Shell fait appel d’une condamnation pour pollution dans le delta du Niger

La multinationale pétrolière conteste la décision d’une cour nigériane et refuse de payer des compensations pour une pollution occasionnée en 1970.

La nappe de pétrole sèche depuis trente ans. Elle couvre toute une zone de mangroves dans la région d’Ogoni, formant une croûte devenue dure comme de l’asphalte. Le 21 juin, un tribunal régional a ordonné à Shell – la multinationale anglo-hollandaise qui exploite les champs pétrolifères de cette partie du Niger avec l’Etat fédéral nigérian – de payer 30 millions de dollars US à une communauté locale en compensation de cette pollution.

Cela pourrait être l’aboutissement d’une très longue lutte judiciaire entre les militants d’Ogoni et l’opérateur pétrolier. Un combat qui, directement ou pas, avait provoqué en 1995 la mort de Ken Saro-Wiwa et de huit de ses amis. Les neuf écologistes avaient été pendus sur l’ordre de la dictature militaire de l’époque.

Shell, qui n’extrait plus de pétrole à Ogoni mais poursuit son exploitation ailleurs dans le delta, n’accepte pas la compensation. Au siège londonien, on parle d’une  » amende «  injuste. Cerris Tavinor, porte-parole de la compagnie, déclare que  » Shell était absent de la zone en 1970, pour cause de guerre civile « . Elle émet l’hypothèse que la pollution ait résulté d’un  » fait de guerre « .

Sabotages

Pourquoi, alors, la multinationale a-t-elle offert une compensation  » d’un montant raisonnable «  et proposé de nettoyer la zone ? Selon Mme Tavinor, il s’agit d’un  » geste de bonne volonté et d’amitié (…). Cela n’a rien à voir avec notre présence actuelle au Nigeria. « 

C’est à cause de l’hostilité des habitants que Shell avait dû quitter Ogoni en 1993. A la fin avril 2000, les leaders politiques de la région du delta ont annoncé que faute d’être mieux considérés à l’avenir par les compagnies pétrolières, ils envisageaient des actes de sabotage sur leurs installations.