
Dans une décision attendue, la Cour suprême du Sénégal a accordé ce lundi 12 janvier la liberté provisoire assortie d’un contrôle judiciaire à Mouhamadou Ngom, dit Farba Ngom, député-maire des Agnam, ainsi qu’à l’homme d’affaires Tahirou Sarr, tous deux poursuivis dans un important dossier de détournement de fonds publics.
Les deux prévenus étaient en détention préventive depuis le 27 février 2025, date à laquelle Farba Ngom avait été placé sous mandat de dépôt par les juges du Pool judiciaire financier (PJF), à la suite de la levée de son immunité parlementaire par l’Assemblée nationale.
Un dossier explosif à 125 milliards FCFA
L’affaire remonte à une enquête approfondie du PJF, déclenchée à partir d’un signalement de la Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF), qui avait mis en lumière des flux financiers jugés suspects, évalués à près de 125 milliards de francs CFA.
Dans ce dossier, Farba Ngom est notamment poursuivi pour association de malfaiteurs, complicité d’escroquerie sur les deniers publics, blanchiment de capitaux et abus de biens sociaux, des chefs d’accusation que la défense a toujours vigoureusement contestés. Tahirou Sarr, de son côté, figure également dans l’enquête pour des infractions financières similaires, en lien avec des opérations qu’il supervisait.
Une bataille judiciaire autour de la santé de Farba Ngom
La défense de Farba Ngom avait multiplié les démarches pour obtenir sa liberté provisoire, soulignant l’état de santé fragile de leur client, estimant son état de santé incompatible avec la détention. Au cours de la procédure, la Chambre d’accusation avait annulé une partie de la décision de maintien en détention et ordonné le transfert de l’élu dans un centre hospitalier, mais les avocats avaient jugé cette mesure insuffisante et saisi la Cour suprême.
La décision de l’instance judiciaire suprême offre à Farba Ngom et à Tahirou Sarr une mise en liberté sous conditions strictes : ils restent placés sous contrôle judiciaire avec des obligations de présence devant la justice, tout en leur permettant d’assurer leur défense hors du milieu carcéral. Ce type de mesure, prévu par le Code de procédure pénale sénégalais, permet de concilier le respect des libertés individuelles avec les garanties nécessaires au bon déroulement de l’instruction.
Réactions et suites de la procédure
Les avocats des deux hommes ont salué cette décision, la qualifiant d’aboutissement d’un long combat juridique, tout en rappelantque le dossier principal est toujours en cours d’instruction et que de nombreuses étapes judiciaires demeurent à franchir avant un éventuel procès.
De leur côté, certains acteurs politiques et observateurs de la vie publique sénégalaise suivent de près cette affaire, qui s’inscrit dans un contexte plus large de lutte contre la corruption et la reddition des comptes, revendiquée par les autorités depuis l’entrée en fonctions du Président Bassirou Diomaye Faye en avril 2024.
Avec l’octroi de la liberté provisoire, la procédure judiciaire contre Farba Ngom et Tahirou Sarr entre dans une nouvelle phase, sous le regard attentif d’une opinion publique de plus en plus exigeante sur la transparence et la probité des dirigeants. Les prochains mois pourraient être déterminants pour l’évolution de ce qui est déjà considéré comme l’un des plus grands scandales financiers du Sénégal de ces dernières années.




