Sassou Nguesso seul en lice

La plus forte figure de l’opposition congolaise, André Milongo, s’est retiré vendredi de la course présidentielle. Il accuse le pouvoir de ne pas jouer le jeu d’élections transparentes. Il laisse ainsi le champ totalement libre au président sortant Denis Sassou Nguesso pour un scrutin qu’il estime déjà joué d’avance. Interview.

De notre envoyé spécial à Brazzaville

Le plus sérieux concurrent de Denis Sassou Nguesso dans la course à la présidence congolaise s’est retiré vendredi soir des élections. André Milongo, ancien administrateur de la Banque mondiale, ancien Premier ministre de la Transition et ancien président de l’Assemblée nationale, n’a pas été voté dimanche et a demandé a ses partisans d’en faire autant. Le tout nouvel ex-candidat, espoir des sudistes, accuse le pouvoir de tronquer le processus électoral et considère le scrutin comme un leurre. Pour lui les jeux sont déjà faits en coulisse. Denis Sassou Nguesso sera élu au premier tour. Il appelle toutefois ses sympathisants au calme.

Afrik : Pourquoi vous êtes-vous retiré de la course à la présidence ?

André Milongo : Je tenais à aller jusqu’au bout mais j’avais posé des conditions qui n’ont pas été respectées. Nous avions demandé, entre autre, un véritable recensement du corps électoral national, des bulletins de vote uniques (qui le sont effectivement, ndlr), la présence de l’opposition dans les sous-commissions techniques pour la préparation du scrutin et la centralisation des résultats. Nous avions également demandé la présence de l’opposition dans les bureaux de vote.

Afrik : Comment ont été accueillies vos conditions ?

André Milongo : Nous avons appris le nombre et les localisations des bureaux de vote seulement vendredi. En 48 heures, il nous est impossible d’envoyer des observateurs. Il y a des régions où il n’y a pas de routes, des régions très difficiles d’accès, des régions où il n’y a qu’un vol par semaine. Tout ça a été fait à dessein.

Afrik : C’est là l’unique raison de votre désistement ?

André Milongo : La goutte d’eau qui a fait déborder le vase est que notre représentant de Pointe Noire a constaté que lors de la réception des bulletins de vote, il y avait seulement deux paquets pour moi, alors qu’il y en avait six pour Sassou Nguesso. Cela conforte le scénario déjà en place qui attribuait 52% des votes pour Sassou Nguesso et 30 à 40% pour moi. Les jeux étaient déjà faits. Ils annoncent les résultats sous trois jours, ce qui est impossible au Congo.

Afrik : Vous accusez Denis Sassou Nguesso de tricher. Mais il y a de nombreux observateurs internationaux dans le pays. Vous ne leur faites pas confiance pour déceler les fraudes ?

André Milongo : Que risque Sassou Nguesso avec les observateurs ? Rien. Je parie que si les élections étaient libres, c’est moi qui serait élu président. Sassou Nguesso a été au pouvoir pendant 18 ans mais n’a jamais été élu. Pendant la période marxiste, le président du congrès était automatiquement le chef de l’Etat. Il a perdu les élections contre Lissouba en 1992 et il est arrivé au pouvoir suite à la guerre. Il va être élu pour la première fois aujourd’hui.

Afrik : Pourtant il est allé battre campagne normalement dans le Sud… ?

André Milongo : Il a fait campagne en distribuant de l’argent. Les chefs communautaires recevaient chacun 200 000 FCFA. Et ses arguments de campagne sont traumatisants. Brandissant le spectre de la guerre, il disait que si vous ne votez pas Sassou,  » vous allez retourner dans la forêt « .

Afrik : Vous étiez le plus sérieux concurrent de Sassou Nguesso. En vous retirant, ne faites-vous pas les affaires du président sortant ?

André Milongo : Certains disaient que le fait que je me présente légitimait les élections. J’étais une caution, un gage de réelle volonté d’un vote démocratique de la part du pouvoir. Que je me retire ou non, dans un cas comme dans l’autre, le scénario est déjà écrit d’avance.

Afrik : Ne craignez-vous pas que votre retrait ne fasse descendre vos partisans dans la rue et que l’on s’achemine vers une nouvelle flambée de violence ?

André Milongo : J’ai dit à mes partisans de s’abstenir d’aller voter. Mais dans une interview que j’ai accordée à la télévision nationale, j’ai également invité la population au calme. Les élections ne doivent pas servir à reprendre la guerre. Si j’avais été jusqu’au bout et que Sassou l’avait emporté, il y aurait eu un risque plus grand d’avoir une explosion ici.

Afrik : Votre retrait aux présidentielles marque-t-il la fin de votre carrière politique ?

André Milongo : Je compte aller au législatives, où le contrôle du scrutin est plus aisé (le vote se fait par circonscription, ndlr), et aux municipales, qui fonctionnent par liste électorale.

Afrik : Si Sassou Nguesso est élu et qu’il vous propose de participer à un gouvernement d’union nationale, accepteriez-vous ?

André Milongo : Ça dépend pour quoi faire. Si ça doit servir à quelque chose oui. Si c’est pour faire ce qu’on a fait par le passé non. Les ministres n’ont pas les moyens de mener leur politique. Une partie de l’argent de l’Etat échappe au ministère des finances et est gérée par la famille.

Afrik : Dans votre programme, vous prônez le retour des tous les exilés pour établir un Pacte national pour la paix. Ne pensez-vous pas qu’il serait dangereux de faire revenir M Lissouba et M Kolélas dans le pays ?

André Milongo : La Côte d’Ivoire l’a fait, pourquoi pas nous ? Qu’on ne vienne pas me dire que ceux là ont tué. Ils ont tous les mains sales. Très peu de gens peuvent dire ici qu’ils n’ont pas tué. Moi je peux le dire. Je n’ai jamais acheté d’armes et je n’ai jamais eu de milices.