Sierra Leone : l’ONU prise au piège

Près de cent otages et quatre tués : Kofi Annan est contraint de réagir, cependant que la situation demeure incontrôlable et que le contingent kenyan menace de plier bagages.

Le piège de la guerre civile qui détruit le Sierra Leone depuis huit ans vient de se refermer sur la MINUSIL, la force des Nations-Unies en charge de faire respecter, depuis janvier, le cessez-le-feu signé en juillet dernier par le président Ahmad Tajan Kebbah et Foday Sankoh, le chef des rebelles du Front révolutionnaire uni (RUF). Outre la mort de quatre Casques bleus kenyans, hier lors d’une opération de désarmement, plusieurs sources indiquent qu’entre quatre-vingt-dix et cent personnes militaires et civiles ont été prises en otage dans différents points du pays.

Parmi elles se trouvent 69 soldats de l’ONU. En outre, le RUF encerclerait 23 soldats indiens dans l’Est du pays. Enfin, l’agence italienne MISNA a annoncé ce midi qu’un nouveau groupe d’employés des Nations-Unies aurait été kidnappé.

Les rebelles démentent détenir des otages, tout comme ils disent avoir tué des soldats kenyans en réponse à un  » désarmement par la force inacceptable « . Selon son porte-parole Eldred Collins cité par l’AFP, le RUF aspirerait à la paix et au désarmement.

Départ des Kenyans ?

L’une des difficultés affrontées par l’ONU tient sans doute dans la désorganisation du Sierra Leone, ainsi qu’à l’anarchie à laquelle est livré le pays. Les 8 700 hommes de la MINUSIL (sur un total autorisé de 11 000) évoluent dans la confusion la plus totale quant aux intentions des différents groupes armés. A titre d’exemple, le RUF est associé au pouvoir légal à Freetown, tout en poursuivant la guérilla.

Face au danger immédiat, le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, a demandé l’appui diplomatique des pays voisins, dont le Liberia déjà sollicité en 1999. Il tente aussi de mobiliser une force d’action rapide, afin de venir en aide aux soldats otages. Mais ni la France, ni les Etats-Unis, ni la Grande-Bretagne ne se sont engagés à fournir des troupes. Quant aux 820 soldats kenyans encore présents sur place, ils pourraient quitter le Sierra Leone, suite aux inquiétudes suscitées à Nairobi par la mort de quatre d’entre eux.