Sénégal, vers quelle paix !

Les grandes nations se créent et se recréent au goût et noblesse des peuples qui les composent. Quand s’échappe à l’unisson depuis le cœur des enfants et des femmes le chant, alors le glas de la libération a sonné, les ambitions se retrouvent, et la chaire se raffermit ainsi que la foi, dans les contrées les plus reculées naissent de nouvelles herbes, s’éveillent les cœurs de purs bambins paraissant avec de nouvelles ambitions. En ses heures parait et luit la vraie identité collective, s’expriment les devoirs et droits telle une charte signée unanimement par les cœurs, et non un décret insensé d’intellectuels en col blanc. En ces heures la femme regarde l’homme d’un regard neuf, le fils rend hommage au père, la nature se range et ne se rebelle plus, la terre est acquise honnêtement et n’est plus souillée par la vie d’un peuple sans âme. La nation sénégalaise aurait pu être destinée à une telle fin, après d’intelligentes et utiles luttes de libérations, où la patience et la bravoure mèneraient le peuple vers une paix durable dans le bonheur et la dignité. Que serait le bonheur sans une dignité sous-jacente ? Sans une lutte noble faite de patience, de droiture et de durs labeurs ? Entrerons nous dignement dans la félicité d’Allah, si au préalable nous ne sommes pas coupables de bonnes œuvres ? Le peuple devra se battre loyalement et justement afin que depuis les épines de sa steppe, du haut des sables de ses dunes, jaillisse le chant de la libération.

L’esprit est toujours plus fort que la lettre, c’est pourquoi cette dernière a toujours du mal à le représenter loyalement sous toutes ses formes. Quand le peuple est en ébullition, que les ambitions se juxtaposant créé une synergie positive, telle une pirogue où tous rament parfaitement vers la même direction, alors l’esprit devient un être organique aussi physique que métaphysique, aussi matériel qu’immatériel. Il s’est construit solidement à la hauteur des injustices et agressions collectivement subies. C’est d’abord la nation qui vit ses premiers pas, ses premiers souffles, il se manifeste en bas et jamais en haut, un état n’est jamais promoteur d’un esprit collectif, l’élitisme est souvent le nid d’idéologies préconçues, soit solitairement par un ou des égos, soit par le truchement d’autres nations qui se sont faites naturellement. C’est le chemin voulu par l’esprit que doit tracer la lettre, voila une mission rude, fastidieuse, voire impossible si la lettre n’est pas consciente de ses limites et veuille en un instant exclure l’esprit. La notion de nation doit se reposer totalement sur l’esprit et non sur la lettre. C’est effectivement la raison pour laquelle les états les moins légitimes s’arcboutent à un bout de texte, qui souvent meut au gré de leur aspirations terriennes, alors que l’esprit d’un peuple dépassent les choses d’ici bas et cohabite souvent avec le rêve d’une vie toujours voulue, mais jamais conçue et réalisée par l’homme. Au fil du temps, l’esprit s’envole quand la lettre comme sous l’influence d’une force gravitationnelle s’enfonce dans les lugubres réalités des défauts de l’homme.

La pire des passivités reste l’ignorance, elle confine sont hôte dans l’illusion d’un état miraculeux, où la perfection règne, alors tout sacrifice devient utile pour la conservation de ce mirage. Ayant ses frontières, ses terres, son hymne ‘en langue étrangère’, son drapeau, son trésor public, un texte, l’Etat se sent jusqu’à se toucher, il acquiert au fil de son évolution l’immense sensation de sa virtuelle existence. La reconnaissance internationale aidant, ses illusions deviennent pure réalité, l’accessoire prend le dessus sur le primordial, les habits sont son corps, il devient un tableau qu’il a peint de ses propres mains. Tout état en manque de légitimité historique s’accoude à ce formalisme et théâtre institutionnel afin de pallier le vide immense qui est son apanage. Le peuple navigue et observe cet état sorti d’on ne sait où, un parlement le représente, des parleurs porteurs d’aucune idéologie ou valeur sociale s’y exhibent.

Les textes confectionnés par des diseurs de vérités deviennent les lettres de noblesse de l’état, nous sommes loin de la constitution de Benjamin Franklin, issue de la guerre d’indépendance des Etats Unis d’Amérique, ou chaque mot, chaque virgule, toute parenthèse portait le poids d’une lourde histoire. Ce fut le malheur de l’Afrique libérée sans guerre de libération, laissée à une élite travestie, incapable de pulsion naturelle. Si une bataille mérite d’être menée c’est bien celle pour asseoir définitivement la paix, par contre une paix ne peut être durable sans l’unité, et une unité ne saurait être véritable que dans une bonne appréciation et appropriation par tous de la parfaite notion du Bien et de la vérité. Le politique pourtant, continue dans sa fâcheuse tendance à amasser illégalement des trésors, à s’engager dans une voie du mieux être au seul profit de plaisirs bassement terriens, alors que selon les lois de la nature, il ne peut y avoir de déperdition de condition sans perdition, si la température ambiante dans une pièce est d’un certain degré, et que dans un compartiment de la même pièce on voudrait créer un espace de moindre degré, alors irrémédiablement, on ne fera qu’augmenter le niveau du compartiment restant, rien ne se perd rien ne se crée tout se transforme mais surtout la somme de tous les éléments est un constant invariable quel que soient les mutations subies.

Plus il y’a de disparités entre les entités qui constituent un même peuple, plus les uns vivront au dessus des autres, plus la haine et la jalousie seront exacerbées, et la nation accélérera de fait sa rentrée dans une zone trouble, les tsunamis sociales se lèveront et ravageront d’un seul coup tout l’attelage qui jusque là faisait que la nation s’était auto identifiée comme étant un et un seul être.

