Sally Nyolo : « l’essence de la culture africaine est encore à valoriser »

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La chanteuse camerounaise Sally Nyolo présentera son nouvel album, ‘Tiger Run », le 15 octobre prochain sur la scène parisienne du New Morning.

Empreint de magie et de douceur, Tiger Run, en vente depuis le 29 septembre dernier, est décrit comme l’album « musicalement le plus riche, poétiquement le plus épanoui et spirituellement le plus profond » de la discographie [[albums antérieurs

 Tribu (Lusafrica/BMG, 1996)

 Multiculti (Lusafrica/BMG, 1998)

 Béti (Lusafrica/Naïve, 2000)

 Zaïone (Lusafrica/BMG, 2002)

 Mémoire du Monde (Pias/Cantos, 2007)

 La nuit à Fébé (Sony/RCA, 2011)]] de Sally Nyolo. Le retour de la poétesse camerounaise ne laisse en effet guère insensible. Avec Tiger Run, Sally puise son inspiration directement depuis sa terre d’origine, l’Afrique, et offre une formidable émotion. Une inspiration agrémentée par ailleurs d’accents soul et funk.

Dix interprétations originales

Le chemin parcouru par la petite villageoise du clan Béti, débarquée à l’âge de 13 ans à Paris, fut long avant qu’elle n’atteigne l’apothéose. De ses débuts en tant que choriste à son passage au sein du groupe acapella « Zap Mama », Sally Nyolo confirme, dans ce septième opus, sa place « d’artiste-chercheuse à part entière ». C’est une Sally engagée et libre comme l’oiseau que l’on découvre au fil des dix chansons de Tiger Run.

Sally exprime son retour aux sources à travers Meso Wa Yen. Plus qu’une chanson, Meso Wa Yen est un message spirituel devant le « mystérieux principe duquel dépend toute vie ». La cinquième chanson très engagée de l’album, Welcome, chantée en duo avec Guizmo de Tryo, tire à boulets rouges sur un monde de consommation où les pensées sont « formatées ». Cette politique mondiale qui préfère l’« uniformité » à la diversité. En somme, Welcome rappelle aux citoyens du monde, qui se croient « libérés », qu’ils sont en réalité « enfermés ». Dans la chanson Elle regarde passer, Sylla dresse le portrait d’une femme exilée à qui la vie n’a pas encore souri. Une femme « seule » et « passive » qui, dépassée, regarde « sa vie qui s’est envolée ». Une femme qui n’hésiterait pourtant pas à refaire sa vie à l’envers, « envers et contre tout sur terre ». Ecrit par Boris Bergman, Le faiseur de pluie est l’image d’un personnage aussi énigmatique que poétique. Tiger Run part aussi à l’assaut du Kilimanjaro avant de remettre aux nouvelles générations, à travers Tiga, le flambeau du rêve panafricain.

Sally Nyolo fait son « New Morning »

Après une agréable balade d’une durée de 38 minutes et 12 secondes, comment ne pas s’éprendre pour Sally Nyolo d’une affection subite. L’aventure continue pour la chanteuse camerounaise puisqu’elle présentera son album mercredi 15 octobre prochain, entre autres, sur la scène parisienne du New Morning, à Paris.

Sally Nyolo a reçu notamment le Prix découverte RFI (1997), le Prix du meilleur artiste francophone (1998), le Prix du Jury Canal2’Or (2012) ou encore le 1er prix World pour la chanson Ombomo (2012).

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Trois questions à Sally Nyolo

Afrik.com : Votre 7e album « Tiger Run » offre une balade musicale originale et variée. Visiblement, l’inspiration de Sally Nyolo semble toujours aussi vive…

Sally Nyolo :
L’inspiration est toujours aussi vive, car je vis, je respire, j’écoute, je regarde et je suis très attentive et réactive au monde qui m’entoure. Il suffit d’ouvrir les yeux pour trouver l’inspiration autour de nous. La vie de musicien et de compositeur, et la vie en général, en tant qu’Africain, en tant que femme, en tant qu’être tout simplement, n’est pas facile actuellement, et j’ai ce besoin de sublimer et de transcrire ces choses dans mon oeuvre.

On connaît votre attachement à l’Afrique. D’ailleurs, dans ce nouvel album vous évoquez la « consommation » et les liens économiques entre le continent et la Chine. « Les anciens partenaires » (sic) de l’Afrique ont-ils d’après vous perdu le duel avec le géant asiatique ?

Les « anciens partenaires » restent en très bonne position : ils sont installés et restent des partenaires. Mais on a vu arriver dernièrement le grand géant asiatique, qui s’aligne là-bas aussi et remporte les nouveaux marchés, ce qui bouscule un peu l’hégémonie des anciens partenaires.
En ce qui concerne la consommation, le rêve hollywoodien est bien présent en Afrique. Les gens n’ont pas connu le téléphone filaire, mais ont souvent plusieurs portables ! L’Afrique s’ouvre sur le monde, sans exclusivités et à la vitesse de la communication électronique, ce qui est une bonne chose car ça l’aidera à trouver son propre chemin.

Les critiques encensent « Tiger Run », décrit comme étant musicalement l’album le plus « riche » de votre discographie. Avez-vous atteint votre objectif ou bien la route ne fait-elle que commencer ?

La route ne fait que continuer… C’est un renouveau à chaque album. On se met en danger, on se remet entièrement en question, à chaque production. Et pour moi, c’est à chaque fois un grand bonheur d’aboutir et de voir le public du monde et les professionnels sensibles à ce travail.
La route ne fait que continuer, car l’essence de la culture africaine est encore à valoriser à travers l’Afrique et à travers le monde. Il faut que nous, musiciens, on s’approprie de mieux en mieux nos propres valeurs, qu’on s’appuie sur nos propres cultures, pour être les garants de sa transmission à travers l’espace et le temps, le paysage et les générations. La culture africaine doit enfoncer à chaque fois plus en profondeur ses véritable racines, pour pouvoir diffuser son essence, dont la valeur est universelle.