Insécurité en Somalie : « Médecins sans frontières » fait ses valises

L’Organisation humanitaire, Médecins sans frontières (MSF), a annoncé son retrait de la Somalie, pour cause de problème de sécurité rendant ses interventions impossibles. Après 22 ans de permanence dans le pays, marqués par la guerre civile, MSF s’est déclarée dans l’« incapacité » de continuer à travailler en Somalie.

L’Organisation non-gouvernementale « Médecins sans frontières », se dit dans l’incapacité d’assurer sa mission dans un pays en proie à une violente guerre civile. Les enlèvements répétitifs et la montée incessante de l’insécurité, ont fini par contraindre l’organisation à abandonner sa mission. Après 22 ans de mission, MSF quitte la Somalie avec le sentiment du devoir inachevé. Une décision lourde à prendre, mais qui s’est avérée incontournable, du fait de l’impossibilité de négocier un espace de conditions de travail satisfaisant pour les membres de l’organisation.

Une mission impossible ?

En vingt-deux ans, seize collaborateurs de « Médecins sans frontières » ont été tués en Somalie, et les risques pour les personnels humanitaires sont devenus encore plus aggravants. Dernièrement, deux employés ont été assassinés à Mogadiscio, et un peu plus tôt deux autres femmes ont été prises en otage sur un camp de réfugié. Face aux dangers qui ne cessent d’accroître, MSF qui était l’une des rares ONG internationales encore présentes dans le pays, « entame la fermeture de toutes ses activités humanitaires en Somalie (…) à partir d’aujourd’hui (15 août 2013)», a annoncé le président de MSF-Somalie, Unni Karunakara, à la presse à Nairobi. Le « déséquilibre insoutenable entre les risques auxquels nos équipes sont confrontées, les compromis que nous devons faire et notre capacité à fournir une assistance aux victimes somaliennes », ont poussé l’organisation à prendre cette décision, selon son représentant sur place. Dans un communiqué qui a accompagné cette déclaration, MSF se déclare avoir pris sa décision « à la suite d’agression extrêmement graves sur les équipes dans un contexte où les groupes armés et les autorités civiles tolèrent, voir soutiennent les assassinats, les enlèvements et les attaques à l’encontre des travailleurs humanitaires ». Selon Marie-Noëlle Rodrigue, Directrice des opérations de « Médecins sans frontières » à Paris, l’ONG « n’arrive plus à négocier la reconnaissance du travail, de l’assistance et de ses actions avec certains acteurs ». Allant jusqu’à affirmer que MSF s’était rendu compte que « certains (de ces acteurs) étaient même impliqués dans des agressions contre MSF ».

Des conséquences économiques, en plus des besoins humanitaires

MSF quitte donc la Somalie laissant derrière elle des milliers de personnes dans le besoin. L’organisation se défend d’avoir été poussée à la sortie. En effet, il est très rare que l’organisation se retire entièrement d’un pays. Opérant souvent dans « des principes humanitaires, toujours fragiles ». Aujourd’hui MSF continue d’exercer en Syrie et en Afghanistan, des zones réputées très dangereuses.
MSF se retire donc complètement de Somalie. Quatorze hôpitaux fermeront leurs portes, et plus de 1 700 salariés somaliens perdront leur travail sur place. Une décision sans précédent pour l’Organisation humanitaire. « Une décision très douloureuse pour MSF », d’après la Directrice des opérations à Paris. De ce fait, elle espère, qu’elle restera « exceptionnelle ».
La dernière fois que MSF a dû quitter un territoire, c’était en 2004, en Afghanistan, après cinq assassinats non résolus de collaborateurs de l’organisation. Une décision de reprise des activités en Somalie reste exclue à court terme, selon les déclarations du Dr Karunakara.