Sarah Tadlaoui, la Franco-Marocaine qui met les codes de la tech à l’épreuve du roman


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Sarah Tadlaoui Croire au Code
Sarah Tadlaoui Croire au Code

Ancienne de l’unité d’intelligence artificielle de Google, la Franco-Marocaine Sarah Tadlaoui publie Croire au code, un premier roman sur une ingénieure brillante que la méritocratie de la tech finit par broyer. Retenu par les jurys des prix Médicis et Wepler, le livre a trouvé au Maroc un premier relais dans les colonnes de TelQuel.

Le monde de la tech, Sarah Tadlaoui n’a pas eu à l’inventer. Franco-Marocaine, elle a grandi entre Bergerac, Toulouse et la Californie. Diplômée de l’université Columbia, à New York, elle a d’abord travaillé pour une mission humanitaire des Nations unies en Colombie, puis a rejoint Google comme product manager au sein de l’unité consacrée à l’intelligence artificielle, où elle a vu naître l’IA générative. Elle a aujourd’hui 39 ans et vit à Paris.

Croire au code, paru le 27 août aux éditions Héloïse d’Ormesson, puise dans ces années sans virer au pamphlet contre la Silicon Valley. Le roman s’attache à une croyance plus ancienne que les algorithmes, celle de l’idée que le travail et la maîtrise des règles suffisent à s’élever.

Une transfuge de classe dans la start-up

L’héroïne, qui ne porte aucun nom, est une fille d’immigrés devenue docteure en intelligence artificielle. Au début du récit, une start-up vient de l’embaucher pour concevoir un programme de maintenance prédictive. Elle a quitté sa famille modeste pour un appartement lumineux, à deux pas du siège. Ses parents ne saisissent rien de son univers, pas plus que son compagnon, un homme si impeccable qu’il cite des poètes à tout propos. Dans TelQuel, la romancière décrit ce personnage comme un vecteur, une fonction mathématique tendue vers un seul objectif.

Rien ne se passe pourtant comme l’équation le promettait. Dans les réunions, ce sont les hommes qui se congratulent, et l’effacement des femmes ne se dit jamais frontalement mais il se lit dans les regards des recruteurs et dans les silences. La narratrice découvre que ses diplômes et ses efforts ne pèsent pas le poids qu’on lui avait fait miroiter. Le code informatique devient alors, chez Sarah Tadlaoui, l’image d’autres codes, sociaux et professionnels, que l’on apprend pour se faire admettre et que l’on finit parfois par s’imposer à soi-même, jusqu’à s’y perdre.

Une langue contaminée par la tech

La réussite de ce premier roman tient d’abord à son écriture. Paragraphes très courts, anglicismes, jargon de slides et syntaxe informatique alternent avec des plages poétiques et des passages consacrés à la vie intime de la narratrice. À mesure que le personnage se dérègle, la forme se fissure. Benzine Magazine rapproche la démarche de celle de Joseph Ponthus dans À la ligne lorsque le narrateur plongé dans une usine de conserve de poisson répète chaque jours les même gestes jusqu’à la souffrance physique: comme lui, estime le critique, la romancière a su « injecter du romanesque à partir de son expérience professionnelle ». Le même article relève l’humour du livre, qui tourne en dérision la langue creuse de l’entreprise.

Au Maroc, un accueil encore discret

C’est TelQuel qui a ouvert la voie. Le 10 septembre, l’hebdomadaire casablancais a consacré au roman un long article dans ses pages livres, signé Soundouss Chraibi. La journaliste y lit le récit d’une chute, celle d’une héroïne d’abord présentée comme une machine optimisée jusqu’à la surchauffe. Elle souligne la puissance de la langue de Sarah Tadlaoui et l’irruption d’une poésie « aussi déconcertante qu’inattendue » au milieu des principes scientifiques et du vocabulaire informatique. Le magazine insiste aussi sur la légitimité de l’autrice, qui a connu de l’intérieur les promesses de l’IA.

En dehors de ce papier, le livre n’a guère trouvé d’écho dans la presse marocaine, où l’actualité de septembre est largement occupée par les élections du 23 septembre. La romancière ne fait d’ailleurs pas de sa double appartenance le sujet de son roman. Mais l’itinéraire de son héroïne, fille d’immigrés sommée d’apprendre successivement les règles de sa famille, de l’école puis de l’entreprise, parle directement à une diaspora qui connaît bien le prix de ces changements de codes.

Retenu dans la première sélection du prix Médicis, dont la deuxième liste sera dévoilée le 15 octobre avant la proclamation du 2 novembre, Croire au code figure aussi parmi les douze titres en lice pour le prix Wepler-Fondation La Poste, attendu le 9 novembre, ainsi que dans la sélection du prix Méduse.

Ali Attar
Ali Attar est un spécialiste reconnu de l'actualité du Maghreb. Ses analyses politiques, sa connaissance des réseaux, en font une référence de l'actualité de la région.
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