Sénégal, Samba Kara : « C’est pour les sans voix que je me bats »

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Ils sont nombreux les Sénégalais à effectuer un retour au bercail pour participer au développement de leur pays. Un phénomène auquel AFRIK.COM s’est intéressé. Cette huitième publication est consacrée à Samba Kara. Alors qu’il gagnait bien sa vie aux Etats-Unis après avoir créé son cabinet de notaire, il abandonne tout pour rentrer au Sénégal. A la tête du Mouvement NADEM, pour un changement dans le pays, installé en banlieue dakaroise pour être au plus près des populations, il a commencé bénévolement à installer plusieurs puits dans sa région natale Louga, pour que tous aient accès à l’eau courante. Portrait de celui qui consacre désormais sa vie à améliorer la vie de ses concitoyens.

Il n’est plus à présenter au pays de la Téranga. Il a tout abandonné pour contribuer au développement du Sénégal. Pourtant à la tête d’un cabinet de notaire qu’il a lui même fondé, Samba Kara gagnait très bien sa vie aux Etats-Unis. A 48 ans, père de cinq enfants, trois filles et deux garçons, il a même été poursuivi par le fisc américain pour avoir été le citoyen américain qui a envoyé le plus d’argent par western union. « Le service du fisc aux Etats-Unis avait estimé que j’avais dépassé largement le montant limité aux envois par Western Union, j’ai donc été contraint de leur rembourser une somme en retour pour ce qu’ils appellent un préjudice. Ils ne comprenaient pas mon mode de vie le fait que je tenais constamment à aider les autres ».

Il s’est installé aux Etats-Unis, après avoir effectué ses études de journalisme en France dans les années 90, où il a travaillé pour RFI en tant que chroniqueur ou encore Africa numéro1. Mais il se lasse de cet univers et jette finalement l’éponge. « J’en avais un peu marre de la France, à l’époque où j’ai fait une spécialisation en journalisme de télévision, la France n’était pas prête pour avoir un présentateur de JT noir donc il fallait se rabattre sur la radio. A force de faire la même chose, les mêmes interviews, je me sentais limité ». Il décide alors de créer sa propre société de production « Black Samba production ». Il réalise plusieurs documentaires de 52 minutes, dont les « dix ans de Youssou Ndour », diffusé sur Antenne 2, l’ancêtre de France2, lors de la journée consacrée à l’Afrique. Mais il décide de s’envoler finalement aux Etats-Unis, fatigué du show business. « J’adorais les études, je me suis intéressé à l’immobilier notarié, puis j’ai créé ma propre compagnie à New York, au cœur de Manhattan, c’est comme ça que j’ai commencé à faire mes preuves dans le pays ».

Le robin des bois des Africains

Malgré son travail auquel il consacre beaucoup de temps, il trouve l’énergie pour aider les Africains en difficulté aux Etats-Unis. « J’aidais en effet beaucoup de communautés africaines, c’était difficile pour beaucoup de trouver leur place dans un pays comme les Etats-Unis », explique-t-il. « J’étais toujours le Robin des bois de l’Afrique car j’ai horreur de l’injustice et de la discrimination ». Aider a toujours été naturel pour lui donc. « Il y avait beaucoup de malheureux à New york, certains n’avaient plus de boulot, pour moi il était normal de les aider. En France aussi, beaucoup réclamaient mon aide. Ma famille est dans les quatre coins du monde, de Jakarta à Dakar. A Taiwan, en Indonesie, elle est partout. Le monde est devenu un village planétaire, l’Afrique doit en profiter».

Mais le retour dans son pays d’origine était inévitable pour lui. C’est précisément le 1er février 2011, qu’il a décidé de rentrer définitivement au Sénégal. Son objectif, contribuer à améliorer la vie de ses concitoyens. Alors qu’il avait les moyens de s’installer dans les quartiers les plus chics, c’est dans la banlieue reculée de Malika qu’il dépose ses valises. « D’ailleurs ma famille ne voit pas cela d’un très bon œil, notamment ma maman qui aurait préféré qu’on loge dans un endroit plus aisé. Mais pour moi c’est un moyen d’être plus proche des populations », affirme-t-il en riant, de sa voix grave. Il faut dire que toutes ses économies, il a décidé de les mettre au service de ses concitoyens en difficulté. L’homme pieux, qui affirme sa grande foi en Dieu, en toute circonstance, est du genre à joindre ses paroles à ses actes.

Dès qu’il a remis les pieds au Sénégal, il s’est rendu dans sa région natale Louga pour chercher des documents d’identité. « J’ai vu l’état de pauvreté de la région, je me suis dit que ma région ne pouvait pas rester en cet état ». Il décide alors de se lancer dans le domaine du forage pour aider les populations à avoir de l’eau courante. Avec ses propres économies et l’aide de plusieurs donateurs, il creuse plusieurs puits. Son objectif est d’en faire au moins cinq. « Je suis tombé amoureux de la région. Je fais tout pour qu’elle sorte de l’eau. Mais au Sénégal, il y a des problèmes de matériel et d’entretien ». Malgré ces difficultés, il a prévu de construire cinq puits de 50 mètres. « Ca prend du temps et il faut des moyens. Ce projet est sur mes fonds propres, je me suis endetté pour le réaliser. Mais j’ai pris l’engagement de le faire. ».

