Sénégal : Victor Mooney ne ramera pas jusqu’à New York

Victor Mooney ne ralliera pas l’île sénégalaise de Gorée à New York à la rame. Il entendait retracer le chemin des Africains victimes de la traite négrière. L’embarcation de l’Afro-Américain a coulé dimanche, « une heure » après qu’il ait commencé son challenge. Sain et sauf, mais pas prêt de retenter l’expérience, il devrait retourner aux Etats-Unis cette semaine.

Une chanson de l’artiste français Renaud dit : « C’est pas l’homme qui prend la mer, c’est la mer qui prend l’homme ». Victor Mooney bien failli être de ceux que la mer a pris. L’Afro-Américain a échappé à la noyade, dimanche, lorsque son embarcation, le John Paul the Great (en hommage au Pape Jean-Paul II), a pris l’eau pour finalement trouver le fond de l’océan. L’homme de 41 ans a ainsi vu sombrer son rêve : rallier à la rame et sans assistance l’île sénégalaise de Gorée à New York. Un challenge « périlleux » qu’il voulait relever en 120 jours pour retracer le chemin des Africains victimes de la traite négrière, mais aussi pour sensibiliser au VIH/sida, qui a emporté l’un de ses frères et contaminé un autre.

Un trou mal réparé ?

Au départ, Victor Mooney devait prendre la mer en février 2005. L’échéance n’a pu être tenue et ce n’est que dimanche dernier qu’il a pu partir, devant plusieurs dizaines de personnes. Un moment qu’il avait préparé trois ans. Avant de se lancer dans cette aventure, le rameur confirmé a nagé de la Porte de non retour jusqu’à son bateau. « Vers 11 heures, l’Américain Victor Mooney, du Joan Paul, nous a appelés, a raconté à Afrik Ibrahima David Mbaye, maître de port à la capitainerie du port de Dakar. Il nous a dit qu’il y avait une voie d’eau. Nous avons dépêché un remorqueur de la marine nationale pour l’assister. Mais un autre navire, le Pacific Warrior, qui a entendu le signal de détresse, l’a repêché. » « La gendarmerie et la marine sont venus ensemble car nous étions déjà en opération lorsque nous avons reçu l’appel. Le Pacific Warrior, battant pavillon sud-africain, n’a pas voulu remorquer le bateau de Victor Mooney parce qu’il n’avait pas de contrat pour le faire, mais il l’a assisté jusqu’à ce que nous arrivions. Et nous l’avons retrouvé sur sa barque », ajoute un haut responsable sénégalais proche du dossier que nous avons joint par téléphone ce mardi matin.

Comment l’incident s’est-il produit ? Rien n’est sûr. Mais lorsque le bateau est arrivé au Sénégal, il a été endommagé. Le trou a été réparé, mais peut-être pas correctement. Quoi qu’il en soit, l’embarcation a coulé avec toutes ses installations technologiques. Un ensemble qui aurait coûté la bagatelle de 100 000 dollars. Quant à Victor Mooney, il est sain et sauf. Peut-être parce qu’il n’était pas très éloigné des côtes. Selon le haut responsable sénégalais, il avait simplement « navigué une heure et se trouvait à environ quatre miles de la côte ». Mais le site du rescapé indique, pour sa part, que « son historique promenade en canot » s’est terminée « en quelques heures ».

« Il ne va plus recommencer »

Une chose est sûre : l’essai risque de n’être jamais transformé. « Il ne va plus recommencer, explique en riant le haut responsable sénégalais. Il remercie le bon Dieu de n’avoir pas été trop loin de la côte. Si c’était moi, je ne serais même pas rentrer dans le bateau. Mais certaines personnes ont dans la tête des choses que nous n’avons pas. » « Il pense que c’est une très belle expérience, qu’il ne pense pas pouvoir renouveler. Ce qu’il a retenu comme leçon, c’est le soutien des populations de Gorée et des autorités du Sénégal qui l’ont appuyé et soutenu à tous les instants. C’est certain qu’il n’avait pas mesuré l’ampleur et les risques d’un tel voyage. Mais après avoir vécu dans sa chair et au vu et su de son traumatisme, il va rester sur terre. Il faut rêver pour faire un tel voyage, mais il commence à revenir sur terre », commentait ce mardi matin Eloi Coly, le gestionnaire de la Maison des esclaves, où séjourne l’Afro-Américain. Lorsque nous avons pu demander au principal intéressé, cet après-midi, s’il allait recommencer l’expérience, il a répondu : « Ma mission a été accomplie. Ce sont les ancêtres qui m’ont ramené à Gorée. C’est un miracle que je sois revenu. Je ne retenterai jamais la traversée de l’Atlantique dans un bateau comme celui que j’ai utilisé. Mais je ne suis pas sûr de recommencer un autre jour dans un autre type de bateau », en soulignant qu’il n’a « pas eu peur parce qu’il avait la foi ».

Si Victor Mooney semble avoir eu la peur de sa vie, sa mère, Queen Mother docteur Delois Blakely, maire de la communauté de Harlem, était on ne peut plus sereine. « Je n’ai pas eu peur parce que je l’ai placé entre les mains de Dieu. Son destin était d’aller sur l’océan et il a pu revenir à Gorée. Je suis très fière de lui », nous a-t-elle expliqué. Apparemment, le responsable de communication de l’Asa institute, prestigieux établissement new-yorkais, prend cette mésaventure avec le sourire. « Nous avons rigolé avec lui ce matin », assure le haut responsable. Mais le jour où son bateau a coulé, « il était triste », confie Christian Dien, gardien de la Maison des esclaves de Gorée, qui précise « vu le bateau, ce n’était pas sûr qu’il allait atteindre son but ».

La tristesse de Victor Mooney s’explique notamment par le fait que le rameur voulait « raconter cette expérience à [ses] enfants et à [ses] petits-enfants et arrière-petits-enfants », d’après ce qu’il avait confié à Afrik en février 2004. « Pour symboliser le retour des esclaves, j’ai nagé, ce mardi, 50 miles (environ 80,5 kilomètres) d’un bateau jusqu’à la porte de Gorée », nous a confié Victor Mooney. Et il donnera à 16h30 heure sénégalaise une conférence de presse, où il s’exprimera sur son « Voyage de l’espoir ». Le retour aux Etats-Unis est prévu pour la fin de la semaine.

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