Sauver l’Irak à Charm El Cheikh?

La conférence internationale sur l’Irak qui se tient depuis deux jours à Charm El Cheikh a promis beaucoup… Dans un climat d’intense défiance.

Pour Ban Ki-moon, Secrétaire général des Nations Unies, qui concluait vendredi 4 mai 2007 la Conférence de Charm El Cheikh sur l’Irak, « il s’agit d’une feuille de route fixée pour les cinq prochaines années, qui vise à aider l’Irak à réaliser ses objectifs de long terme pour la prospérité économique, la stabilité politique et la sécurité durable. » Un discours bien euphorique au moment où les attentats quotidiens déciment la population de Bagdad et les forces américaines présentes en Irak.

Le théâtre et les coulisses

La Conférence de Charm El Cheikh pourrait presque se résumer à ce contraste : des avancées significatives… aux yeux des diplomates. Des effets à court terme à peu près nuls, aux yeux des commentateurs.

Et pourtant… Jamais depuis 2004 une Conférence internationale de cette ampleur ne s’était tenue sur l’Irak, réunissant sur le sol égyptien à la fois les six pays voisins de l’Irak, l’Irak lui-même, les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU, les représentants de l’Union Européenne, de la Ligue Arabe et du G8.

Et pourtant… Jamais depuis 1980 les Ministres des Affaires étrangères de la République Islamique d’Iran, Manouchehr Mottaki, et des Etats-Unis d’Amérique, Condoleezza Rice, n’avaient été assis aussi près l’un de l’autre… Mais c’est finalement l’Ambassadeur des Etats-Unis en Irak, Ryan Crocker, qui s’est entretenu avec Abbas Araghchi, le vice-ministre des Affaires étrangères iranien. Et encore ne parlèrent-ils « que 3 minutes » de l’Irak.

Condoleezza Rice à la rencontre de l’axe du mal ?

Et pourtant… Alors que la Maison blanche excluait toute possibilité de contact avec Damas, Condoleezza Rice a tout de même rencontré un autre acteur de « l’axe du mal », le Ministre syrien des Affaires étrangères, Walid al Moualem… Preuve que la diplomatie américaine est à la recherche de solutions pratiques pour ramener la paix en Irak et pour rapatrier son contingent de soldat de plus en plus durement éprouvé sur le sol irakien…

Mais toutes ces avancées diplomatiques ont accouché d’une souris : un accord a minima qui tente de mettre en place les conditions du retour à la paix en Irak

Un accord pour partager les dividendes de la Paix…

Pour simplifier les termes de l’accord, on peut dire que sur le plan de la réconciliation entre les différentes composantes irakiennes, il tente de répartir équitablement les revenus liés au pétrole entre les communautés chiite, sunnite et kurde, à réintégrer les anciens partisans de Saddam Hussein du parti Baas au sein du pouvoir irakien et à identifier l’aide économique à apporter à l’Irak.

Le Secrétaire général de l’ONU a également déclaré en cloture de la conférence que la dette irakienne serait allégée de plus de 30 milliards de dollars, (22,1 milliard d’euros). Une manière de répondre en partie à la demande forte du Ministre irakien des Affaires étrangères, Hochiar Zebari, venu à Charm El Cheikh réclamer « l’annulation » de la dette de l’Irak.

…Si la Paix est possible!

Pour autant… Les acteurs qui détiennent aujourd’hui les clefs du processus de paix, et en particulier l’Iran, n’ont pas signifié leur volonté de désarmer : l’iranien Manouchehr Mottaki, qui n’avait pas trouvé le temps de rencontrer Condoleezza Rice, a trouvé celui d’organiser une conférence de presse à huis clos, où il a stigmatisé l’attitude des Etats-Unis en Irak, les accusant d’être les responsables du développement du terrorisme dans ce pays et réclamant le départ pur et simple des troupes américaines…

Enfin… Si les délégués, dans leur déclaration finale, invitent la Ligue Arabe à monter une conférence de réconciliation sur l’Irak, cette recommandation ne précise ni délai ni lieu. Et la bonne volonté marquée d’Amr Moussa, Secrétaire général de la Ligue Arabe, pourrait ne pas suffire à lever les réticences ou les oppositions des uns ou des autres.

Donc, jeu de dupes à Charm El Cheikh? Disons plutôt que des pas importants ont été faits. Mais que même si les Américains étaient prêts à des concessions symboliques, leurs adversaires n’étaient pas encore prêts, de leur côté, à leur faciliter la tâche. Comme s’ils voulaient leur faire boire la coupe de la guerre jusqu’à la lie… Fût-ce au détriment de l’Irak, qui s’enfonce de jour en jour dans le désordre et la guerre civile.