La chose publique, voila du latin facilement compréhensible par le commun des mortels, voila un concept qui en deux mots rend commun un bien, une chose. Dans le jargon sénégalais on sous-entend par cette expression toute chose qui serait susceptible d’être utilisée par tout le monde où pouvant être au service de tout le monde. Les deniers publics font nommément parti de la chose publique, c’est en sorte un fonds qui appartiendrait à tout le monde, on pourrait le confondre à un legs familial qui appartiendrait à toute la famille, chaque membre de celle-ci ayant un juste droit là-dessus proportionnellement à sa représentativité dans la famille, il va donc de soi que plus la famille est petite, plus sa pondération gagne de l’importance. En ce qui concerne les deniers publics, toute la nation y à droit, même le dernier nouveau né, ou le fœtus en évolution dans le ventre de sa chère maman, et aussi les générations à venir, chacun y a son droit naturel.

Comment utiliser justement un bien de cette nature, la première des règles devrait être un partage équitable, personne ne doit être lésé, il n’y a ni lion ni fourmi, chacun est au même pied d’égalité. Plus l’utilisation sera équitable plus les chances de réussite seront démocratisé. Au juste si la vie était une course pour l’acquisition de la chose privée, les starting-blocks, le point de départ serait la chose publique. Si on ne peut pas concevoir que des coureurs ne soient pas sur une même ligne de départ, nous ne devons pas comprendre que l’utilisation des deniers publics dans une même nation ne puisse être équitable, que l’on soit à la capitale ou dans le village le plus reculé du pays, que l’on soit un citoyen ayant reçu une éducation moderne ou celui ayant reçu une éducation conservatrice des valeurs traditionnelles.

Une vraie nation est d’abord celle soucieuse de cette équité. La politique nous a tous induits en erreur et ce, par les séquelles héritées des pouvoirs monarchiques où le monarque pour des questions de protection, de règne à vie se devait de tout concentrer en un point, d’ériger une demeure sécurisée et d’avoir ses bras-droits à sa porté et bien servis. Le monde ayant changé, les hommes ayant compris que le pouvoir était d’abord au peuple, et que la démocratie était la seule voie pour la stabilité et donc le développement des nations, il parait absurde que les nations aient gardées se complexe de la prédominance d’une élite sur le reste du peuple, que dans la même administration la différence des rémunérations accusent des fossés incommensurables. Le développement avancé d’une partie du pays dénote le plus souvent de la non intégrité nationale, d’une disparité endémique, où la seule raison que la mayonnaise ne se déteigne tient au seul fait d’une dictature nuancée où le peuple ne décide ni de sa destinée, ni de son état actuel, il est bâillonné comme un vulgaire mulet, la seule élite conçue par ce système se retrouvant au guidon comme les privilégiés n’ont aucun intérêt que la situation ne change.

Ce favoritisme insensé est souvent appliqué dans les pays pauvres, qui conservent un système archaïque basé sur l’acculturation et l’assimilation. Le diplôme n’est plus un sésame attestant d’un savoir faire avéré mais plutôt un ticket d’entrée dans le cercle fermé des profiteurs des deniers publics. Parmi les dirigeants africains, Sankara faisait partie des rares qui avait compris l’asservissement d’un tel système, où il fallait utiliser l’école classique comme sas pour créer une pseudo-élite. Une ville élue, une poignée d’homme choisie, ce couple se partageant plus de 80% des deniers publics alors que le reste de la nation croupit dans la plus noire des misères, voila l’injustice créée dans la gestion de la cité, voila le premier obstacle vers la paix perpétuelle.

Assurément, il serait utopique de penser que pour la paix, la continuité est la seule voie d’évolution, les ruptures ne devant être consommées que par adaptation et modification d’un texte constitutionnel hybride : première, deuxième et énième république, une nation au faciès à maquiller et à démaquiller indéfiniment, mettant le peuple au service d’une modernité insensée.

Le droit n’étant pas issu d’une morale sociale commune, ne peut rendre service qu’au petit nombre de citoyens travestis par la civilisation dominante, moulé dans un système éducatif hérité de la colonisation, qui de fait les a éloignés de leur vraie condition, celle dans laquelle est confinée injustement une nation dominée. Le peuple n’étant plus à la base des réformes est dépassé par le cours des événements, ce qui était simple devient compliqué, et l’avènement d’experts aux sciences douteuses devient une réalité. Une constitution entièrement écrite dans une langue étrangère, incomprise par le peuple, devient alors la bombe par laquelle les hostilités débuteront.

Tout peuple a besoin d’une vision limpide et progressiste, d’une base saine et non nuancée garantissant les meilleures chances de réussite pour tout un chacun. Le succès d’une telle entreprise ne saurait se départir de la droiture et de la dignité, le combat pour l’atteinte d’un tel objectif devient alors un préalable pour toute nation en proie à l’envie d’un heureux devenir. En ces instants, avoir peur de mourir, équivaut à renoncer à sa liberté, c’est engager la triste voie de la soumission, c’est permettre aux injustes de piétiner les valeurs morales de la société.

Certainement, le peuple se déversera par centaines de millier dans la rue pour reprendre son dû, naturellement il saccagera son propre bien afin de remettre le bien matériel à sa juste position, en deçà de celle de la liberté fondamentale de la nation.


Ousmane DIOP

Administrateur de Sociétés

Poète – Écrivain (Auteur de  » Ivres désirs  » et « La beauté des âmes Mai 2010 « ).