Samad le Maudit

« Condamné d’avance ». Cela pourrait être le résumé en trois mots de « En attendant Leila », la nouvelle d’Achmat Dangor publiée par les éditions Dapper. L’écrivain et poète sud-africain d’origine asiatique retrace dans cette nouvelle le parcours torturé de Samad, métis du Cap, en plein régime Apartheid.

En attendant Leila est le récit du destin tourmenté de Samad, métis à la « peau noire comme la nuit » dans l’Afrique du Sud ségrégationniste. Il est amoureux de Leila, métisse également mais issue de la petite bourgeoisie alors que lui n’est qu’un Skollie (voyou, gangster en particulier chez les métis du Cap). Au grand désarroi du jeune homme, elle en épousera un autre. A travers Leila, Samad avait caressé l’espoir d’échapper à son destin de  » Noir « . A son destin tout court.

Fatalité, quand tu nous tiens !

Espoir vain, à l’instar de ses tentatives d’empêcher l’union de sa bien aimée avec Gamat l’Arabe. Samad sera prisonnier de la fatalité.  » Je suis né dans le sang et le carnage.  »  » Il va souffrir. Les enfants nés coiffés perçoivent trop, ressentent trop. Ils finissent mal « , lui prédisait déjà la sage-femme à sa naissance. Même l’amour ne peut rien pour Samad, descendant de Benjamin le Malais. Le quotidien de Samad de Chapel Street est avant tout celui d’un métis, pauvre de surcroît, marginalisé, tout comme sa communauté. Pour ou dans son malheur – question de point de vue ! – son histoire se confond à celle d’autres personnages qui croiseront son chemin. Dénominateur commun : des destins aussi contrariés que le sien.

L’histoire de Samad, c’est aussi celle de prostitués métis. Calypso, amoureuse de lui et Honey, le travesti, amant de Giordes. Alexis Ulysses Giordes, Blanc grec, amateur des oeuvres du poète Constatin Cavafy, nostalgique de sa Grèce natale et médecin de son état. Tout comme Félix du Bukemp, Blanc Boer renié par son père à cause de son homosexualité. Tous ont un passé difficile dont ils sont prisonniers et qui finira inexorablement par les engloutir. Dans cette mosaïque de destins, Samad fait figure de catalyseur. C’est l’exhausteur de drames dans cette somptueuse maison de False Bay, où il vit  » avec les Blancs  » comme le souligne si bien Calypso. Etape intermédiaire entre son ghetto du District Six et la prison.

Un texte dur pour une critique subtile

L’absurdité du régime de l’apartheid est la trame de fond du récit. Un régime qui écarte les métis, non-sens pour une société qui n’admet que deux références : le Noir et le Blanc. Régime sous lequel Achmat Dangor fut interdit de publication. La nostalgie de Giordes pour Alexandrie devient prétexte pour décrier un système.  » Cité hybride qui avait combiné en elle différentes religions, langues et cultures pour en faire quelque chose d’unique. Comme cela était différent de cette Afrique austère, maussade. Comme les choses et les gens sont clairement définis. En particulier dans leur conflit. Et leur amour. Même Honey est conscient […] qu’il est noir et que je suis blanc « , écrit l’auteur.

En attendant Leila a été traduite de l’Anglais sud-africain,  » l’anglais du cap, l’anglais des  » gens de couleur (terme pour désigner les métis du Cap) […]Une langue directe, violente, lyrique injurieuse « , note la traductrice Valérie Morlot-Duhoux dans la préface du livre. Pour nous imprégner de l’atmosphère d’  » un texte métissé « , elle a maintenu quelques expressions du texte original souvent en Afrikaans. Un choix qui donne une force et une violence à une écriture parfois difficile à suivre, reflet du tourment des acteurs de cette comédie humaine. Achmat Dangor est né en 1948 en Afrique du Sud à Johannesburg. Le novelliste, d’origine asiatique, est également l’auteur The Z Town Trilogy (1990) et des recueils de poèmes Bulldozer(1983) et Private Voices Waiting(1992).

Commander le livre : En attendant Leila de Achmat Dangor, éditions Dapper