Sénégal : Dubaï Port va-t-il larguer les amarres ?

Le Port Autonome de Dakar et les autres activités africaines de Dubaï Port pourraient être vendues pour permettre à son actionnaire majoritaire Dubaï World d’éponger sa dette colossale. Une opportunité à saisir pour le groupe français Bolloré qui pourrait ainsi relancer ses activités dans le port de Dakar.

En 2008, Dubaï Port (DP) avait réussi à prendre le contrôle de la gestion du Port Autonome de Dakar (PAD) pour 25 ans, en évinçant au passage le groupe français Vincent Bolloré pourtant fort de quatre-vingts ans de présence au Sénégal. Bolloré mauvais perdant avait d’ailleurs, en vain, introduit des recours auprès des autorités sénégalaises.

Depuis lors, de l’eau a coulé sous les ponts et DP a tenu toutes ses promesses. Après un investissement de 60 milliards de F CFA, il a réussi à doubler les rendements et à ramener à vingt minutes le temps de service moyen, faisant du PAD l’un des ports les plus performants d’Afrique. Puis DP a démarré les travaux du «Port du futur» qui vont mobiliser 250 milliards de F CFA (380 millions d’euros) et être livré en 2012. Autant dire qu’avec le recul, le choix de DB, pourtant décrié à l’époque par les partis d’opposition, est aujourd’hui unanimement reconnu comme l’une des grandes réussites de Me Wade. Et face à la crise mondiale, DP a plutôt bien résisté, avec un chiffre d’affaires en hausse de 10 % au premier semestre 2010 (1,2 milliard d’euros) et un profit net de 168 millions d’euros (+ 17 %).

Bolloré va-t-il revenir au Sénégal ?

Seulement voilà, une épée de Damoclès pend au dessus de DP. En effet, ce dernier appartient à 77% à Dubaï World, le fonds souverain de Dubaï, qui a une dette abyssale de 31 milliards d’euros. L’une des solutions envisagées pour éponger une partie de sa dette, est de vendre ses meilleurs actifs, dont fait partie DP, pour un montant global de 15,3 milliards d’euros. Et cela, même si début septembre Dubaï World affirmait avoir obtenu un accord avec 99% de ses créditeurs pour restructurer sa dette.

Bolloré tient la pole position pour reprendre les activités africaines de DP, qui concerne outre le Sénégal (Dakar), Djibouti, l’Égypte (Sokhna), le Mozambique (Maputo) et l’Algérie (Alger et Djen-Djen). Interrogé sur le sujet, Olivier de Noray, directeur ports et terminaux de Bolloré, nie pourtant tout contact entre le groupe Bolloré et DP, tout en précisant : «une telle discussion ne pourrait avoir lieu sans l’accord des pays concernés». D’autres repreneurs sont également possibles, comme les compagnies maritimes Maersk ou MSC, mais leurs capacités d’investissement ont été lourdement entamées par la crise. Deux ans après son éviction, Bolloré pourrait donc revenir par la grande porte, et de nouveau jeter l’ancre dans les eaux sénégalaises.