Sénégal : revers politique pour Macky Sall, le Sénat ne sera pas supprimé, pour le moment

Le Parti démocratique sénégalais (PDS), l’ancien parti au pouvoir d’Abdoulaye Wade vient de s’illustrer en usant de sa majorité pour rejeter le projet de loi relatif à la suppression du Sénat et du poste de vice-président. Un revers pour l’actuel régime de Macky Sall qui veut à tout prix supprimer la chambre haute.

(De notre correspondant)

Dans la soirée de jeudi, le président du Sénat Pape Diop, dit constater le rejet du projet de loi portant suppression du Sénat par la Commission des lois de la chambre haute. Mais Pape Diop, qui avait été reçu par le chef de l’Etat, dans la perspective de lui témoigner sa volonté d’adhérer au projet de dissolution du Sénat, estime que ce n’est pas une bataille perdue puisque si le plénière vote en faveur du texte, le rejet de la commission des lois demeurera nul. Ce vendredi, le président Pape Diop, par ailleurs le chef des dissident du PDS, a subi un revers de fortune, en effet, sur les cent sénateurs que compte la chambre haute, 44 ont voté contre le projet de loi, 28 sénateurs en faveur de la suppression et deux se sont abstenus.

Cheikh Kane du groupe libéral, s’est opposé à cette loi et pense que le président Maky Sall a une stratégie purement politique et non patriotique, « une action politique des réponses politiques, ce que le président Sall fait, c’est de la politique. Les inondations existent avant 2000 et le Sénat est né dans les inondations et l’actuel président fait parti des co-créateurs de cette chambre », a révélé M.Kane.

Le président Pape Diop n’a néanmoins pas apprécié le comportement de ses collègues qui se sont opposés à cette loi « quand la nation a besoin de nous, nous devons mettre de coté nos positions partisanes pour essayer au règlement de cette crise née des inondations », conseille M. Diop.

Le combat continue pour le gouvernement

La ministre de la Justice, Aminata Touré, représentante du gouvernement a encore une fois rappelé l’urgence de supprimer cette haute chambre, « le Sénat est une institution qui coûte à l’état 7 milliards de FCFA (presque 11 millions d’euros, ndlr). Sept milliards, c’est énorme. Nous comptons poursuivre la procédure de la suppression de cette chambre qui est impopulaire », a fait savoir la ministre de la Justice aux sénateurs qui criaient victoire.

« Le rejet du projet de loi par les sénateurs n’a aucune incidence. Ça ne perturbe pas la procédure, ça n’empêche pas la procédure de se poursuivre », a indiqué le constitutionnaliste Abdoulaye Dièye. Selon ses explications, « il est prévu dans la Constitution que, si l’Assemblée nationale et le Sénat ne sont pas d’accord sur un projet, le dernier mot appartiendra à l’Assemblée nationale. Même si le Sénat vote contre, ça n’empêchera pas la procédure de se poursuivre, parce qu’il appartiendra à l’Assemblée nationale de voter définitivement. Donc, on dépassera la deuxième étape, pour aller vers la troisième étape ».

En ce qui concerne la troisième étape c’est-à-dire la convocation du Congrès, le Pr Dièye soutient que, « c’est le président de la République qui choisit, soit de passer par le référendum, soit de convoquer le Parlement en Congrès. Et dans ce cas, les députés et les sénateurs vont adopter ensemble le projet. On considèrera que le projet est approuvé, si la majorité des 3/5 est acquise ».

Il faut rappeler que les députés ont adopté mercredi, à une large majorité, le projet de loi portant suppression du Sénat et de la vice-présidence de la République, d’une part, et, d’autre part, la création du Conseil économique, social et environnemental (CESE) en remplacement du Conseil économique et social (CES). Reste donc à savoir si le rejet sénatorial relève de la défense de l’intérêt général ou de l’instinct de survie des parlementaires.

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