Sénégal : vingt-trois artistes chantent pour les enfants des rues

Alou Fall, concepteur du projet

Un grand festin a été organisé samedi dernier à Dakar, la capitale du Sénégal, pour 365 enfants des Daaras, les écoles coraniques qui recueillent les petits mendiants. Ce festin est l’aboutissement du projet lancé le 21 septembre par Alou Fall, l’ancien claviériste du groupe Super Diamono. Pour cette première édition, il a réuni 23 artistes sénégalais qui ont chanté pour la cause des enfants des rues. Le disque n’était pas destiné à la vente mais à l’échange de denrées alimentaires offertes aux enfants lors du repas.

Les enfants des rues ont retrouvé le sourire. Ils étaient 365, issus des Daaras, les écoles coraniques où ils apprennent le Coran, qui dégustaient le grand repas donné en leur honneur samedi, devant le lycée Kennedy de Dakar. Ce festin a été réalisé grâce aux victuailles récoltées en échange des 3000 CD intitulés 23 artistes s’unissent pour chanter le prophète pour la cause des enfants des rues, un projet réalisé sous l’impulsion d’Alou Fall, l’ancien claviériste du groupe super Diamono. Les 23 chanteurs et musiciens sénégalais y ont uni leurs voix durant 12 minutes pour louer Mahomet. « Cette initiative a permis aux enfants qui en ont bénéficié de s’épanouir et d’être totalement décomplexés. Ils ont d’ailleurs partagé les mêmes plats au cours du festin avec des autorités de la République », explique Alou Fall. Il est parti d’un constat : «Les gens parlent beaucoup du phénomène de la mendicité des enfants. Il faut faire quelque chose, au nom de Dieu et du Prophète Mohamad. C’est un acte de solidarité qui met l’art au service du social».

Les enfants mendiants appelés aussi «Talibés» constituent un véritable fléau au pays de la Téranga. Ils sont confiés dès leur plus jeune âge aux marabouts qui leur enseignent le Coran au sein des Daaras. Pour assurer leur prise en charge, ceux-ci les obligent à mendier. Mais les «Talibés» ne sont pas les seuls à errer dans les rues. D’autres enfants abandonnés par leurs parents n’ont pas d’autres choix que de tendre la main pour survivre. Selon Alou Fall, « en réalité ils étaient plus nombreux à avoir bénéficié du repas. D’autres qui mendiaient dans la rue ce sont joints spontanément à nous. Des tentes ont été installées pour les accueillir».

Alou Fall, concepteur du projet

La caravane du bonheur

Ce projet a germé dans l’esprit d’Alou Fall quelques mois après qu’il ait quitté le Super Diamono en février 2009. « J’ai décidé de consacrer ma vie entière aux enfants des rues. Désormais ma vie c’est produire de la musique pour les nourrir. Je ne remettrai plus les pieds dans une boîte de nuit car ce n’est pas conforme à ma religion. La preuve maintenant que j’ai changé de vie, Dieu m’a offert un studio. Après 20 ans de musique, je n’avais jamais eu tout cela », confie-t-il.

Ce studio est une véritable entreprise pour Alou. Les artistes y viennent pour produire leur musique. Il a décidé de mettre 40% des bénéfices au profit des enfants. «Je veux leur donner ce qu’il faut et leur permettre de manger. Je ne suis pas d’accord quand on dit que c’est à l’Etat de faire en sorte que les choses changent. Tout le monde doit mettre sa main à la patte car ceux qui peuvent aider sont plus nombreux que les enfants qui mendient », affirme-t-il. Les artistes ont répondu très rapidement à son appel. Le CD a été présenté le 21 septembre lors d’une conférence de presse à Dakar. Deux jours après, une caravane parcouraient les 19 communes de la capitale, à la rencontre des populations qui ont pu échanger des denrées alimentaires, vêtements, brosse à dent, chaussures, contre le disque. « Ce système de troc nous a permis d’organiser le repas pour les enfants, explique-t-il. En deux mois, nous avons récolté beaucoup de choses en échange des 3000 CD. Une cérémonie a été organisée le 18 décembre à Dakar pour clôturer tout cela. La première dame du Sénégal, Viviane Wade, des membres de la direction de la télévision publique RTS, ainsi que des personnalités politiques ont salué notre initiative».

Aliou Fall ne compte pas s’arrêter là. Il ambitionne de lancer une deuxième édition en juin prochain. Il a pour objectif d’au moins doubler le nombre d’enfants qui bénéficieront de cette aide. Plus que 365, il veut en aider 750 et pourquoi pas 1000.

Nourriture amassée grâce au troc