Sarkozy tire à boulets rouges sur l’immigration

Pour séduire l’électorat extrémiste, Nicolas Sarkozy multiplie les propositions sur le thème de l’immigration. Dernière idée en date avancée par le candidat de la droite, dans son livre programme Ensemble (XO éditions), qui vient de paraître en librairie : faire subir aux candidats à l’immigration une série de tests. Ils porteront sur leurs connaissances de la langue et de l’histoire françaises.

Bientôt, si Nicolas Sarkozy est élu président, les demandeurs de visas algériens [et des autres pays] pour la France devront, en plus de l’interminable série de documents administratifs à fournir au consulat, passer par la case « test de connaissance du français » à l’ambassade ou au centre culturel français de leur région de résidence. Nicolas Sarkozy n’a pas encore précisé si ce test va concerner tout le monde, y compris des agrégés et des professeurs de lettres françaises. Mais, on peut faire confiance à la légendaire bureaucratie qui règne dans les consulats français pour le rendre obligatoire pour tout le monde.

Pour Nicolas Sarkozy, un étranger ne peut « pas s’installer durablement en France sans se donner la peine d’écrire et de parler le français ».. (Car), « au coeur de l’identité française, il y a bien sûr la langue française. Le français est un ciment, le français est une culture, une manière de penser, une forme de résistance à l’uniformisation du monde ». Cette nouvelle mesure, qui s’inscrit dans la logique de « l’immigration choisie » prônée par l’ancien ministre français de l’Intérieur, s’inspire des méthodes déjà en vigueur dans la quasi-totalité des pays européens, à l’exception de la Belgique, de la Suède et de la République tchèque. Dans ces pays, les candidats à l’immigration doivent, en effet, répondre à une série de questions qui portent souvent la connaissance de l’histoire, des coutumes locales, du système politique, des droits des citoyens dans le pays d’accueil. Certains pays, comme l’Allemagne, intègrent même des questions portant sur la religion ou, pire, sur la perception de certains événements récents comme les attentats anti-américains du 11 septembre 2001 – Les auteurs des attentats du 11 Septembre sont-ils des terroristes ou des combattants de la liberté ? » !

Ces nouvelles propositions confirment un net durcissement du discours de Nicolas Sarkozy sur la question de l’immigration. Lors de la présentation de son livre programme, le candidat de l’UMP a évoqué une « France exaspérée » par « la contestation de l’identité nationale, par une immigration non maîtrisée, par la fraude, par les gaspillages », créant un certain malaise parmi ses soutiens. Lundi, le Premier ministre Dominique De Villepin s’était nettement démarqué de la proposition du candidat de l’UMP sur le ministère de l’Immigration. Pour sa part, l’ex-ministre centriste Simone Veil, qui a rejoint récemment le candidat Sarkozy, a vivement critiqué ce projet de ministère. « Pour moi, c’est plus qu’une imprudence. C’est plus grave. Je n’ai pas compris », a-t-elle expliqué.

Mais, en dépit des critiques formulées par ses proches et ses opposants, Nicolas Sarkozy ne devrait pas infléchir son discours sur l’immigration. Conscient que le report des voix centristes ne se fera pas en sa faveur au second tour, son objectif est désormais de convaincre les électeurs d’extrême droite.

Par Rabah Yanis, correspondant du Quotidien d’Oran à Paris