Sida : colère

Les années passent, les morts sont plus nombreux, les contaminations augmentent. Les thérapies existent, s’améliorent lentement, mais pour qui ? Pour quels privilégiés ? Sur une terre qui compte 4 milliards de déshérités pour 6 milliards d’être humains, seuls quelques centaines de milliers de malades, sur 45 millions, sont correctement soignés.

Certes, lorsqu’une population est bien informée et que les moyens lui sont donnés de se prémunir contre la maladie (en particulier parce que des préservatifs fiables lui sont fournis), les comportements changent, les habitudes sexuelles se doublent de précautions indispensables, les risques sont minimisés.

Dans ces conditions, l’appel à la responsabilité individuelle est possible. Mais trop souvent encore l’opprobre et la fausse pudeur empêchent un partage clair et explicite de l’information sur les dangers encourus. Même les soins les plus efficaces n’effacent pas, à ce jour, la maladie. Les progrès de la médecine diffèrent l’échéance de plusieurs mois, de plusieurs années parfois. Ils ne la suppriment pas. Dans les meilleurs des cas, dix ans de maladie et la mort au bout. Mais c’est très court, à vivre, dix ans. Et le couperet tombe souvent plus tôt.

Entre découragement et résignation, on voit aussi parmi les populations les mieux informées la recrudescence de comportements inadmissibles, mettant en danger la vie humaine, celle d’autrui. Ces comportements sont non seulement inconscients mais criminels. C’est à juste titre que la justice, dans plusieurs pays, s’en est saisie. La loi morale que toutes les lois du monde reprennent est inflexible : tu ne tueras point.

Alors il est sain d’être en colère, contre la passivité des gouvernants, contre la rapacité des firmes pharmaceutiques, contre l’opportunisme des Eglises qui croient faire prévaloir la chasteté – trouvant dans la maladie un allié dans leur lutte séculaire contre la jouissance humaine.

Il est sain d’être en colère et d’en appeler à un sursaut moral général : l’accélération de la recherche et l’égalité d’accès aux soins entre tous les citoyens du monde est la réelle priorité. On ne peut pas s’accoutumer à ce qui devient un génocide planétaire. Car notre complicité passive est aussi un crime.