Sénégal : le récit inédit de Daouda Sène, un électricien non voyant de 75 ans


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Daouda Sène
Daouda Sène

Le corps rendu frêle par le poids de l’âge, Daouda Sène, âgé aujourd’hui de 75 ans, a vécu une trajectoire pour le moins inédit. Devenu non voyant depuis 15 ans, il a accepté le coup du sort et continue ainsi à exercer son métier d’électricien, pour éviter de tendre la main.

Domicilié à Khombole, une ville située à 26 km de Thiès, le non-voyant Daouda Sène, âgé aujourd’hui de 75 ans, est un électricien au parcours atypique. Trouvé en tenue de travail dans son chantier, il dresse un récit inédit de son parcours pour le moins particulier. Cultivateur et éleveur à ses heures perdues, Daouda Sène est d’abord allé s’installer à Dakar où il a appris le métier d’électricien, alors qu’il n’avait pas encore des problèmes de vue. En moins de deux ans, il a pu maîtriser tous les secrets du métier.

Après une carrière professionnelle très prometteuse, qui l’a mené à la Sénélec, à la Caisse de Péréquation et à la société phytosanitaire, il est devenu non voyant depuis 15 ans. Cependant, il accepte avec philosophie une telle situation qu’il considère comme un simple coup du sort. Daouda Sène n’a jamais été à l’école française, mais il se débrouille bien dans la langue de Voltaire. Selon lui, il exerce le métier d’électricien exactement de la même manière que lorsqu’il voyait, car Dieu lui a permis de garder tous les réflexes.

Le regret de n’être pas devenu non voyant plus tôt

Il a participé aux travaux de construction de 10 postes électriques à Touba, en guise de contribution aux travaux de la cité religieuse de Khadimou Rassoul Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké, fondateur du mouridisme. Il est également le décorateur de Lamp Fall, qui trône sur le plus long minaret de la grande mosquée de Touba

Daouda Sène martèle que son problème fondamental est cependant de pouvoir former quelqu’un qui soit à ses côtés. « Quelqu’un qui est devenu non voyant alors qu’avant il vaquait bien à ses occupations pour prendre en charge sa famille, ne peut jamais tendre la main dans la rue », fulmine Daouda Sène. C’est pourquoi il n’a jamais cédé devant cette épreuve et c’est ainsi qu’il a continué de plus belle à se mouvoir, pour vivre à la sueur de son front.

C’est avec fierté qu’il affirme qu’il vit des expériences enrichissantes et c’est pourquoi, il est même tenté parfois de regretter de n’être pas devenu non voyant plus tôt. C’est en tout cas dans cette situation, qu’il a pu acquérir un terrain, alors qu’il n’avait pas cette possibilité quand il voyait. C’est aussi dans ces conditions, qu’il a pu ériger un bâtiment pour mettre à l’abri son épouse et sa progéniture, alors qu’il ne pense pas un seul instant tendre la main à qui que ce soit.

« Je ne ferai jamais de la politique parce que… »

Il est également doté d’une bonne mémoire et c’est encore à l’aise qu’il cite les noms des ministres de Léopold Sédar Senghor, premier président de la République du Sénégal, de son successeur Abdou Diouf ou encore ceux qui composaient le gouvernement du Président Abdoulaye Wade.

Daouda Sène trouve répugnante la scène politique au Sénégal. « Je ne ferai jamais de la politique parce que tout simplement je suis un homme de parole et cette ce principe ne fait pas bon ménage avec la politique. C’est pourquoi, je suis équidistant de toutes les chapelles politiques et préfère m’adosser totalement à Dieu, le seul maître de l’univers », dit-il avec forte détermination.

Homme de principe, il l’exprime, même en écoutant la bande FM. C’est ainsi qu’il n’hésite pas à passer tout son temps à zapper, tant qu’il entend des émissions qui ne cadrent pas avec ses convictions.

Alors qu’il avait encore la vue intacte, il a eu à guider les pas de beaucoup de jeunes de Pikine, dans ce métier d’électricien, notamment des jeunes qui sont devenus des footballeurs professionnels. Dans le lot, il garde un merveilleux souvenir de Moussa Badiane du Jaraaf de Dakar, qui lui est resté fidèle et qui l’appuie beaucoup.

Bénéficiaire d’une bourse familiale, il a remercié le gouvernement de cette initiative, non sans affirmer qu’avec ces bourses, c’est comme si on avait donné 10 FCFA à celui qui a droit à 500 FCFA.

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