Sir Samuel présente « Vizé pli o »

Sir Samuel dans les locaux de EMI

Sir Samuel, membre du célébrissime groupe hip-hop français, Saïan Supa Crew, sort ,le 18 avril prochain, Vizé pli o, son premier album solo. Un opus reggae qui témoigne de l’identité et des influences urbaines de l’artiste d’origine guadeloupéenne. Quelle est l’histoire de ce projet solo ? Comment est-ce qu’il vit ce nouveau départ ? Qu’en est-il du Saïan ? Sir Samuel s’est prêté, en toute simplicité, au jeu des questions/réponses avec Afrik.

Par David Cadasse et Akim Kossoko

Sir Samuel en solo. En marge du célèbre groupe hip-hop Saïan Supa Crew, avec lequel il a tourné pendant six ans, Sir Samuel vient de concrétiser un projet solo dans les bacs le 18 avril prochain. L’album reggae Vizé pli o est toute l’expression de ses propres vibrations artistiques et d’une identité créole affirmée. A 27 ans, l’artiste d’origine guadeloupéenne prend ici un nouveau départ, même si l’aventure avec le Saïan est loin d’être terminée. Simple et humble, il nous explique son parcours, son album, ses ambitions et le Saïan.

Afrik.com : Comment définiriez-vous le style de votre album ?

Sir Samuel :
Comme du reggae hip-hop. Parce que je fais partie d’un groupe hip-hop et que j’ai de grosses influences reggae.

Afrik.com : Pourquoi avoir décidé de faire un album solo ?

Sir Samuel :
Dans le Saïan, il y a des personnes d’Afrique du Nord, d’Afrique centrale, d’Afrique de l’Ouest et des Antilles. Et mon identité créole était difficile à exprimer pleinement dans le groupe. Et puis je voulais faire un projet reggae pour ouvrir cette musique, qui vit un peu en autarcie.

Afrik.com : Beaucoup parlent de la mort du Saïan. Votre album solo n’entérine-t-il pas cette rumeur de rupture du collectif ?

Sir Samuel :
Pas du tout. C’est le concept même du Saïan de promouvoir les individualités. Nous avons beaucoup tourné avec le Saïan, dans toute l’Europe, y compris en Europe de l’Est. Nous avions besoin de faire une pause. Et nous redémarrons petit à petit. Il n’y a pas de rupture au sein du Saïan, seul Specta a quitté le groupe parce qu’il ne s’y retrouvait pas artistiquement. Par ailleurs, nous travaillons sur le troisième album. Chacun suit ses propres projets pour revenir plus fort dans le collectif, qui gagne ainsi en expérience. Ça lui apporte une nouvelle fraîcheur car il puise dans les acquis qui ont été appris par chacun.

Afrik.com : Comment définiriez-vous votre identité ?

Sir Samuel :
Comme en témoigne la pochette de mon album, je suis un mélange de Paris et de Pointe-À-Pitre. Mes parents sont Antillais, mais j’ai eu une éducation hexagonale. Je suis né en France et il faut reconnaître que ce n’est pas la même chose que là-bas au niveau des codes et des repères culturels. J’ai toutefois des racines créoles qui s’expriment notamment par le fait que je chante en créole, comme en français. Je passe de l’une à l’autre sans difficulté.

Afrik.com : Sentez-vous un clivage quand vous retournez aux Antilles entre vous et les natifs ?

Sir Samuel :
Absolument pas. Je suis le bienvenu quand je vais à la Guadeloupe. Je crois que c’est une question d’adaptation, de respect et d’esprit d’ouverture.

Afrik.com : Sur votre album, vous avez fait un duo avec Jocelyne Beroard (du groupe Kassav). Comment s’est passée la rencontre ?

