Sénégal : Karim Wade accusé de montage financier illicite

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Après les avocats de Karim Wade et les différents responsables du Parti démocratique sénégalais, place aux enquêteurs de la Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI) d’apporter leurs démentis. En réalité, selon la Crei, les avocats de Karim Wade ont déposé 42 pages, au lieu des 3000 annoncées. La Cour spéciale révèle avoir mis à nu une véritable ingénierie financière frauduleuse mise en place par le fils de l’ancien président et ses collaborateurs.

(De notre correspondant à Dakar)

Au cours de la déclaration de la Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI) à la presse, le substitut du procureur Antoine Diome a dévoilé les tromperies utilisées par Karim Wade et ses présumés complices : Bibo Bourgi, Cheikh Diallo, Pierre Agbogba, Mamadou Pouye, Mansour Gaye, Vieux Aïdara; tous en garde-à-vue. « Sur des éléments objectifs, il est utile de savoir qu’une véritable ingénierie financière frauduleuse a été mise à nu, reposant sur un système avec deux déclinaisons de prête-noms simples, qui pouvaient ignorer jusqu’aux caractéristiques se rapportant à l’objet social ou bien à l’activité de la société dont il était censé être l’associé unique ou majoritaire. Ça, c’est le premier système qu’on a découvert qui s’appelle prête-noms simples », a révélé la cour spéciale.

« Pour ce qui est du deuxième système, il reposait sur des prête-noms opérationnels, avec une part active dans la réalisation d’enrichissement illicite. Mais à chaque fois, par des témoignages, à chaque fois par des documents, à chaque fois par une analyse financière, on aboutit à un lien entre un enrichissement et une personne physique dirigeant d’une personne morale de droit privé, mais naturellement on peut engager des poursuites à son encontre », a précisé le substitut du procureur de la CREI.

Les sociétés de Karim Wade démantelées

Après la déclaration du substitut du procureur, tout porte à croire que, M. Karim Wade aurait bien senti le coup, au moment de monter ses affaires, en utilisant des sociétés prête-noms simples et des prête-noms opérationnels. M. Antoine Diome affirme : « M. Karim Wade et compagnie ont aussi utilisé des contrats de franchise pour adosser leurs sociétés à de grands groupes mondiaux afin d’utiliser leur renommée », tout en estimant que ces contrats de franchise sont dans le dossier d’accusation.

Aussi dit-il, l’objectif de cette pratique est d’utiliser les références et les noms commerciaux, en contrepartie du reversement d’un pourcentage du chiffre d’affaires annuel. « C’est un élément essentiel du dossier » dans les pays où ils se sont rendus, dans le cadre de leur enquête pour regarder le registre des sociétés citées, ils se sont retrouvés avec d’autres noms de société, à la place de celles recherchées, indique M. Diome. Ainsi, soulignera-t-il : « ils font des montages qui font qu’il est difficile d’atteindre la personne propriétaire de ces sociétés citées dans le dossier, l’exemple patent est Dubaï Port world ».

En effet, des sociétés off-shore sont des sociétés qui sont exemptes d’impôts et qui ne sont pas autorisées à s’engager dans des affaires dans la juridiction de constitution. Ce sont des sociétés non résidentes, par opposition aux sociétés dites on-shore. Ces sociétés sont souvent logées dans les paradis fiscaux comme les Iles Anglo-Normandes du Royaume Uni, les Bahamas aux États-Unis, le Luxembourg, la Suisse et les Iles Caïmans entre autres. Dans ces pays, la notion de secret professionnel et donc de secret bancaire est assez variable. Le principe commun est une obligation légale, pour les banquiers, de maintenir la confidentialité des informations obtenues sur leurs clients, lors de l’exercice de leurs fonctions. Les différences entre les législations se situent principalement dans les mécanismes de divulgation d’information.

Les raisons de l’arrestation de Karim Wade

Nous avions annoncé dans nos précédentes éditions que l’arrestation de Karim Wade était liée aux manquements notés dans son dossier. Selon le procureur Alioune Ndao, Karim Wade et ses avocats ont fait du « Tapalé » (mauvaise foi). « S’ils ont dit qu’ils ont rédigé 3000 pages, ce n’est pas exact. Nous avons reçu plutôt 42 pages. Et tout le reste, ce sont des documents annexes. Nous avons reçu les dossiers à 11 heures 35 minutes, à 25 minutes de la fin du délai d’un mois. Nous nous sommes enfermés dans mon bureau, avec mon substitut, pour lire le document de 42 pages qui contient toutes les réponses, aussi bien sur la forme que sur le fond. Et à chaque renvoi vers une pièce annexe, nous recherchions les pièces annexes », a-t-il précisé.
Et de poursuivre : « c’est ainsi qu’au bout de deux heures, nous avons lu l’intégralité du document et nous nous sommes fait une religion très précise de la qualité très précise des réponses apportées par Monsieur Karim Wade. D’ores et déjà, n’étant pas du tout convaincus de la pertinence de ses réponses, nous avons pris des mesures idoines qui consistaient à procéder à l’arrestation de Karim Wade et tous ceux qui sont considérés comme étant ses complices dans les faits qui lui sont reprochés ».

Selon d’autres informations fournies par la CREI, l’enquête sur le patrimoine de l’ancien ministre d’État, démarrée le 2 octobre 2012, a été bouclée le 8 mars par la gendarmerie. Ce mercredi matin, le dossier de Karim Wade sera transmis à la commission d’instruction composée de juges indépendants qui vont décider de la suite à donner à l’affaire Karim Wade.