SaphirNews.com, le quotidien musulman alternatif

SaphirNews est le premier portail d’informations générales entièrement dédié à l’islam et aux musulmans de France et d’Europe. Ce quotidien musulman, qui se veut alternatif, propose l’essentiel de l’actualité musulmane francophone, en apportant un autre regard sur une communauté souvent incomprise. Entretien avec son directeur de publication, Mohammed Colin.

Créé en novembre 2002, SaphirNews est très vite devenu la référence en matière d’information sur l’islam et les préoccupations des musulmans de France et d’Europe. Il est l’œuvre de trois amis, Mohammed Colin, Amara Bamba et Mourad Latrach, Français de confession musulmane. SaphirNews propose, dans un souci de « casser » le discours stéréotypé et amalgamé des médias occidentaux sur la religion musulmane, d’aborder l’essentiel de l’actualité musulmane à travers des dossiers d’analyse, des enquêtes et des points de vue.

Afrik : Pouvez-nous présenter SaphirNews ?

Mohammed Colin :
SaphirNews est un site d’information pour les musulmans de France et d’Europe. Nous proposons une information thématique centrée sur les musulmans et leurs préoccupations. Le travail de nos journalistes consiste surtout à rendre compte des réalités, des enjeux et des préoccupations de la communauté musulmane. Le site a été mis en ligne en novembre 2002. C’est la continuité de notre ancien magazine Réflexion, Reflet de l’Islam en France, un bimestriel qui n’existe plus pour des raisons économiques.

Afrik : Pourquoi avoir créé ce site ?

Mohammed Colin :
En tant qu’ancien militant d’un mouvement associatif musulman, j’ai constaté qu’il n’existait aucun support d’information pour les musulmans de France, alors qu’ils n’ont jamais cessé de faire la « Une » des médias. Nous n’étions pas satisfait du discours très stéréotypé que ces derniers véhiculaient sur cette communauté. Il ne correspondait pas à leur réalité car il était trop lié à l’actualité géopolitique. Ce site est né d’une envie de créer un espace de débat, d’échanges pour ces Français de confession musulmane. Mais très vite, nous nous sommes rendu compte que cela dépassait largement ce public.

Afrik : Cela répondait-il à une demande?

Mohammed Colin :
Non, pas vraiment. Nous n’avons pas fait d’études dans ce sens du moins. Lorsqu’on regarde le taux de fréquentation du site, 200 000 visites par mois, on peut se dire que, d’une certaine manière, des personnes étaient en attente d’une telle initiative.

Afrik : Pourquoi avoir choisi le nom de Saphir ?

Mohammed Colin :
Il renvoie à une double signification, en arabe et en français. En arabe, le mot signifie « ambassadeur » et renvoie à l’idée de la médiation, qui correspond au concept de notre site. Le saphir, c’est aussi la pierre précieuse en français, quelque chose d’esthétiquement joli. Nous voulions montrer que la forme est aussi importante que le fond.

Afrik : Le site est-il exclusivement réservé au public musulman ?

Mohammed Colin :
Il s’adresse prioritairement aux musulmans au sens large du terme, mais aussi aux non musulmans qui s’intéressent à l’islam et à la culture musulmane.

Afrik : Quel est le mode de fonctionnement du site ?

Mohammed Colin :
Nous avons un directeur de publication, une secrétaire de rédaction et trois journalistes permanents. Nous avons également des journalistes bénévoles qui écrivent pour nous, notamment de Belgique et d’Espagne.

Afrik : Vous rendez compte des réalités et préoccupations de la communauté musulmane. Quelles sont-elles ?

Mohammed Colin :
Les musulmans de France veulent avant tout être reconnus comme des citoyens à part entière, sans retirer quoi que ce soit de leur identité. En ce sens, ils réprouvent la promotion de personnes de confession musulmane comme cela a été le cas avec la nomination tant médiatisée d’Aïssa Dermouche comme préfet dans le Jura. Ils sont contre le principe d’un ministre noir qui s’occupe des noirs par exemple. Ils n’ont pas besoin d’un ministre « potiche » de type Azouz Begag. Ils demandent avant tout la reconnaissance de leur culte et un traitement égalitaire face à la loi.

Afrik : Peut-on alors affirmer que la communauté musulmane est plutôt contre la nomination d’Azouz Begag au ministère de l’Egalité des chances ?

Mohammed Colin :
Nous félicitons les politiques de droite pour cette promotion car ils sont les premiers à avoir franchi le pas. Il faut cependant relativiser car il s’agit tout de même d’un petit ministère sans budget. On mesure un ministère par rapport à son budget. Celui-ci a besoin de prendre de véritables mesures de fonds. Par exemple, il aurait dû s’investir plus dans l’affaire du CPE (Contrat première embauche). Il aurait même dû démissionner au moment où cette loi a été votée au Parlement, étant donné qu’elle allait augmenter la précarité chez les jeunes Français issus de la diversité, plus que chez les autres.