Sir Samuel :
J’avais commencé à écrire en pensant à un duo avec elle. Comme je voulais avoir un peu de la plume de Jocelyne, j’ai essayé de me glisser dans son style d’écriture. Quand je lui ai demandé de poser sur le titre, elle a tout de suite accepté. Elle a vu ce que j’avais commencé à faire, et ça correspondait parfaitement avec la manière dont elle aurait écrit le texte. Et elle a écrit l’autre partie de la chanson. Bien que ce soit une très grande dame de la chanson et une grande professionnelle, elle doutait tout le temps de son travail. Très simple, elle est aussi extrêmement perfectionniste.

Afrik.com : Vous êtes dans une grande maison de disque. Orientent-ils la direction artistique de votre musique pour la rendre plus commerciale ?

Sir Samuel :
Le seul directeur artistique, c’est le Saïan. C’est toute l’équipe qui a gravité autour du projet. Cela fait six ans que je suis en maison de disques et je sais comment les choses fonctionnent. Je sais faire la part des choses, c’est pourquoi je ne m’enfermerai pas dans des choses trop spécialisées. D’autant que l’ambition de ma musique est qu’elle soit accessible par le plus grand nombre. La musique et le micro sont pour moi une passion que je souhaite communiquer à un maximum de personnes.

Afrik.com : Ce côté « grand public » ne vous pose-t-il pas de problèmes avec les puristes reggae ?

Sir Samuel :
Je n’ai aucun problème avec les puristes que je côtoie beaucoup puisque je garde un pied dans l’underground. Chacun se retrouve dans ma musique.

Afrik.com : Vous avez un morceau dance hall, de très bonne facture, dans votre opus. Pourquoi ne pas en avoir fait plusieurs, d’autant que c’est un genre très tendance ?

Sir Samuel :
Le dance hall est un style que j’ai emprunté très longtemps, parce que j’aime bien ce type de performance. Mais j’avais envie de pousser le travail musical pour développer ma propre emprunte artistique.

Afrik.com : Vous avez déjà de longues années d’expérience derrière vous. Réfléchissez-vous aujourd’hui en terme de « carrière » ?

Sir Samuel :
C’est vrai que j’ai un petite carrière. Nous (le Saïan, ndlr) avons tourné dans plusieurs pays. Mais là, je repars à zéro. Finalement je n’arrive pas à faire des additions. Je ne peux pas arriver avec l’assurance des six ans passé avec le Saïan. En écrivant mon album, je me suis, plus d’une fois, demandé : « Est-ce que je vais être à la hauteur ». Après le succès du Saïan, je me demandais comment rebondir pour ne pas être catalogué.

Afrik.com : Comment gère-t-on justement le succès phénoménal que vous avez rencontré avec le Saïan ?

Sir Samuel :
Moi, je ne demande pas beaucoup à la vie. Si ma famille va bien et que je peux faire de la musique, je n’en demande pas plus. J’ai des aspirations qui ont toujours été très simples. C’est ce qui m’a aidé, je crois, à gérer le succès.

Afrik.com : « Après le show », le dernier titre de votre album, exprime la solitude de l’artiste en tournée. Est-ce une réalité ?

Sir Samuel :
Effectivement, je montre l’envers du décor, le retour à la réalité après le show, où l’on sent le poids de ses obligations, où les questions d’argent, de factures, vous reviennent en pleine figure. C’est vrai que la musique urbaine marche bien, mais ça ne sera jamais aussi lucratif que Céline Dion. Et puis au niveau familial, c’est vrai que quand vous êtes dans un bus depuis plus d’un mois, votre famille commence vraiment à vous manquer.

Afrik.com : Quel est le morceau qui vous touche le plus dans votre album ?

Sir Samuel :
(Sans hésiter) « Fou d’elle ». Car c’est un morceau dédié à ma petite fille. Et parce que mon père y joue de la guitare.

 Sir Samuel, « Vizé pli o », EMI, 2005

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 Commander l’album de Sir Samuel, sortie officielle le 18 avril 2005