Sénégal : face à la justice, Hissène Habré de retour à la case départ ce lundi

Reprise ce lundi à Dakar du procès de l’ancien dictateur tchadien Hissène Habré, qui a régné de 1982 à 1990, instaurant un régime de terreur. Jugé par les chambres africaines extraordinaires, il est accusé de crime contre l’humanité, de torture, et crime de guerre. Le procès attendu depuis près de 15 ans par les victimes avait débuté le 20 juillet dernier dans un climat très tendu avant d’être reporté à ce jour.

Qu’il le veuille ou non Hissène Habré va devoir rendre des comptes. Ce lundi il va de nouveau devoir revenir à la barre pour faire face à ses victimes. Le procès de l’ancien dictateur tchadien, qui a régné de 1982 à 1990, installant un régime de terreur, est réouvert ce lundi à Dakar, dans la capitale sénégalaise, où il s’est réfugié à sa chute.

Jugé par les chambres africaines extraordinaires, il est accusé de crime contre l’humanité, de torture, et crime de guerre. Le procès avait initialement débuté le 20 juillet 2015 mais a dû être reporté à ce lundi en raison du comportement de Hissène Habré qui en avait surpris plus d’un. Vêtu tout de blanc, l’ancien dictateur avait refusé de comparaître à la barre, se débattant et s’agitant dans tous les sens contre les forces de l’ordre qui ont dû le mener sur le banc des accusés de force. Il avait également accusé les juges d’être des néocoloniastes. Ses avocats ont ensuite refusé de venir à l’audience et le procès a été ajourné pour donner aux nouveaux avocats commis d’office le temps de prendre connaissance du dossier.

Refus de parler aux avocats commis d’office

D’après l’ONG de défense des droits de l’Homme Human Rights Watch, qui accompagne les victimes de l’ancien dirigeant tchadien depuis 15 ans, « Hissène Habré a refusé de communiquer avec les avocats commis d’office et il est presque certain qu’il essaiera de les récuser. Le président de la Cour, Gberdao Gustave Kam, a cependant clairement indiqué que conformément au droit sénégalais et à la pratique internationale, les avocats sont nécessaires à la sauvegarde des droits de l’accusé et au bon déroulement de la procédure.» Pour Reed Brody, conseiller à Human Rights Watch, qui travaille avec les victimes depuis 15 ans pour que Hissène Habré soit devant la justice, « cette affaire est un tournant dans la lutte pour que les auteurs d’atrocités rendent compte de leurs crimes, en Afrique et dans le monde ». Selon lui, « après des années de campagne et de péripéties, un groupe de survivants tenaces a montré qu’il était possible de traduire un dictateur en justice. »

C’est la première fois que les tribunaux d’un État jugent l’ancien dirigeant d’un autre Etat pour des supposées violations de droits humains. Les Chambres africaines chargées de juger l’ancien dictateur ont été inaugurées par le Sénégal et l’Union africaine en février 2013 pour poursuivre « le ou les principaux responsables » des crimes internationaux commis au Tchad durant le règne de Hissène Habré de 1982 et 1990.

Le procès devrait en tout durer deux mois, au cours desquels environ 100 témoins et victimes sont attendues à la barre. La plupart d’entre elles ont été emprisonnées et torturées sous le régime de Hissène Habré après avoir été arrêtées de façon arbitraire. Après 15 années de combat ardu pour qu’il soit au banc des accusés, elles affirment être plus que jamais prêtent à en découdre avec leur ancien bourreau.