Sénégal : les professionnels du tourisme se mobilisent contre le Sida

Plus de quinze entreprises internationales du secteur du voyage et du tourisme sont mobilisées depuis quelques mois dans la lutte contre le Sida en Afrique. Dans le cadre de la plateforme GBC, créée en décembre 2007, une opération de sensibilisation et de conseil-dépistage en direction des équipes employées dans les hôtels sénégalais, a été lancée le 3 novembre dernier. Les travailleurs du tourisme sont particulièrement exposés à la maladie.

Sensibilisation, prévention, dépistage et conseil. Voilà ce qui est proposé aux 800 employés de plusieurs hôtels au Sénégal depuis le 3 novembre dernier. Une opération conjointe de sensibilisation et de conseil-dépistage du personnel du secteur hôtelier est réalisée dans le cadre la plateforme Global Business Coalition on HIV/AIDS, Tuberculosis and Malaria (GBC) qui regroupe des acteurs de l’industrie du voyage et du tourisme. Créée en décembre 2007 sous l’impulsion de Gilles Pélisson, administrateur-directeur général du groupe Accor, l’opération regroupe différentes entreprises françaises telles que le groupe Accor, Air France, Europ Assistance, le Club Méditerranée et aussi des groupes étrangers comme Virgin. Cette initiative s’inscrit dans le cadre de la journée mondiale de lutte contre le sida qui a lieu aujourd’hui lundi.

Le Sénégal a été choisi comme projet pilote en tant que principale destination touristique d’Afrique de l’Ouest. Trois hôtels, le Novotel et le Sofitel à Dakar et le Club Med au cap Skirring, reçoivent l’opération pilote. Les employés sont sensibilisés aux risques de transmission de la maladie, aux possibilités de prévention. Des discussions sur la stigmatisation des personnes séropositives sont réalisées et un test de dépistage gratuit, anonyme et sur la base du volontariat est proposé. Les partenaires sénégalais sont mis à contribution. Sida Service, une ONG locale, a mis à la disposition de l’initiative des unités mobiles parlant wolof qui se déplacent pour sensibiliser et dépister les employés.

Des préservatifs dans la chambre d’hôtel

Les clients sont également sensibilisés avec la distribution de préservatifs dans les chambres d’hôtel. Parallèlement, une campagne globale d’information est menée sur le site d’Europe Assistance et un spot est diffusé sur TV5Monde à l’attention des voyageurs. Le but est évidement de lutter contre la propagation de la maladie mais également de combattre le tourisme sexuel, nous rappelle Erik Maville, directeur technique à GBC. Même si le Sénégal a un taux de prévalence de 0,7%, ce qui est plutôt faible, les sites touristiques sont toujours entourés de personnes vivant de la prostitution, attirées par une clientèle occidentale souvent aisée. « Sur certains sites touristiques, on enregistre des taux de prévalence allant de 2 à 3%, comme en Casamance ». Certains clients vont même jusqu’à payer plus cher pour avoir des rapports sexuels non protégés donc plus risqués.

Luc Rosso, directeur général du Novotel de Dakar et directeur de l’Alliance sénégalaise des entreprises du Secteur Privé pour la lutte contre le sida (ASEP/LS), nous apprend que même si la prostitution est formellement interdite dans son établissement il s’agit d’une réalité difficile à contrôler. « La chambre du client représente juridiquement un espace privé dans lequel nous n’avons pas de droit de regard ». Les employés peuvent juste enregistrer l’identité des personnes qui franchissent les portes de l’hôtel mais pas plus.

Une stratégie de transparence

Cette opération s’inscrit aussi dans une stratégie marketing. Autrefois réticentes à communiquer sur le sida pour ne pas décourager les voyageurs, les professionnels du tourisme en font aujourd’hui un argument de choix. Erik Maville explique que «de nombreux clients préfèrent des entreprises qui ont une politique de responsabilité sociale à celles qui n’ont aucun engagement affirmé ». Luc Rosso nous rappelle, lui que parallèlement le groupe Accor est engagé depuis 1997 dans la lutte contre le paludisme ou en faveur du développement durable.

Exclusivement destinée au personnel des hôtels, l’opération touche « dix fois plus de personnes que d’employés si on compte la famille et les proches », selon Luc Rosso. Dès 2009, la campagne devrait s’étendre aux « ayants droit » ainsi qu’aux travailleurs liés plus ou moins directement à l’hôtellerie : fournisseurs et prestataires de service mais aussi chauffeurs de taxi, personnel des aéroports… Pour l’instant, le Novotel de Dakar enregistre un taux de participation de 74% au test de dépistage, ce qui est très encourageant.

D’autres pays mais aussi d’autres continents sont envisagés. Le projet doit déjà faire face à une demande de pays de la sous-région. Diverses destinations, comme la Thaïlande, sont tristement connues pour le tourisme sexuel qui y sévit. L’Asie et l’Amérique du sud sont les prochaines cibles.
33 millions de personnes sont aujourd’hui contaminées par le virus du Sida dont les deux tiers vivent en Afrique.

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