
Au lendemain du match Sénégal-Belgique, la défaite des Lions de la Teranga passe mal chez les supporteurs africains. On peine à comprendre comment le Sénégal a pu laisser filer entre les doigts une victoire qui était quasiment acquise. À Porto-Novo, au Bénin, la déception est totale comme dans toutes les capitales africaines.
Ce matin, le temps est calme à Porto-Novo, au Bénin. Après trois jours de pluies abondantes, un léger soleil rend le temps très agréable. Nous sommes donc allés au-devant de quelques fans du ballon rond qui n’ont pas hésité à nous confier leur immense déception.
« On croyait déjà célébrer la qualification »
Marcel, la quarantaine, de nationalité nigériane, tient une boutique de ventes de pièces automobiles au quartier Kandévié, au centre-ville, peine encore à comprendre. « Franchement, je savais que le plus gros du boulot était effectué. On croyait déjà célébrer la qualification. À 2-0, je ne voyais pas comment ils pouvaient laisser échapper ce match. Mais en quelques minutes, tout s’est écroulé. C’est cruel. Toute l’Afrique a perdu avec eux », lâche-t-il, amer.
À quelques mètres de lui, nous croisons le chemin de Clarisse, étudiante en troisième année à l’INJEPS (Institut national de la jeunesse, de l’éducation physique et du sport) en plein footing. Pour elle, il n’y a pas à chercher midi à quatorze heures. « Le football punit les petites erreurs », lance-t-elle, avant d’enchaîner : « Les Sénégalais ont été excellents pendant plus de 80 minutes. Mais à ce niveau, il ne faut jamais croire que le match est terminé avant le coup de sifflet final. La Belgique possède des joueurs qui savent profiter de la moindre hésitation. C’est ce qui s’est passé ».
« Cette défaite fait plus mal qu’un 3-0 »
Devant une cafétéria, nous abordons Franck, instituteur à la retraite et féru de football. Avec calme, il nous livre son analyse de la rencontre de ce mercredi soir : « Les Belges ont gardé leur calme même à deux buts de retard. Ils ont continué à faire tourner le ballon jusqu’à trouver les failles. Les Sénégalais, eux, ont commencé à défendre trop bas. Quand on laisse autant d’espace à des joueurs comme Lukaku et autres, on finit souvent par le payer », répond-il sans laisser transparaître le moindre sentiment, même si le ton de sa voix cachait mal la colère qui bouillonnait en lui.
Pour Agossou, conducteur de taxi-moto communément appelé Zémidjan, ce n’est pas tant le résultat que le scénario qui fait souffrir. « Si la Belgique avait dominé tout le match, on aurait accepté. Mais là, le Sénégal avait les deux mains sur son billet pour les huitièmes. Perdre de cette manière, c’est terrible. La douleur est tout simplement immense. Cette défaite fait plus mal qu’un 3-0 », laisse-t-il entendre, tout juste avant de répondre à un client qui le hélait quelques mètres plus loin.
Un problème spirituel ? Une malédiction ?
Sur ces défaites successives des équipes africaines en fin de rencontres, plusieurs hypothèses sont avancées. Perte de concentration en fin de partie, faiblesse mentale, mauvais choix tactiques des coachs. Mais Geoffroy, la quarantaine, médecin et fan du foot, pousse un peu plus loin son analyse. D’abord il ne cache pas sa grande déception : « Je suis naturellement très déçu de ces prestations des équipes africaines. Vous commencez une compétition avec plein d’espoir, mais vous finissez toujours déçus. Hier après le 2-0 du Sénégal, je disais à mon épouse (super contente) : on sait comment ça finit. Elle n’avait pas cru, et voilà…! ».
Et de poursuivre : « Personnellement quand j’analyse la situation, je vois que ce sont des joueurs qui, pour la plupart, évoluent dans les championnats européens. Ils sont suivis dans leurs clubs par les mêmes entraîneurs que leurs collègues européens, ils reçoivent les mêmes consignes, suivent les mêmes entraînements que ces derniers avant de revenir en sélection nationale. Dans les équipes nationales africaines, il n’y a que quelques rares joueurs locaux. Mais alors, qu’est-ce qui arrive à ces internationaux dans leur sélection nationale ? C’est une grosse interrogation. Moi je me demande si ce n’est pas un problème spirituel ? S’agit-il d’une malédiction à la fin ? Je laisse la question ouverte. Puisque je ne suis pas en mesure d’y apporter une réponse claire et précise ».




