Sénégal-Belgique : l’Afrique perd encore dans les dernières minutes


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Sénégal s’effondre en finale
Sénégal s’effondre en finale

À quatre minutes d’un exploit retentissant, le Sénégal tenait son billet pour les huitièmes de finale de la Coupe du monde 2026. Les Lions de la Téranga menaient 2-0 face à la Belgique avant de s’effondrer dans une fin de rencontre irréelle, s’inclinant finalement 3-2 après prolongation. Cette élimination cruelle dépasse le seul cas sénégalais : elle met en lumière les difficultés récurrentes de plusieurs sélections africaines à gérer les grands rendez-vous face aux puissances européennes.

Quand les équipes africaines seront-elles enfin pleinement aguerries pour les grandes rencontres internationales ? Les sélections du continent étaient-elles réellement prêtes pour ce Mondial ? La question mérite d’être posée au regard du constat amer offert par plusieurs d’entre elles dans ces seizièmes de finale, à l’exception notable du Maroc. À ce stade, la bande à Achraf Hakimi est la seule à avoir tiré son épingle du jeu, avec la manière, depuis le début de la phase à élimination directe.

Tour à tour, l’Afrique du Sud, la Côte d’Ivoire, la RDC et désormais le Sénégal ont quitté la compétition avec le même goût amer : celui de matchs longtemps maîtrisés, ou au moins disputés à armes égales, avant de basculer dans les dernières minutes. Le cas le plus choquant reste celui du Sénégal, qui mérite qu’on s’y attarde pour tenter une autopsie de cette défaite rocambolesque.

Un scénario qui semblait pourtant parfait

Pendant 85 minutes, le Sénégal tenait son billet pour les huitièmes de finale. Jusque-là, les Lions de la Téranga livraient l’une de leurs prestations les plus abouties de la compétition, eux qui s’étaient qualifiés in extremis pour cette phase à élimination directe. Organisés, disciplinés et incisifs en contre-attaque, les hommes de Pape Thiaw avaient parfaitement exécuté leur plan.

Habib Diarra avait ouvert le score après une première période maîtrisée, avant qu’Ismaïla Sarr ne double la mise dès le retour des vestiaires grâce à une inspiration individuelle conclue avec sang-froid. À 2-0, la Belgique semblait sonnée. Kevin De Bruyne peinait à trouver des espaces, Romelu Lukaku, entré en seconde période, restait muselé, et les Diables rouges donnaient l’impression d’avoir perdu le fil de leur Coupe du monde.

À Seattle, les supporters sénégalais commençaient déjà légitimement à rêver d’un huitième de finale face aux États-Unis. Mais c’était sans compter sur ces faiblesses de fin de match qui, trop souvent, rattrapent les sélections africaines lors des grandes rencontres internationales.

Trois minutes qui font basculer un match

Puis tout s’est effondré. En l’espace de trois minutes. 180 secondes. À la 86e minute, un instant d’inattention défensive permet à Lukaku de réduire l’écart. Trois minutes plus tard, une défense sénégalaise trop passive permet à Youri Tielemans d’égaliser de la tête. En un souffle, les supporters du Sénégal sont passés de l’euphorie à la panique.

Cette incapacité à conserver un avantage confortable rappelle une faiblesse souvent observée chez plusieurs sélections africaines : lorsque la pression devient maximale, la maîtrise émotionnelle s’effrite, les erreurs individuelles se multiplient et l’organisation collective vacille. Tour à tour, les formations du continent, excepté le Maroc, ont confirmé cette tendance dans ce Mondial. Le scénario, à quelques différences près, rappelle ceux vécus plus tôt par la Côte d’Ivoire, la RDC et l’Afrique du Sud, toutes tombées en fin de partie.

La veille déjà, la RDC avait vécu une désillusion du même ordre face à l’Angleterre. Les Léopards avaient pourtant pris le match par le bon bout, ouvrant le score très tôt par Brian Cipenga et faisant longtemps douter les Three Lions grâce à une organisation compacte et à un Lionel Mpasi décisif. Mais là encore, l’expérience des grands rendez-vous a fini par parler. Harry Kane, longtemps contenu, a surgi dans le dernier quart d’heure pour inscrire un doublé et renverser la rencontre. Comme le Sénégal face à la Belgique, la RDC n’a pas été balayée par plus fort qu’elle : elle a été punie au moment précis où le match exigeait le plus de sang-froid, de maîtrise et de lucidité.

La force mentale, le défi persistant des sélections africaines

Disons-le clairement : le football africain ne souffre plus d’un déficit de talents. Les effectifs regorgent désormais de joueurs évoluant dans les plus grands championnats européens. Techniquement et physiquement, l’écart avec les grandes nations s’est considérablement réduit. En revanche, la gestion des moments clés demeure un chantier majeur.

Face aux équipes européennes, capables de rester lucides jusqu’au dernier instant, plusieurs sélections africaines continuent de payer cash chaque baisse de concentration. Le manque de maîtrise dans les fins de rencontre transforme souvent des performances prometteuses en immenses regrets. Le Sénégal n’a pas perdu parce qu’il était inférieur à la Belgique. Loin de là. Il a perdu parce qu’il n’a pas su protéger son avantage lorsque le match a changé de visage.

C’est peut-être là que se situe aujourd’hui la frontière la plus cruelle. Les sélections africaines savent rivaliser. Elles savent imposer de l’intensité, perturber des favoris, créer des occasions, faire douter des adversaires mieux cotés. Mais elles doivent encore apprendre à tuer les matchs, à ralentir le tempo, à conserver le ballon, à provoquer les fautes utiles, à gérer les temps faibles. Bref, à survivre à ces dernières minutes où les grandes équipes ne paniquent pas.

Les limites d’un coaching qui interroge

L’entraîneur Pape Thiaw avait pourtant parfaitement préparé son équipe. Son organisation défensive avait longtemps neutralisé les atouts belges. Mais lorsque la Belgique a commencé à modifier son animation offensive, la réponse sénégalaise s’est révélée moins convaincante. Les changements opérés n’ont pas permis de redonner de la fraîcheur au milieu de terrain ni de conserver suffisamment le ballon pour casser le rythme des Belges. Progressivement, le bloc sénégalais a reculé jusqu’à subir une pression devenue constante.

À ce niveau de compétition, les détails tactiques comptent autant que les qualités techniques. La Belgique a su adapter son jeu au fil de la rencontre ; ce que n’a pas pu faire le Sénégal. Au contraire, les Lions ont progressivement perdu le contrôle du match. Au pays, les choix de Pape Thiaw ne manqueront pas d’être discutés, tant cette élimination laisse le sentiment d’un immense gâchis.

Le Sénégal méritait mieux. Mais le football de très haut niveau ne récompense pas seulement les bonnes intentions ni les longues séquences maîtrisées. Il consacre les équipes capables de rester froides lorsque tout brûle autour d’elles. C’est précisément ce cap que les sélections africaines doivent encore franchir si elles veulent transformer leurs promesses en véritables exploits mondiaux.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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