Saturation du marché de voitures d’occasion en Algérie

Les autorités algériennes ont décidé d’interdire, à partir de décembre 2001, l’importation des voitures d’occasion. Les entreprises d’import-export crient à l’hérésie économique. Les particuliers sont pris de frénésie. Gros plan sur un marché informel.

Saint-Ouen (région parisienne), enchères. Ahmed sort de sous une Clio. Il est huit heures du matin. Il pleut.  » Tant mieux, les curieux ne seront pas là. Les enchères iront plus vite « , explique Ahmed, trabendiste  » contrebandier, homme d’affaires sur le marché parallèle « . Il a convoyé sept véhicules l’année dernière vers l’Algérie.  » Aux enchères, il n’y a souvent que les anciennes voitures de location et d’entreprises. Elles ont toutes plus de cent mille kilomètres au compteur mais avec un tournevis, elles reviennent à leur enfance « , s’amuse Ahmed.

10 h 30, adjugé-vendu. Salle comble. Les voitures défilent. Mise à prix à partir de 2 000 francs.  » Une demi-heure de perdue. Les véritables occasions commencent à partir de 30 000 francs. Il faut éviter de parler à son voisin avec des gestes « , s’emporte Ahmed contre Mouloud, son associé volubile.  » Un doigt, c’est une surenchère de mille francs. Tu veux me ruiner ?  » Les deux associés repèrent des véhicules de moins de trois ans avec  » TVA « . L’Etat algérien interdit l’importation de véhicules de plus de trois ans. L’Etat français rembourse la TVA pour les voitures récentes destinées à l’exportation. Ahmed repart avec deux voitures de marque Peugeot.  » Les Algériens ne font confiance qu’à  » Pijo  » (Peugeot). Les voitures françaises, c’est du solide !  »

Une brique par bagnole

Licences et profits. Le système est bien rodé. L’importateur doit débourser, en plus du prix de la voiture, celui de la  » licence de Moudjahid  » et du transport maritime. Une voiture de 50 000 FF revient à 64 000 FF au port d’Alger. La licence de Moudjahid est une faveur que l’Etat accorde aux anciens combattants de la guerre de libération qui la revendent à environ 10 000 francs.  » Cela m’a toujours intrigué de voir des Algériens acheter des voitures qui représentent 15 années de leurs salaires ! D’où vient tout cet argent ? Mes bénéfices sur une voiture varient entre 8 000 et 10 000 FF « , s’extasie Ahmed.

Pertes et fracas. Ahmed peste contre les concessionnaires français et asiatiques. Il est en colère contre l’Etat algérien.  » Ils veulent me ruiner. Il faut que je trouve très vite une autre activité aussi lucrative « . Le marché de véhicules d’occasion en Algérie est saturé. Les concessionnaires de voitures coréennes, en bons commerciaux, ont trouvé une formule-choc, sûrement concoctée par des sociologues, qui séduit beaucoup d’Algériens : le crédit. Sans réinventer l’eau chaude, les Coréens ont installé le système de crédit qui n’existait pas, ou très peu, auparavant dans le pays. D’où un grand engouement pour les voitures coréennes.

Ahmed ne se fait pas beaucoup d’illusions. Son système a vécu. D’autres niches sont toujours possibles. Comme  » l’importation de dessous féminins ou de l’or syrien « . Il trouvera, il l’a promis. Il n’a plus le choix.