Sœur Yolanda Sanchez : au service de la femme en détresse


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A Dakar, il existe un lieu où les femmes, les jeunes filles et les fillettes en détresse peuvent trouver refuge. Cet endroit, c’est le foyer Keur Rose Virginie que finance la Fondation Raoul Follereau. Entretien dans la capitale sénégalaise avec sa responsable, la Sœur Yolanda Sanchez de la Communauté des sœurs du Bon Pasteur.

A Dakar, la capitale sénégalaise, le Foyer Keur [[signifie « chez » en wolof]] Rose Virginie [[nom de baptême de la fondatrice de la communauté des sœurs du Bon Pasteur, Sainte Marie Euphrasie]] est devenu un refuge pour les femmes, les jeunes femmes et les fillettes. A l’initiative des sœurs de la Congrégation française du Bon Pasteur, présente sur le territoire sénégalais depuis 25 ans, des femmes réapprennent à vivre et à s’assumer pour se réinsérer dans la société mais aussi dans un cercle familial qui les a autrefois rejetées. Pour cela, elles peuvent compter sur le soutien de Sœur Yolanda Sanchez, responsable de la communauté à Dakar et du foyer. Fidèle à la mission de sa communauté auprès des femmes et des jeunes filles en difficulté à travers le charisme de la réconciliation, avec soi et avec autrui, la Colombienne arrivée au Sénégal en 1993 ne ménage aucun effort au service des autres. Une attitude qui ne date pas de son entrée dans les ordres à l’âge de 24 ans. Celle qui parle couramment le wolof s’était auparavant engagée dans les prisons auprès des prostituées et des enfants en détresse qu’elle avait pris l’habitude de recueillir dans l’atelier familial. Menuisière et secrétaire de son père dans l’entreprise familiale, elle prend conscience de sa vocation lorsque sa sœur prononce ses premiers vœux en janvier 1986. Six mois plus tard, elle quitte sa grande famille de 14 enfants où on la surnommait déjà nana – petit diminutif qui renvoie à un terme proche de maman en espagnol – et sa ville de Cucuta, située au nord-est de la Colombie, pour Dieu.

Afrik.com : Comment est né ce foyer ?

Sœur Yolanda :
Le foyer a été officiellement créé en 1997. Nous avions commencé à recueillir de nombreuses jeunes filles et femmes qui venaient demander de l’aide. Surtout des filles-mères célibataires qui se faisaient chasser de leurs maisons à la suite de leurs grossesses. Nous nous sommes également intéressés aux mineures emprisonnées parce que nous nous inquiétions de les savoir en prison. Après en avoir discuté avec le juge, nous avons obtenu l’autorisation d’accueillir celles qui avaient la volonté de s’en sortir. Nous accueillons aussi des jeunes filles qui sont en phase de transition : elles viennent de sortir de prison et n’intègrent pas immédiatement le domicile familial pour que leur retour se fasse en douceur. De même, nous recevons des enfants en danger moral, ceux qui évoluent dans un cadre familial difficile qui ne contribue pas à leur évolution. Ou encore des enfants de la rue et des fillettes maltraitées. Ces derniers nous sont souvent confiés par des personnes qui les ont rencontré dans la rue ou par des organisations comme le Comité de lutte contre les violences faites aux femmes ou les services sociaux. C’est souvent le cas des enfants maltraités. Nous recevons aussi des enfants victimes de pédophilie et des femmes battues. Toutes les personnes qui vivent au foyer sont suivies par un psychologue qui les reçoit chaque mois.

Afrik.com : Avez-vous la possibilité d’accueillir toutes celles qui viennent frapper à votre porte car je suppose que les sollicitations sont nombreuses ? Est-ce que vous avez des critères qui vous permettent de décider qui vous allez accueillir en priorité ?

Sœur Yolanda :
C’est rare que l’on refuse d’aider ceux qui font appel à nous, pour ne pas dire jamais. Les personnes à qui nous opposons un refus sont celles qui nous mentent mais la plupart des personnes que nous recevons ici nous disent la vérité. Nous nous en rendons compte à travers les enquêtes systématiques que nous menons quand quelqu’un nous demande notre aide. Toutes les jeunes filles qui viennent à nous sont souvent rejetées par leurs familles et l’on peut deviner dans leurs attitudes si elles nous disent la vérité. Cependant, j’ai eu l’occasion de rencontrer une mère célibataire qui est venue un soir au foyer en affirmant qu’elle avait été chassée par sa tante. Mon enquête m’a permis de découvrir qu’elle habitait chez sa sœur et son beau-frère qui l’avait recueillie et qu’elle y était bien traitée. On lui demandait seulement de participer aux tâches ménagères. Mais son beau-frère m’a expliqué qu’elle refusait de le faire, ce qui constituait, en plus de son attitude insouciante, un mauvais exemple pour les plus jeunes, en l’occurrence ses propres enfants. Ce qu’il ne pouvait accepter. Elle a donc quitté le domicile familial de son propre chef. Il est bien évident qu’une mère célibataire ne peut pas se conduire comme une jeune fille sans aucune responsabilité. Cela, elle semblait ne pas l’avoir compris. Et je n’ai pas manqué de lui faire savoir la chance qu’elle avait, comparée à d’autres jeunes filles, qui, elles, étaient obligées de se retourner vers le foyer parce qu’elles n’avaient pas d’autre recours.

