Sénégal : la législation sur l’homosexualité se durcit avec de nouvelles sanctions pénales


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Bassirou Diomaye Faye, Président du Sénégal
Bassirou Diomaye Faye, Président du Sénégal

Le Sénégal durcit sa législation sur l’homosexualité après la promulgation d’une nouvelle loi par Bassirou Diomaye Faye. Le texte double les peines de prison et sanctionne également la promotion des relations homosexuelles. Cette réforme suscite des critiques d’organisations de défense des droits humains.

Une loi qui double les peines existantes

Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a promulgué, lundi, une loi renforçant la répression de l’homosexualité dans le pays. Publié au Journal officiel mardi, le texte modifie le cadre pénal existant et prévoit désormais des peines plus lourdes pour les actes qualifiés de « contre nature ».

La nouvelle législation porte la peine d’emprisonnement de cinq à dix ans, contre un à cinq ans auparavant. Elle prévoit également des amendes beaucoup plus élevées, comprises entre 2 et 10 millions de francs CFA. L’ancien dispositif fixait ces sanctions financières entre 100 000 et 1,5 million de francs CFA.

Le texte introduit également une aggravation des peines lorsque les faits impliquent un mineur. Dans ce cas, la sanction maximale pourra être appliquée par les juridictions compétentes.

La pénalisation de la “promotion” de l’homosexualité

Au-delà de la répression des relations homosexuelles, la loi élargit le champ des infractions. Désormais, toute personne reconnue coupable d’avoir promu, encouragé ou financé des relations homosexuelles s’expose à une peine de trois à sept ans de prison.

Cette disposition vise notamment les initiatives de soutien ou les activités associatives jugées favorables aux droits des personnes LGBTQ+. Le texte prévoit toutefois une mesure destinée à limiter les abus, en sanctionnant la dénonciation calomnieuse faite de mauvaise foi contre des personnes accusées à tort.

L’Assemblée nationale sénégalaise avait adopté cette loi le 11 mars à une large majorité, traduisant un consensus politique fort autour du durcissement de la législation.

Des critiques internationales sur les droits humains

La promulgation de cette loi a suscité des réactions à l’international. Le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, avait dénoncé dès l’adoption du texte une législation qui « bafoue » les droits fondamentaux.

Les organisations de défense des droits humains s’inquiètent notamment de l’extension des sanctions à la promotion ou au soutien des relations homosexuelles. Selon elles, cette évolution pourrait restreindre la liberté d’expression et accroître les risques de poursuites.

Un climat déjà tendu dans le pays

La question de l’homosexualité reste particulièrement sensible au Sénégal. Ces dernières semaines, plusieurs arrestations ont été signalées dans le pays. Début février, douze hommes, dont deux personnalités locales, avaient été interpellés pour des actes qualifiés de « contre nature ».

Selon la presse locale, ces arrestations ont été suivies d’autres opérations, dans un climat marqué par une forte mobilisation contre l’homosexualité. La promulgation de la nouvelle loi intervient dans ce contexte tendu.

Avec ce durcissement législatif, le Sénégal renforce son arsenal pénal dans un domaine déjà controversé. La mise en œuvre du texte et ses conséquences sur le climat social et politique du pays devraient désormais faire l’objet d’une attention particulière, tant au niveau national qu’international.

Maceo Ouitona
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Maceo Ouitona est journaliste et chargé de communication, passionné des enjeux politiques, économiques et culturels en Afrique. Il propose sur Afrik des analyses pointues et des articles approfondis mêlant rigueur journalistique et expertise digitale
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