Sénégal : « Présence africaine » s’expose à Dakar

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La bibliothèque de l’Université abrite pendant trois mois une exposition intitulée « Présence Africaine : Une tribune, un mouvement, un réseau ». L’occasion pour le public sénégalais et en particulier les étudiants de se réapproprier l’héritage de la revue et de la maison d’édition panafricaine, Présence Africaine, et de rendre hommage à son fondateur, Alioune Diop, resté dans l’ombre des grandes plumes qu’il a publiées, et notamment l’historien Cheikh Anta Diop.

De notre correspondant

Désormais, les étudiants de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar connaissent son visage. Depuis vendredi, le portrait grand format d’Alioune Diop s’affiche fièrement dans le hall de la bibliothèque universitaire. Intellectuel sénégalais et personnage central de l’aventure Présence Africaine, Alioune Diop reste méconnu pour nombre de ses compatriotes. Et pourtant ! Face à la situation coloniale, il s’engage et fonde la revue Présence Africaine en 1947, puis une maison d’édition en 1949. Son combat pour la reconnaissance des cultures noires se transforme rapidement en une lutte contre le racisme et pour la liberté culturelle, politique et économique du continent. En 1956, il fonde la Société africaine de culture et organise le premier congrès des artistes et écrivains noirs à Paris. Un second suivra à Rome en 1959. En 1962, il ouvre une librairie dans le quartier de Saint-Germain à Paris. Il participe aussi activement à l’organisation du Festival mondial des arts nègres (Fesman) en 1966 à Dakar. En fait, Alioune Diop a su se mettre en retrait pour permettre aux auteurs et aux idées de se rencontrer. À l’opposé de Léopold Sédar Senghor, Aimé Césaire ou Léon-Gontran Damas, les pères de la Négritude, qui deviennent députés à l’Assemblée Nationale, il renonce à une carrière politique pour se consacrer entièrement à Présence Africaine.

« Revendiquer son identité culturelle et historique »

Présentée il y a quelques mois au musée du quai Branly à Paris, l’exposition
« Présence Africaine : Une tribune, un mouvement, un réseau » met en valeur son rôle de passeur d’idées et retrace les vingt premières années de Présence Africaine. « Ce qui nous avait incité à créer cette revue, explique Alioune Diop dans une archive sonore, c’est d’avoir constaté sous l’occupation allemande à Paris combien nos grands hommes, notre Histoire était méconnue voire bafouée dans la culture universelle. » Pour Sarah Frioux-Salgas, commissaire de l’exposition, « Présence africaine a permis de donner la parole à tous et dans toutes les langues. C’est tout à fait majeur dans un monde noir qui était transnational et dans une Afrique qui avait été divisée pendant la période coloniale. »

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Présence Africaine publie aussi bien des romans que des manifestes politiques, des articles et des ouvrages d’histoire, de sociologie, d’économie, de linguistique concernant l’Afrique, les Antilles, l’Océan indien et l’Amérique. « Présence Africaine a été un outil de diffusion, qui a permis aux intellectuels noirs de revendiquer leur identité culturelle et historique que le contexte colonial niait ou « exotisait » », poursuit Sarah Frioux-Salgas. Ababacar, étudiant en droit, observe les portraits des pionniers de la presse noire. « Cette exposition, explique-t-il, nous permet de nous faire une idée du combat mené à l’époque par les intellectuels noirs. » Dans la salle d’à côté, Birane, étudiant en lettres, prend des notes sur un petit cahier. « Si aujourd’hui, on parle de littérature africaine, on le doit à Alioune Diop. Sans lui, on ne connaîtrait peut-être pas les œuvres de Cheikh Anta Diop ou de Mongo Béti. Il a donné du courage aux écrivains, s’enthousiasme-t-il. L’exposition regorge d’informations sur la culture noire. C’est vraiment une opportunité pour nous. ». « Présence Africaine : Une tribune, un mouvement, un réseau » fermera ses portes le 26 juin.