Afrik : Pour revenir aux préoccupations des Français musulmans, qu’ont-elles de particulier selon vous ?

Mohammed Colin :
La communauté musulmane a des préoccupations particulières car elle subit un traitement particulier. Prenons par exemple la fameuse loi du 15 mars 2004 sur les signes religieux à l’école. Dans la communauté, beaucoup pensent qu’il s’agit en réalité d’une loi sur le voile. Ils pensent avoir ainsi subi un traitement non équitable et considèrent cette loi comme une entrave aux libertés individuelles. Le traitement de cette affaire par les médias a également choqué beaucoup de personnes estimant que celui-ci poussait à l’islamophobie car il était trop caricatural. Par ailleurs, lors des débats, notamment télévisuels, les journalistes invitaient toujours des spécialistes (sociologues, anthropologues…) de l’extérieur, des pays arabes par exemple, pour parler des jeunes femmes françaises de confession musulmane qu’ils ne connaissaient même pas. Le problème est ailleurs : tant que les musulmans étaient invisibles et qu’il y avait le mythe du retour des migrants musulmans, les filles voilées ne posaient pas de problème.

Afrik : Comment se porte cette communauté aujourd’hui ?

Mohammed Colin :
Elle est extrêmement dynamique, il y a de plus en plus de projets qui sont mis sur pied un peu partout en France. Les deuxième et troisième générations des enfants d’immigrés sont très actives malgré le sentiment de crispation très visible dans notre société. Ces jeunes sont sortis de la posture de victime.

Afrik : Est-elle mieux organisée qu’il y a quelques années ?

Mohammed Colin :
Elle est obligée de s’organiser. Il y a beaucoup de solidarité, d’entraide entre les différentes communautés. Contrairement à ce qui est souvent dit ces derniers temps, les différents mouvements qui se mettent en place, ne sont pas communautaristes. Comme le dit Laurent Levy avocat au Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples), « le seul communautarisme qui existe en France, est le communautarisme républicain ». Le débat actuel sur le communautarisme est un faux débat. Par exemple, notre site peut paraître au premier abord communautariste, ce qui n’est évidemment pas le cas. SaphirNews est un référent ouvert sur tous les horizons, nous traitons l’actualité musulmane avec notre subjectivité française. Nous sommes dans une dynamique positive. Nous revendiquons notre double culture française et musulmane.

Afrik : La communauté musulmane se sent-elle plus menacée qu’avant du fait de l’actualité ?

Mohammed Colin :
Non. Concernant l’actualité, elle la reçoit et la vit comme les autres. Le conflit israélo-palestinien, par exemple, est vécu comme une injustice au sein de la communauté, au même titre que les autres citoyens. En revanche, les musulmans de France réprouvent la connexion entre le problème israélo-palestinien et les problèmes de banlieue en France. Beaucoup sont par exemple choqués du fait que Nicolas Sarkozy prenne conseil auprès de l’armée israélienne pour gérer ces problèmes.

Afrik : Que pensez-vous de l’amalgame qui est souvent fait entre musulmans et Français d’origine maghrébine ?

Mohammed Colin :
La confusion entre les deux ne me dérange pas, à partir du moment où on ne les enferme pas dans une identité précise car chacun à plusieurs identités. Par exemple, les musulmans français de la deuxième, voire troisième génération, n’ont plus peur de s’assumer en tant que musulmans.

Afrik : En tant que musulman français, vous reconnaissez-vous dans les idées défendues par le Conseil français du culte musulman ?

Mohammed Colin :
Pas du tout, car ce conseil sert plus l’Etat que les musulmans de France. Il se sent légitime car il entretient une relation de complaisance avec le pouvoir. De plus, il est largement influencé par les chancelleries algériennes, tunisiennes et turques. Les jeunes musulmans français dans leur ensemble ne se reconnaissent aucunement dans ce Conseil qui est d’ailleurs un véritable échec.

Afrik : Quelle est votre position sur les scissions entre les différents mouvements musulmans, modérés, fondamentalistes… ?

Mohammed Colin :
Ces catégories ne sont pas pertinentes. A SaphirNews, nous donnons la parole à toutes les sensibilités, à travers différents débats, pour qu’elles puissent exprimer leurs opinions.

Afrik : Que pensez-vous du fait que des intellectuels musulmans, comme Tariq Ramadan, soient boycottés par les médias français ?

Mohammed Colin :
Nous avons énormément donné la parole à Tariq Ramadan car il a fait avancer le débat sur l’islam en France et a permis à beaucoup d’autres intellectuels français de confession musulmane de se faire entendre. Leur discours fait peur car il montre que beaucoup d’intellectuels musulmans deviennent indépendants dans leur façon de parler. Ils s’émancipent, y compris de Tariq Ramadan.

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