Somalie : fournir de l’aide malgré les obstacles

Alors que les organisations humanitaires tentent d’accroître l’aide aux milliers de personnes présentes dans le centre-sud de la Somalie, qui est contrôlé par le groupe d’opposition Al-Shabab, IRIN a demandé à la Société du Croissant-Rouge somalien (SCRS), qui intervient dans la région depuis 40 ans, d’expliquer comment elle travaille.

« Nous accordons une très grande importance à la transparence de nos relations avec Al-Shabab et les autres organisations [Al-Shabab n’est pas une entité monolithique] et à la non politisation de nos actions, de quelque façon que ce soit », a dit Abdulkadir Ibrahim de la SCRS. « C’est le conseil que nous aimerions donner à d’autres organisations non gouvernementales (ONG) qui souhaitent intervenir ici ».

La Société du Croissant-Rouge somalien, qui compte plus de 4 000 volontaires, réalise des interventions dans le sud et le centre de la Somalie. « Nous dirigeons des centres d’alimentation thérapeutique (OTP) depuis deux ou trois ans ».

Au début de l’année 2010, les organisations humanitaires pouvaient encore intervenir dans les zones contrôlées par Al-Shabab grâce au dialogue fructueux, « né des relations établies de longue date au sein des communautés locales dont les dirigeants d’Al-Shabab font partie », a souligné le dernier rapport du Groupe de contrôle des Nations Unies sur la Somalie.

Mais la situation s’est fortement dégradée à la mi-2010. « La choura [organe consultatif] d’Al-Shabab, basé à Mogadiscio [la capitale], Kismayo [port situé au sud-ouest de Mogadiscio] et Baidoa [capitale de la région de Bay, qui est désormais touchée par la famine], avait consolidé, réorganisé et étendu son influence bien au-delà des principaux centres urbains de la Somalie », a indiqué le rapport.

Dans les régions de la Moyenne et de la Basse Shabelle – qui sont désormais touchées par la famine – Al-Shabab et ses factions continuent à entraver les opérations humanitaires. Le rapport des Nations Unies a indiqué qu’au début 2011, il exigeait déjà le versement d’un dollar par jour pour scolariser un enfant, ainsi qu’un versement de la part des enseignants. Les factions d’Al-Shabab sont également connues pour imposer des taxes aux organisations humanitaires.

Mais les ONG, qui bénéficient d’un soutien fort de la part des communautés, ont continué leur travail pendant l’année 2010, a dit M. Ibrahim. « On ne nous a jamais demandé de payer quoi que ce soit ; nous ne payons même pas de taxes pour transporter l’aide par la route ».

Avant le transport de chaque lot d’aide depuis Mogadiscio, la capitale somalienne, l’organisation prend contact avec la faction qui contrôle la route qu’elle compte emprunter, a indiqué M. Ibrahim. « Les factions vérifient tous nos papiers et nous leur expliquons ce que nous faisons et pourquoi nous le faisons avant d’obtenir leur feu vert ».

M. Ibrahim a dit que puisque son organisation était présente depuis 1963, qu’elle avait survécu à la guerre civile qui avait débuté en 1991 et à la dernière grande famine de 1991-92, elle faisait « partie de la communauté et jouissait de son respect. Nous croyons au dialogue. Nous entretenons un dialogue permanent avec les personnes qui contrôlent les zones dans lesquelles nous intervenons pour parler des besoins des populations et de nos actions ».

Il a indiqué que son organisation avait détecté les signes avant-coureurs de la famine, mais « nous n’avions pas la capacité de répondre alors même que les besoins devenaient de plus en plus importants ».

M. Ibrahim a dit qu’il avait vu, plus tôt cette année, plus de 200 personnes faire la queue à un centre OTP du Bas-Juba pour obtenir de l’aide dès 7h30. « Nous essayons désormais de nous concentrer sur les problèmes de santé et sur le recrutement d’infirmières au sein de la communauté ».

Compétences et infrastructures

Il existe dans la communauté du personnel de santé formé aux premiers soins, a-t-il dit. Au fil des ans, plusieurs ONG et agences des Nations Unies ont organisé des ateliers visant à améliorer les compétences, alors que les Somaliens fuyaient la guerre civile.

Le manque d’infrastructures routières de qualité constituait l’un des principaux obstacles au transport de l’aide en temps opportun.

Le Croissant-Rouge fournit l’approvisionnement mensuel de riz, d’huile et de graines de légumineuses à quelque 160 000 personnes, a dit M. Ibrahim. « Un Land-Cruiser parcourt une distance de 300 km en environ un jour et demi depuis Mogadiscio ; un camion chargé d’aide alimentaire parcourt la même distance en trois à quatre jours ».

L’organisation préfère se rendre directement en avion à Mogadiscio, car cela lui permet de traiter avec moins d’autorités hiérarchiques. « Nous n’aimons pas emprunter la voie terrestre qui part de la frontière kenyane, car nous devons nous déplacer des zones contrôlées par le gouvernement fédéral transitoire (GFT) le long de la frontière jusqu’aux zones contrôlées par Al-Shabab. Traverser les lignes qui séparent les zones contrôlées par le GFT et les zones contrôlées par Al-Shabab est très difficile [cela implique de longues négociations des deux côtés] ».

Le rapport du Groupe de contrôle des Nations Unies a souligné : « Les principaux obstacles à la sécurité et à la stabilisation du sud de la Somalie sont le manque de vision ou de cohésion des dirigeants du gouvernement fédéral transitoire, sa corruption généralisée et son échec en matière de progression du processus politique. Le refus du gouvernement de travailler avec les forces politiques et militaires locales dans le reste du pays ou de leur donner mandat est encore plus nuisible ».

M. Ibrahim a indiqué qu’il serait bénéfique de coordonner le secteur de l’aide.

« Il y a tellement d’ONG, y compris les ONG arabes, qui viennent en Somalie pour fournir de l’aide, mais personne ne semble savoir sur quel point elles devraient se concentrer ou qui sont ceux qui ont des besoins – elles sont toutes à Mogadiscio et elles essayent de s’associer aux ONG locales – nous sommes en situation d’urgence, nous avons besoin d’aide, mais quelqu’un doit s’occuper de la coordination », a dit M. Ibrahim.