Seydou Diarra veut rassurer

A l’issue de sa visite de 5 jours en France, le Premier ministre ivoirien fait face aux journalistes au Centre d’accueil de la presse étrangère à Paris. Détendu et souriant, Seydou Diarra s’est montré optimiste et rassurant quant à l’avenir de son pays.

Le gouvernement réconciliation nationale de Seydou Diarra a été mis en place le 13 mars dernier. En six mois, des efforts ont été accomplis mais des blocages persistent en ce qui concerne l’application totale des Accords de Marcoussis. Pour rassurer les partenaires occidentaux de la Côte d’Ivoire, le Premier ministre, après un saut aux Etats-Unis, vient d’effectuer une visite de cinq jours en France, accompagné de ses ministres des Affaires étrangères, de l’Economie et des Finances, de la Communication et du Commerce. Les hautes autorités françaises ont déroulé le tapis rouge à cet homme respecté sur la scène politique ivoirienne et à l’étranger. Ce dernier s’est entretenu notamment avec le Président Jacques Chirac et le Premier ministre français. Vendredi, il est allé à la rencontre des journalistes au Centre d’accueil de la presse étrangère à Paris. Le Premier ministre ivoirien « de consensus », détendu et blagueur, est resté très consensuel.

Quel bilan tirez-vous des six mois d’action de votre gouvernement ?

Seydou Diarra : Des progrès ont été réalisés dans la mise en place des Accords de Marcoussis et dans la pacification du pays. Déjà, le 13 mars, tous les ministres ont été installés et ont pu se mettre au travail. Ensuite, le 3 mai, les Fanci et les Forces Nouvelles ont signé un accord de cessation globale des hostilités et le 24 mai l’arrêt des combats s’est étendu jusqu’à la frontière avec le Liberia. En juin, nous avons sélectionné les sites de cantonnement des ex-belligérants et normalisé nos rapports avec nos voisins, en ouvrant des couloirs de transports sécurisés avec le Mali et le Burkina Faso. Le 4 juillet, les Fanci et les Forces Nouvelles ont signé la déclaration de la fin de la guerre. Enfin, nous avons renforcé la sécurité des ministres et l’autorité de l’Etat.

Toutefois, la nomination des ministres de la Défense et de la Sécurité pose encore problème. Quand vont-ils être nommés ? Seront-ils du MPCI comme le prévoient les Accords de Marcoussis ?

Seydou Diarra : La rencontre d’Accra II ne précise pas à quel bord ils doivent appartenir. Nous cherchons des personnalités consensuelles. Le conseil national de sécurité de 15 membres qui doit les nommer n’a malheureusement pas trouvé ces personnes. Je ne voulais pas m’impliquer dans ce domaine mais dès mon retour, je vais prendre des initiatives pour faire avancer ces nominations. Pour autant, les hommes qui occupent aujourd’hui les postes en intérimaires sont compétents et l’intérim n’empêche pas que le travail soit fait.

Quelles sont les perspectives pour les jours et les mois à venir ?

Seydou Diarra : La classe politique ivoirienne est résolument engagée dans le processus de réconciliation, elle est consciente que la paix passe par l’application des Accords de Marcoussis avec le moins de dégâts possibles. IL faut rendre la confiance aux Ivoiriens, c’est pourquoi j’ai décidé de faire un tour du pays au cours du mois d’août, ce qui sera une première. Le 4 août, le projet de loi d’amnistie passera au Parlement et sera adopté le 6, ce qui devrait rassurer la population. Enfin, le programme DDR (Désarmement-Démobilisation-Réinsertion, ndlr) doit démarrer le 15 août. Il reste encore beaucoup à faire pour établir une paix durable. C’est un processus long, difficile, mais nous mènerons à bien le mandat qui nous a été confié jusqu’en 2005 pour que notre pays reprenne sa place dans la sous-région, en Afrique et dans le monde.

Justement, certains s’inquiètent de la teneur de cette loi d’amnistie…

Seydou Diarra : Le projet de loi ne va pas empêcher les crimes d’être punis. Il n’y aura pas d’impunité. D’un autre côté, pour une paix durable, il faut rassurer tout le monde et c’est l’objectif de cette loi. Cette dernière ne concerne pas les atteintes graves aux droits de l’Homme et les délits économiques graves. Cette loi doit servir à nettoyer le pays pour repartir sur des bases saines.

Vous vous montrez très optimiste…

Seydou Diarra : Je suis d’un naturel optimiste ! Quand on croit à quelque chose, il faut avancer, avoir foi en sa mission. Pour mener à bien la tâche qui m’a été confiée, je reprends à mon compte la phrase de Winston Churchill : « J’agis comme s’il était impossible d’échouer ».

Il est prévu de regrouper les forces en présence en une seule armée de Côte d’Ivoire. Cela sera-t-il possible ?

Seydou Diarra : La signature du 4 juillet dernier a été un grand espoir. Chaque semaine, je rencontre les Fanci et les Forces Nouvelles pour faire avancer les choses. Il faut laisser les militaires travailler ensemble, ils sont plus avancés dans le processus de paix que les politiques…

La présence des forces françaises est-elle encore nécessaire en Côte d’Ivoire ?

Seydou Diarra : Il y a une bonne entente entre les différentes forces mais le pays a besoin d’être rassuré et la réconciliation d’être consolidée. La Côte d’Ivoire est aujourd’hui pacifiée grâce à l’aide des forces françaises. Elles doivent rester, ainsi que celles de la Cedeao. Nous sommes demandeurs et la population le souhaite aussi.

Qu’attendiez-vous de ce voyage en France ?

Seydou Diarra : Un appui politique et un appui économique et financier qui a été réaffirmé.

C’est-à-dire ? Avez-vous reçu des promesses financières de la part de la France ?

Seydou Diarra : Je ne suis pas venu en France pour qu’on me signe des chèques ! Je suis venu pour faire un point sur l’évolution de la situation politique et économique en Côte d’Ivoire. La France est un partenaire privilégié, il était normal que je lui dresse un bilan. Nous attendons surtout de la France un appui auprès des institutions de Bretton-Woods. Si nous avons cet appui, nous pouvons marcher tous seuls. Nous prévoyons qu’octobre-décembre sera un trimestre de relance. Notre taux de croissance sera négatif à la fin de l’année mais nous espérons le rendre positif en 2004. L’Union européenne, les coopérations belge et française nous ont assuré de leur aide pour mettre en place le DDR – qui va coûter quelque 60 milliards de F CFA – et le redéploiement de l’administration dans les zones qui ont été victimes de pillages.

Quelles sont vos relations avec Laurent Gbagbo ? On dit qu’il fait tout pour vous rendre la vie dure…

Seydou Diarra :Je mène mes actions en toute liberté. Le Président ne m’a jamais empêché de prendre une initiative. Nous n’avons pas les relations conflictuelles que la presse nous prête. Il n’y a pas de conflit, d’opposition entre nous. Je conduis l’action du gouvernement en toute indépendance. Je ne suis pas un politicien, je ne suis donc un rival pour personne. Je ne suis candidat à rien et même si je le voulais, je ne suis pas éligible !

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