Sénégal, Enfants enchaînés : malgré les pressions, la justice n’a à aucun moment tremblé

L’affaire des talibés de Ndiagne enchaînés par leur maître coranique, à la demande des parents, continue de défrayer la chronique au Sénégal. Traînés en justice, les mis en cause seront fixés sur le sort le 4 décembre prochain. Dans cette affaire qui a vite pris une dimension nationale, force est de constater que la justice n’a, à aucun moment tremblé, même si les pressions n’ont pas manqué.

L’affaire des talibés enchaînés au daara de Ndiagne, a fait sortir ce village de la région de Louga, de sa torpeur. Poursuivis pour violence faite sur des mineurs de moins 15 ans, mise en danger de la vie d’autrui et complicité, le maître coranique Cheikhouna Guèye et Cie, accusés dans cette affaire, encourent une peine de prison de 2 ans dont 2 mois ferme. Telle est en tout cas la réquisition du maître des poursuites, à l’occasion de l’audience en flagrant délit, tenue au Tribunal de Grande Instance de Louga. Le moins que l’on puisse dire, est que malgré les pressions et la tension autour de cette affaire, la justice n’a à aucun moment tremblé dans la gestion de ce dossier.

Dès le déclenchement de l’affaire, le directeur de la Promotion des droits de l’enfant, au ministère de la Femme, de la Famille, du Genre et de la Protection des droits de l’enfant avait dédramatisé. Il avait déclaré que « les personnes qui ont eu à commettre ces actes, ne l’ont pas fait dans l’intention de nuire aux enfants. Mais, c’est un modèle d’éducation qu’ils connaissent, qu’ils ont vécu et qu’ils sont en train de perpétuer, sans savoir qu’il y avait des lois qui interdisaient ce genre de pratiques ». Qu’à cela ne tienne, la procédure s’est poursuivie.

«La torture est bannie par le Sénégal et condamnée par la loi. Ce qui s’est passé au daara de Ndiagne est inadmissible et incompréhensible », a noté le Substitut du Procureur. Ce après que le maître coranique et ses co inculqués, aient répondu sur le faits, à l’interrogatoire d’audience. Cheikhouna Guèye a affirmé à la barre : « c’est vrai que j’ai fait menotter et enchaîner les cinq talibés, mais je dois préciser que c’était à la demande des parents qui m’avaient confié l’éducation de leurs enfants. Nous avons eu recours à cette méthode pour empêcher que ces enfants puissent fuguer une énième fois du daara. Notre but n’est pas de ternir l’image de qui que ce soit, mais c’est d’enseigner le coran dans la rigueur ».

Après l’annonce du réquisitoire du maître des poursuites, la foule s’est déchaînée sur le tribunal, après avoir défoncé le portail, pour réclamer la libération du maître coranique. Mais elle devra forcément attendre le 4 décembre, date du délibéré, pour avoir une réponse à sa question, après que les demandes de libertés provisoires aient été refusées.

De tels actes ont été farouchement condamnés par l’Union des Magistrats Sénégalais (UMS) qui a par ailleurs demandé aux autorités de garantir le fonctionnement de la justice et la sécurité du personnel judiciaire.

Mais cette affaire déchaîne également les passions entre Ndiagne et Gueth Ardo, deux localités voisines. C’est parce que dit-on, ce sont des jeunes de Gueth Ardo, village situé à 2 kilomètres de Ndiagne, qui auraient vendu la mèche. Après les violentes manifestations au tribunal de Louga, des jeunes ont mené une opération de représailles contre des commerçants de Gueth Ardo, qu’ils accusent d’avoir photographié les talibés fugueurs, ce qui a enclenché cette affaire.

C’est là donc une affaire qui n’a pas encore livré tous ses secrets. En tout cas pour le député Aïda Mbodji, au-delà de cette situation, il faut aller dans le sens d’un dialogue entre le ministère de la Justice et les chefs religieux pour une meilleure harmonisation du secteur.

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