Séraphin Bonni : le ralliement des députés du PDCI à la junte est une manipulation

Le représentant en France du PDCI nie l’existence d’un ralliement massif des députés à la candidature du général Gueï. Séraphin Bonni appelle au boycott des élections du 22 septembre. Et réclame un  » front républicain et démocrate  » pour mettre le chef d’Etat sur la touche.

Le représentant du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) en France dément l’information du 11 octobre, selon laquelle 75 députés de son parti se seraient ralliés au général Gueï. Pour Séraphin Bonni,  » il s’agit d’une manipulation supplémentaire de la junte au pouvoir « . L’homme appelle à un  » front de tous les républicains et démocrates  » pour faire pièce au général Gueï. Un front qui se solderait par une alliance de circonstance avec l’ancien frère ennemi, le Rassemblement des républicains (RDR) d’Alassane Ouattara ? C’est loin d’être exclu.

Afrik : Comment avez-vous accueilli la nouvelle du ralliement de 75 députés de votre parti au général Gueï ?

Séraphin Bonni : Attendez-vous à voir des démentis tomber sur vos téléscripteurs. Car cette information est fausse. Il s’agit d’une de ces manipulations grossières dont la junte est prolixe à la veille de ses pseudo élections du 22 octobre.

Afrik : Il n’y a pas eu de conférence de presse de députés du PDCI au QG de campagne du général Gueï ?

Séraphin Bonni : Six députés de notre parti, dont l’ancien ministre Auguste Miremont, ont effectivement fait cette déclaration à la presse, avec une liste de députés en main, dont certains ne sont même pas au courant. Mme Catherine Wacouboue, par exemple est ici en France. Cette information relève encore de la catégorie des mascarades, comme ces fausses tentatives d’assassinat, ces faux enlèvements, ces fausses élections du 22 octobre.

Afrik : S’il s’agit d’une manipulation grossière de la junte, pourquoi l’a-t-elle tentée ?

Séraphin Bonni : Parce que le général Gueï cherche tout simplement à légitimer par les urnes le pouvoir qu’il acquis les armes à la main par les urnes. Il a fait exclure ses deux principaux candidats à l’élection présidentielle, dans un premier temps. Dans un second temps il va truquer les élections, le 22 octobre. Pour préparer l’opinion internationale à un vote écrasant en sa faveur et l’opinion nationale à accepter une fraude massive, il fait dire que plus de la moitié des députés du PDCI rallient sa cause. Gueï peaufine son argument vis à vis de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) ou de l’Union européenne :  » Il n’y pas eu d’élections truquées puisque plus de la moitié du plus grand parti de Côte d’Ivoire a décidé de me rejoindre « .

Afrik : Que va faire le PDCI dans les jours qui suivent ?

SB : Le président du parti, Henri Konan Bédié (ancien président de la République renversé en décembre 1999 et en exil à Paris) a appelé au boycott. Le bureau politique se réunit aujourd’hui. Il y a toutes les chances pour qu’il suive ses orientations.

Afrik : Comment pensez-vous que réagira le général Gueï si le parti peut-être le plus important de Côte d’Ivoire appelle à bouder les urnes ?

SB : Au fond Gueï n’en a cure. L’essentiel est de se légitimer. Si la communauté internationale ne fait rien, si la France ne condamne pas de façon plus nette cette dictature militaire, notre pays va droit dans une guerre civile. L’Union européenne et l’OUA doivent intervenir pour faire cesser ça.

Afrik : Avez-vous l’intention de vous ouvrir aux autres partis si cette campagne pour le boycott est retenue par la direction de votre parti ?

SB : Il y a en Côte d’Ivoire un espace pour créer un front de refus. Un front auquel tous les partis républicains et démocrates doivent participer pour chasser Gueï.

Afrik : Y compris avec le RDR de Monsieur Ouattara ?

SB : Le PDCI avec Ouattara, je ne sais pas. Cela étant, à partir du moment où Gueï truque, toutes les forces démocratiques doivent s’unir contre lui et la dictature qu’il essaie d’imposer à tous.

Afrik : Autrement dit, le RDR également.

SB : Absolument. Tous les républicains et démocrates.