«Les politiques sont à la base des maux du Sénégal»

Ce sont des actes concrets comme ceux-là, qui transforment la vie des gens, qui l’ont poussé à rentrer. Bien qu’il vécût aux Etats-Unis, il s’est toujours intéressé aux problèmes que traversait son pays, notamment dans les années 2000, alors qu’il vivait à New-York, à Manhattan. « On s’intéressait beaucoup aux problèmes du Sénégal, on nous sollicitait. Beaucoup de gens nous demandait de l’aide, des médicaments, des frais d’hospitalisation », raconte-t-il. « Avec d’autres Sénégalais de la diaspora, on voulait comprendre ce qui se passait au Sénégal, pourquoi les agressions se sont multipliés, pourquoi il y a eu un appauvrissement de la population, et on s’est rendu compte que ce sont les politiques qui sont à la base de tous les maux du pays », fustige-t-il.

Il décide alors en 2005, de s’engager d’avantage pour contribuer au changement dans son pays. Il effectue une chronique tous les dimanches à radio internationale Modou en dehors de ses heures de travail. « Je parlais de solutions qu’on pouvait apporter au pays ». Il intègre aussi le parti de la vérité pour le développement (pvd) présidé par Modou Kara, et en devient le vice-président. « Je trouvais injuste qu’un citoyen sénégalais puisse être interdit d’exercice de politique alors qu’il peut être un génie en politique. Le patriotisme n’a pas de frontière ce qui m’a intéressé, c’est son sacrifice dans la brousse où il passait beaucoup de temps avec ses disciples. J’ai cru en lui, dans sa capacité d’unifier le Sénégal et d’apporter des innovations

«Voter Wade pour un 3ème mandat c’était mener le Sénégal au suicide»

Mais ne se sentant plus en phase avec le PVD, il quitte le parti. Il fonde son propre parti NADEM (nouvelle alliance démocratique du sénégal). « Nadem signifiait au départ que le Sénégal aille de l’avant, s’en aille vers le développement. Mais des journalistes malicieux ont trouvé le moyen de le rebaptiser faisant référence au départ de Wade, c’était un couteau à double tranchant », raconte-t-il. Nadem a vu le jour suite au succès de ses fameuses chroniques à la radio Modou internationale. Elles font le buzz et sont très appréciées par les jeunes du Sénégal. Xalima, journal en ligne d’informations sur le Sénégal, le contacte pour poster en ligne les trois minutes de ses chroniques sur le site. « Donc chaque jeudi, pendant une heure, je développais sur le site ce je disais en trois minutes à la radio. Les jeunes ont suivi, partageaient toutes mes chroniques sur les réseaux sociaux». C’est à partir de là qu’il décide de créer NADEM, il était ce jour-là 3h du matin. « J’ai griffonné le nom sur un papier, c’était une inspiration divine» . »

NADEM tombait comme à pic, dans un contexte politique très tendu au Sénégal, où le « sopi » du président Wade ne prenait plus. Face à la vie chère, aux coupures de courant incessantes, au chômage des jeunes, la population était excédée, et réclamait majoritairement le départ du Gorgui (le vieux). Samba Kara est aussi parmi les leaders qui réclament son départ. Il oeuvre activement pour qu’il ne soit pas réélu. « Il fallait que je participe au combat pour libérer le Sénégal par rapport au projet dictatorial de l’ancien président qui n’était motivé que pour son fils », selon lui. « Il nous fallait un président nouveau pour rassembler la famille libérale, rassembler les Sénégalais, car voter Abdoulaye Wade pour un troisième mandat, c’était mettre le Sénégal au suicide, beaucoup de personnes étaient prêtes à en découdre avec Wade », explique Samba Kara. Pour lui il ne fallait pas « oublier que moins de 2 millions de gens ont voté aux élections, donc 12 millions de gens silencieux qui souffrent, il faut se battre pour eux ».

« Karim Wade n’avait pas sa place en prison »

Maintenant que Macky Sall est au pouvoir les choses se sont-elles améliorées pour lui ? Très proche du Président sénégalais, il admet qu’il y a encore beaucoup à faire pour transformer la vie de ses concitoyens. Il clame fièrement qu’il est le premier à critiquer Macky Sall quand ça ne va pas. C’est à Denver, qu’il a rencontré Macky Sall, pour la première fois, dans le Colorado en 2008. Il faut dire, que c’est lui qui lui a prêté main forte pendant sa traversée du désert après son expulsion du gouvernement de Wade. « Quand on l’accusait de blanchiment d’argent, quand on a pris son passeport, j’ai été le seul à écrire à Rama Yade et à Ban Ki-moon pour qu’il puisse retrouver ce qui lui revenait de droit. Et ça a été réglé en 24h ». Selon lui, « Macky Sall est un homme de parole, méthodique, calme et poli. Il m’a tout de suite séduit politiquement. Il était calme, il était génial, il était disponible. Quand je me rappelle de tout ça, je me dis que c’est Dieu qui l’a mis là où il est».

Pour autant, il ne le ménage pas en critiques. Quand on lui demande ce qu’il pense de son patrimoine, il est on ne peut plus clair : « Nous sommes croyants, je connais mon patrimoine, le reste ça ne regarde que lui, personne ne va emmener ses milliards dans sa tombe ». Il pointe du doigt aussi le Président dans sa gestion du dossier Karim Wade, emprisonné pour enrichissement illicite. « Je déplore cette crise, cette chasse à l’homme. C’est un faux débat. Quelqu’un qui vole Dieu le punira. Chaque fois que je prenais la corniche, je me disais que ce monsieur n’avait pas sa place à la prison Reubeuss car il avait déjà servi son pays quoiqu’on dise »».

Pour Samba Kara, il vaut mieux se concentrer sur les nombreux problèmes du pays. « Gouverner c’est manager », estime-t-il. Il faut savoir traduire ses expériences sur le terrain. Quand vous quittez Dakar pour aller à Louga, il n’y a pas de secours, il y a plus rien. « C’est pour le développement que je fais de la politique, avec la politique on peut tout changer », défend-il. « C’est pour les sans voix que je me bats ».

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