Situation des détenus d’opinion en Algérie : la FIDH tire la sonnette d’alarme

Arrestations, intimidations et harcèlements au quotidien des militants et activistes du Hirak (mouvement populaire lancé depuis le 22 février 2019), se font au vu et au su de tous, et ce malgré la conjoncture sanitaire que vit l’Algérie et en plein mois de Ramadan.

« Le pouvoir algérien ne recule devant rien », constate Said Salhi, vice-président de la Ligue Algérienne pour le Défense des Droits de l’Homme (LADDH). Les Organisations Non Gouvernementales tirent, à chaque occasion, la sonnette d’alarme afin d’attirer l’attention des gouvernements sur le danger potentiel qu’encourent « les détenus d’opinion » et les journalistes incarcérés « arbitrairement » en Algérie.

En effet, l’Observatoire pour la protection des défenseurs des Droits de l’Homme (FIDH-OMCT) demande la libération immédiate des défenseurs des droits humains, ainsi que l’arrêt de toute forme de harcèlement. L’ONG a répertorié les situations individuelles d’une vingtaine de défenseurs des droits humains harcelés par les autorités algériennes, lors d’une étude rendue publique, jeudi 7 mai, intitulée « Algérie : zoom sur le Hirak ».

« S’il n’existe pas de chiffre officiel d’arrestations ou de détentions, le Comité national de libération des détenus (CNLD) estimait le 30 mars 2020 le nombre de ’’détenus du Hirak’’ à 1 200. Depuis le début du soulèvement populaire le 22 février 2019, les interpellations, arrestations, détentions arbitraires et mauvais traitements de militants pacifiques, mais aussi de simples manifestants se sont multipliés », peut-on lire dans le document.

L’organisation non-gouvernementale met l’accent sur la reprise de la répression des militants et activistes du Hirak depuis quelques semaines. « La vague de libérations de manifestants et de figures du Hirak, entre décembre 2019 et janvier 2020, n’aura été qu’un espoir de courte durée », regrette l’organisation.

Et d’ajouter : « La répression a repris en février, avec des manifestations violemment réprimées par la police, donnant lieu à des centaines d’interpellations de manifestants pacifiques, et une série de condamnations lourdes à compter du mois de mars », tout en dénonçant l’attitude des autorités algériennes qui usent du sens de responsabilité des acteurs du Hirak, qui ont décidé de suspendre toutes activités de rue pour éviter la propagation du Covid-19.

« En réponse, les autorités ont continué d’arrêter, de harceler et de condamner les défenseurs des droits humains qui avaient manifesté pacifiquement jusqu’au 15 mars 2020 », déplore l’organisation tout en précisant que « le 6 avril 2020, un tribunal d’Alger a condamné M. Abdelouahab Fersaoui, président du Rassemblement Actions Jeunesse (RAJ), à un an de prison pour « atteinte à l’intégrité du territoire national » et « incitation à la violence pour nuire à la défense nationale ».

L’Observatoire demande aux autorités algériennes de : « Libérer de façon immédiate et inconditionnelle les défenseurs mentionnés dans l’étude et, plus largement, l’ensemble des défenseurs des droits humains arbitrairement détenus en Algérie ».

Elle appelle également, lit-on dans le même document, « à la mise en place de mesures d’urgence visant à préserver la santé des détenus, notamment en matière d’alimentation, de santé, d’hygiène et de mise en quarantaine, de manière adaptée, limitée dans le temps et transparente ».