCT, estimant qu’il mettait à mal leurs efforts de reconstruction dans la corne de l’Afrique. Ainsi, selon Raphael Tuju, le chef de la diplomatie kenyane : « Ceux qui soutenaient les seigneurs de la guerre sabotaient les efforts de la communauté internationale pour aider les Somaliens à reconstruire le pays », rappelant que ces chefs de guerre claniques faisaient « régner la terreur » à Mogadiscio depuis 15 ans. L’IGAD a servi de médiateur dans les pourparlers qui ont amené il y a deux ans à la formation du gouvernement de transition en Somalie. Ce dernier, très fragile, n’a jamais réussi, malgré le soutien de l’ONU, à s’installer dans la capitale somalienne à cause de l’insécurité, et a dû aller à Baidoa (à 250 km) après avoir fait ses débuts au Kenya.