Sierra Leone : premières condamnations pour les criminels de guerre

De 45 à 50 ans de prison. Ce sont les premières peines que le Tribunal spécial pour la Sierra Leone a prononcé, jeudi, à l’encontre de trois anciens chefs de guerre. Alex Tamba Brima, Santigie Borbor Kanu et Brima Bazzy Kamara ont été reconnus coupables de crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Comme tous les accusés du Tribunal, ils se disaient innocents.

« Nous demandons au peuple de Sierra Leone de nous pardonner », avait déclaré lundi dernier Brima Bazzy Kamara, durant les réquisitions, alors qu’Alex Tamba Brima se disait « désolé pour les victimes » et que Santigie Borbor Kanu demandait pardon « à tous ceux qui ont souffert ». Cela, tout en plaidant non coupable. Jeudi, le Tribunal spécial pour la Sierra Leone a condamné le premier à 45 ans de prison et ses deux comparses à 50 ans. Les trois hommes ont été reconnus coupables le 20 juin dernier de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Ils dirigeaient des groupes armés du Conseil révolutionnaire des forces armées de Sierra Leone (CFAR), durant la guerre civile sierra léonaise, de 1991 à 2002. Les forces en présence dans ce conflit qui a fait 120 000 morts se sont distinguées par leur cruauté, mutilant notamment des milliers de personnes.

Onze des quatorze chefs d’accusation qui pesaient sur eux avaient été retenus contre les trois hommes, le mois dernier, parmi lesquels « actes de terrorisme, punition collective, extermination, meurtre, viol, atteinte à la dignité des personnes, violence physique, recours à des enfants soldats, esclavage et pillage », indique le communiqué de la Cour. Ils ont en revanche été déclarés non coupables d’« autres actes inhumains », « d’esclavage sexuel ou autre forme de violence sexuelle » et de « mariages forcés ».

Ils ont « tous dit qu’ils étaient innocents »

Ce sont les premiers verdicts et condamnations rendus par le TSSL, créé en 2002 pour juger les coupables d’exactions commises durant la guerre civile sierra léonaise sur la base du droit national et du droit international. Son procureur adjoint, Jérémy Wise, interrogé vendredi par RFI, espère que ces peines pousseront les accusés encore en procès à « coopérer ». Comme les chefs du CFAR, aucun d’entre eux n’a plaidé coupable. Ils ont « tous dit qu’ils étaient innocents », regrette-t-il.

Entre les présumés coupables décédés et ceux qui sont en fuite, le TSSL doit encore juger ou statuer sur les cas de Issa Hassan Sesay et Morris Kallon Moinina, du Front uni révolutionnaire (RUF), et de Fofana et Allieu Kondewa, du Council defence force (CDF). Son plus gros client, l’ex-président du Liberia Charles Taylor, dénonce un procès inéquitable et refuse de comparaître devant la cour, délocalisée à La Haye, pour éviter les débordements en Afrique de l’Ouest.

Mais le président du TSSL a indiqué mardi qu’il était « sûr » que l’ex-président libérien Charles Taylor comparaîtrait à la prochaine audience, le 20 août, dans la mesure où il allait obtenir « ce qu’il voulait ». L’ex-chef de l’Etat, déclaré « indigent », souhaitait des moyens financiers pour constituer une bonne nouvelle équipe de défense. Composée de trois avocats, elle est connue depuis mercredi dernier.

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 Consulter les profils des douze accusés sur le site Trail Watch

En image : Santigie Borbor Kanu