Salon du livre de Paris : des pays arabes appellent au boycott

Plusieurs pays arabes ont appelé à boycotter le Salon du livre de Paris, que le président israélien doit inaugurer jeudi. L’Algérie, le Maroc et la Tunisie, notamment, protestent ainsi contre la mise à l’honneur littéraire de l’Etat hébreu malgré sa politique envers les Palestiniens. Alors que certains auteurs suivront le boycott, d’autres entendent se présenter au Salon. Parfois pour faire acte de résistance.

Le Salon du livre de Paris s’ouvre ce jeudi sous haute tension. Plusieurs pays arabes ont appelé au boycott de cette manifestation culturelle pour notamment dénoncer le fait que la littérature israélienne soit à l’honneur – à l’occasion des soixante ans de l’Etat hébreu – malgré sa politique envers les Palestiniens. Leur mouvement est soutenu par l’Union des écrivains palestiniens, l’Association France Palestine solidarité et quelques auteurs israéliens, comme Aaron Shabbtaï.

Ce à quoi le président israélien Shimon Peres, qui inaugure jeudi le Salon, a répondu lundi : « Je pense qu’il y a eu une erreur en Orient. Alors que l’Occident était en train de faire des recherches sur l’Orient et a beaucoup appris, l’Orient n’a pas fait de recherches et n’a pas étudié l’Occident et a beaucoup perdu. Celui qui décide de boycotter se punit lui-même ». Une déclaration qui a suivi son entretien avec son homologue français Nicolas Sarkozy, qui a de son côté appelé à la création d’un Etat palestinien avant fin 2008.

Stands vides

Parmi les pays dénonçant l’ouverture du Salon par le président israélien, on compte le Liban, l’Arabie Saoudite, le Yémen, l’Iran, l’Algérie, le Maroc et la Tunisie. Le Syndicat algérien des éditeurs et le directeur du centre culturel algérien à Paris, Yasmina Khadra, suivront le mot d’ordre de boycott. Tout comme, au Royaume chérifien, l’Organisation islamique de l’éducation, des sciences et de la culture. Basée à Rabat, la structure à enjoint ses cinquante pays membres à ne pas se rendre en France pour éviter des « effets négatifs » sur les relations « entre la France et les pays musulmans ». Quant à l’Union des écrivains égyptiens, elle juge « inacceptable » l’ouverture du Salon par Israël étant donné la dernière opération sanglante de l’Etat hébreu à Gaza.

Au final, « quatre stands collectifs, ceux de la Tunisie, de l’Algérie, du Maroc et du Liban » ne seraient pas assurés, a expliqué au Monde la déléguée générale du Syndicat national de l’édition, le 5 mars. Christine de Mazières a cependant précisé au quotidien français que les écrivains pouvaient tout de même venir « à titre individuel ». Une option choisie par les Marocains Fouad Laroui et Youssef Jebri et les Algériens Boualem Sansal ou Maïssa Bey, d’après Le Monde.

Ecrivains israéliens critiques

« Si tous les auteurs israéliens représentaient la ligne du gouvernement, sans doute ce boycottage aurait été justifié, a expliqué au journal Maïssa Bey. Or ce n’est pas le cas. Nombre d’entre eux ne sont pas d’accord avec la politique menée par Israël. » D’aucuns appellent même à la paix et à la création d’un Etat palestinien. A l’image de David Grossman ou d’Amos Oz.

Amos Oz qui n’en dénonce pas moins le boycott. « Ceux qui appellent au boycottage ne s’opposent pas à la politique d’Israël mais en fait à son existence. S’ils disent qu’Israël ne doit pas être au Salon du livre, c’est parce qu’ils pensent tout simplement qu’il ne doit pas être », a-t-il confié à l’AFP. Un avis que partage son compatriote et confrère Meïr Shalev, qui préfère réserver les critiques envers son pays aux médias. Histoire d’éviter un mélange des genres entre politique et culture.

Un mélange qu’assume l’Egyptien Alaa el-Aswani. « Inviter un pays coupable de crimes contre l’humanité est un crime très grave » a indiqué au quotidien français Le Figaro l’auteur du best-seller L’immeuble Yacoubian. Il a malgré tout décidé de présenter au salon son nouveau livre, Chicago, en faisant au passage acte de résistance : il compte montrer « des photos d’enfants palestiniens ou libanais victimes de la politique israélienne ».