Sahara occidental : la fin du « nuage passager » entre Rabat et Washington

Le Maroc a obtenu des Etats-Unis qu’ils abandonnent la question des droits de l’Homme dans le prochain mandat de la Mission des Nations unies au Sahara occidental (Minurso) qui doit être voté jeudi. Analyse.

Les relations économiques et diplomatiques entre le Maroc et les Etats-Unis sont telles que Washington a fait un bond en arrière en ce qui concerne la question des droits de l’Homme dans le dossier du Sahara occidental. En effet, la diplomatie américaine a préféré abandonner l’idée d’introduire formellement la nécessité d’enquêter sur les droits de l’Homme dans le mandat de l’ONU au Sahara occidental. Un compromis semble donc avoir été trouvé deux jours avant le vote, comme chaque année, du renouvellement du mandat de la Mission des Nations Unies au Sahara occidental (Minurso). Un différend entre le Maroc et les Etats-Unis qui n’aura été qu’un simple « nuage passager », selon le ministre marocain des Affaires extérieures, Saad-Eddine El Othmani.

C’est surtout une victoire diplomatique pour le palais qui a abattu l’une de ses principales cartes, l’African Lion 2013. Ce « nuage passager » a failli coûter l’annulation des manœuvres militaires conjointe entre le Maroc et les Etats-Unis. Un exercice annuel pour lequel Washington, qui avait engagé 1400 soldats américains à Benguerir et à Agadir, ne pouvait se permettre de rater afin de sauvegarder d’une part ses relations avec le Maroc et d’autre part ses positions à un endroit stratégique du continent africain. Côté Maroc, 900 soldats ont été sollicités. Une attitude risquée pour le royaume. Mais Mohammed VI a capitalisé sur l’importance stratégique régionale acquise par le pays. Après avoir annoncé la suspension de l’opération, Rabat l’a finalement maintenu.

Coup dur pour Rabat

Rabat a eu chaud. Toutefois, ce retournement de situation ne met pas le Maroc à l’abri de nouvelles menaces de contrôle des droits de l’Homme de la part de ses principaux alliés. Car la MINURSO est, à ce jour, la seule mission de maintien de la paix dans le monde qui n’a pas de prérogatives en matière de droits de l’Homme. En effet, avec l’accord des Etats-Unis et de la France, le Maroc n’autorise pas la MINURSO à effectuer un contrôle à ce sujet, assurant que les droits de l’Homme étaient respectés. Et 38 ans après le début du conflit, de plus en plus de voix s’élèvent, même du côté du Maroc, pour y mettre fin.

Les femmes s’investissent

Elles étaient plus de 400 femmes venues de 45 pays du monde entier à prendre part dimanche dernier, à l’hôtel Sheraton d’Alger, à une conférence internationale placée sous le thème : « Situation et droit de la femme sahraouie à la résistance ». « Libérez le Sahara occidental ! Le Maroc dehors ! Dehors ! », scandaient les militantes dans la salle de conférence de l’hôtel selon l’envoyée spéciale d’Afrik.com.

A tour de rôle, les intervenantes ont enflammé la tribune, dressant un réquisitoire très sévère à l’encontre des autorités marocaines. Les violentes tortures que subissent quotidiennement les femmes sahraouies dans la lutte pour l’indépendance ont également été mises en exergue.

Historique d’un conflit qui dure

Les origines de la crise du Sahara occidental remontent à 1975. Le conflit oppose le Maroc, qui revendique la souveraineté du Sahara occidental, à l’Algérie, par le biais du Polisario qui en demande l’indépendance. Ce vaste territoire désertique de 270 000 km2 est riche en phosphates. De plus, le Sahara occidental longe une côte maritime riche en ressources halieutiques. Il n’était pas anodin que l’Espagne s’y installe en 1884, d’autant plus que le territoire se trouve à 150 kilomètres des îles Canaries aujourd’hui encore sous administration espagnole.

Le Maroc revendique le territoire du Sahara occidental depuis son indépendance en 1956. L’Espagne annonce en août 1974 son retrait du Sahara en organisant un référendum d’autodétermination pour 1975 en faveur du peuple sahraoui. Le royaume chérifien s’y oppose. Une mission des Nations unies constate, suite à une visite dans le Sahara en mai-juin 1975, un « consensus écrasant » des Sahraouies en faveur de l’indépendance. La Cour internationale de Justice reconnaît que le Sahara occidental, avant sa colonisation par les Espagnols, avait des liens juridiques d’allégeance avec le Maroc et l’ensemble mauritanien. Mais elle ne constate aucun lien de souveraineté territoriale.

Hassan II sur l’offensive

Hassan II ne voit pas cela d’un même oeil. Il lance, le 6 novembre 1975, une marche vers le Sahara occidental aux couleurs du prophète : « la marche verte ». Une marche pacifiste qui oblige les occupants espagnols à quitter le Sahara plutôt que de se battre contre des civils sans armes et risquer de déclencher une guerre pour un territoire dont l’Espagne ne veut plus. La monarchie occupe aussitôt, à son tour, le désert et établit la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental.

Le Front Polisario est contré, l’Algérie, elle, dissuadée d’intervenir. Le « coup de poker » d’Hassan II est une réussite. Mais combien de temps encore tiendra ce « coup de poker », aujourd’hui tant décrié ?