Afrik.com : Combien de jeunes filles pouvez-vous accueillir ?

Sœur Yolanda :
Nous avons une capacité d’accueil de 16 personnes. Quand nous sommes submergés, nous les dirigeons vers nos foyers de Mbour (créé en 1998, ndlr) et de Thiès (créé en 1999, ndlr) qui ont des capacités d’accueil plus limitées.

Afrik.com : Quand les mères célibataires viennent à vous, que faites-vous ?

Sœur Yolanda :
Nous commençons par leur apporter des soins médicaux parce qu’elles n’ont pas eu l’occasion de s’en procurer auparavant. Elles participent à toutes les tâches collectives dans la mesure du possible. Cette année, elles ont commencé à recevoir des cours d’économie familiale, de savoir-vivre, de français et de couture. Nous disposons également d’un centre de formation d’employés de maison, par ailleurs ouvert au public, afin que les mères, dès qu’elles sont en mesure de le faire, puissent reprendre une activité sans nuire à l’enfant. La formation dure trois mois et nous les aidons à trouver un emploi. Nous disposons également d’un atelier de broderie où nous recevons directement des commandes. Enfin, il y a des filles qui sortent du foyer en ayant un projet, là nous les aidons à s’installer.

Afrik.com : Et les enfants maltraités ?

Sœur Yolanda :
Nous les scolarisons en bénéficiant de tarifs préférentiels auprès d’autres communautés religieuses. Cette année, par exemple, les deux fillettes qui vivent au foyer ont été scolarisées gratuitement. Nous nous occupons juste des fournitures.

Afrik.com : Combien de temps les personnes sont-elles supposées rester au foyer ?

Sœur Yolanda :
Nous n’avons pas de délai particulier, seulement nous veillons, à quelques exceptions près, à ce que nos pensionnaires ne prennent pas goût au foyer afin qu’elles puissent se réinsérer socialement et réintégrer rapidement la famille. C’est notre objectif majeur, je pense que c’est la seule solution car il y a un travail à faire entre la jeune fille et sa famille. Nous essayons toujours de maintenir le contact avec la famille quand c’est possible afin que les personnes puissent réintégrer un cadre familial de préférence issu de leur parenté. Car nous avons essayé avec des bénévoles mais cela n’a pas été concluant. Nous avons ainsi eu l’occasion de confier une fillette à une Européenne très gentille. Mais l’enfant a été complètement dépaysée. A 13 ans, c’était au début de l’année dernière, elle a commencé à manifester des signes de rébellion. Alors la dame a dit qu’elle ne pouvait plus la garder. La gamine a donc fait ses bagages et débarqué au foyer. Sa tutrice est arrivée ici toute affolée et nous l’avons rassurée. Heureusement, nous avions maintenu le contact avec sa famille à Kaolack. En définitive, nous nous sommes rendues compte que ce n’était pas la meilleure solution même si les personnes qui se proposent sont de bonne volonté. Dans tous les cas, nous maintenons toujours le contact, après leur sortie du foyer, afin de nous assurer que le retour dans la famille se passe bien.

Afrik.com : Comment sont financées vos activités ?

Sœur Yolanda :
Nous bénéficions à 90% de l’aide de la Fondation Raoul Follereau qui est notre principal bailleur de fonds. Cependant, nous avons créé une petite activité, à savoir une petite boutique qui comprend un télécentre. Le tout est géré par deux personnes : une ancienne pensionnaire du foyer, qui est temporairement logée ici, et une autre jeune fille, Elisabeth Athia Diouf, qui a accouché en février dernier au foyer (dont la fille se prénomme Yolanda, comme la sœur, ndlr). Il y a également des bonnes volontés qui nous font des dons et puis nous essayons ça et là de trouver d’autres sources de revenus. Nous continuons de frapper à d’autres portes car le budget des trois foyers que nous gérons atteint près de deux millions de francs par mois. Et il nous arrive de le dépasser avec les hospitalisations, les accouchements… cependant nous essayons toujours de gérer au mieux nos ressources financières.

Afrik.com : Quels espoirs nourrissez-vous quant à toutes ses personnes que vous accueillez ?

Sœur Yolanda :
Je souhaite qu’elles s’épanouissent parce que toutes les personnes qui arrivent au foyer souffrent moralement et physiquement. Ce sont des enfants maltraités qui se retrouvent privées de toute ressource car souvent elles n’ont pas eu l’opportunité d’aller à l’école ou de finir leurs études. Elles se retrouvent donc dans des situations impossibles. C’est pourquoi, pour ce qui est de leur formation, nous ne ménageons pas nos efforts pour leur permettre de travailler. L’appui psychologique fait aussi partie intégrante de notre démarche pour les aider à reprendre goût à la vie. Le plus important étant qu’elles puissent retrouver le bonheur et si possible au sein de leur famille.

Pour envoyer des dons :

Sœurs du Bon Pasteur

Foyer Keur Rose Virginie

BP 5096-12533

Dakar Fann

Sénégal
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