Sedigui : un petit projet qui en dit long

Alors que les accusations de corruption empoisonnent le débat sur le pipe-line Kribi/Doba, un projet plus modeste, le projet Sedigui catalyse tous les soupçons. Apparemment il y a de quoi.

En attendant le feu vert de la Banque mondiale, le gouvernement tchadien s’est fait les dents sur un projet, certes moins ambitieux, mais plus avancé. Le projet Sédigui. Il est en tous cas exemplaire des relations troubles qu’entretiennent les compagnies pétrolières et les institutions financières internationales avec N’Djamena.

Le 11 mars 1995, l’émissaire du gouvernement, Hassan Adoum Bakhit Haggar signe avec deux sociétés internationales, IGET international et une filiale d’Elf de l’époque, la société Technip. Ce contrat de 753, 6 millions de FF vise l’exploitation du petit gisement de Sedigui non loin du lac Tchad d’une capacité estimée à 15 millions de barils.

Le financement pour la  » fourniture clés en mains du projet «  est décomposé de la manière suivante :

 Un pipe line de plus de 300 km, avec des installations : 245, 5 millions de FF.

– La raffinerie : 324, 1 millions de FF – Environ 48 millions de dollars US de l’époque.

– La centrale : 184, 1 millions de FF

La convention précise :  » Les prix ci-dessus sont fermes et non-révisables et exempts de toutes taxes ou droits de douanes éventuellement redevables en République du Tchad « . Prudent.

Le 8 juin 2000, dans une lettre ouverte à James Wolfesohn, président de la Banque mondiale, le député fédéraliste Ngarlejy Yorongar, accuse les deux sociétés d’avoir surfacturé du  » simple au double « , la raffinerie de N’Djamena, laissant  » une enveloppe de 48 millions de dollars au profit du clan qui gère le projet pétrolier. Corruption avérée par la convention signée par le gouvernement et ces deux sociétés dont copie vous a été remise en mains propres par mes soins lors de notre entretien le 23 juin 1999, à Paris « , écrit le député d’opposition au leader de la Banque mondiale.

Nous n’avons pas pu vérifier l’exactitude des assertions de M Yorongar. Toutefois : le 20 janvier dernier, l’Agence française du développement, AFD, communique à l’Agence France Presse (AFP) un coût total du projet de 108 milliards de FCFA, dont 47 milliards de FCFA pour la raffinerie.

Selon cette source Sedigui devait être financé par un consortium composé d’Elf Aquitaine (9, 8%), Esso (19, 6%), Shell (19, 6%) et à 51% par le gouvernement financé par les bailleurs de fonds traditionnels  » tels que l’Agence française de développement (AFD), la Banque européenne d’investissement (BEI) et la Banque mondiale (BAD) « . Troublant. A la louche, 47 milliards de francs CFA équivalent à 67 millions de dollars US. Si ces chiffres sont justes, ce budget dépasserait d’environ 20 millions de dollars US, les tarifs  » fermes et non-révisables «  initialement consacrés à la raffinerie.

Encore plus troublant : vérification faite auprès de l’AFD, il apparaîtrait que l’agence française se serait dégagée du projet. Pourquoi ? Réponse en forme de fuite :  » Ecoutez, les Tchadiens font ce qu’ils veulent. Nous on n’y est plus « . CQFD.