Sahara occidental : l’ONU prolonge sa mission de maintien de la paix

Le Conseil de sécurité des Nations Unies prolonge de six mois sa Mission pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (Minurso), dont le mandat s’achevait ce 31 octobre. Chargée depuis 1991 d’apaiser les tensions entre le Maroc et les Sahraouis, la Minurso devra poursuivre ses efforts pour tenter de mettre un terme à un conflit ensablé depuis plus de trente ans.

Par Joan Tilouine

C’est reparti pour six mois. La Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (Minurso) se voit reconduite jusqu’au 30 avril 2007, suite à l’adoption de la résolution 1720. Voté à l’unanimité par les quinze membres du Conseil de sécurité, le texte réaffirme la volonté des Nations Unies (ONU) « d’aider les parties à parvenir à une solution politique juste, durable, et mutuellement acceptable qui permette l’autodétermination du Sahara occidental ». Il réitère en outre l’appel aux acteurs de la région de coopérer avec les Nations Unies pour « mettre fin à l’impasse actuelle et aller de l’avant vers une solution politique ». Le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, a pour sa part rappellé que la présence de la Minurso est « cruciale pour le maintien du cessez-le-feu » et exhorte le Maroc et le Front Polisario (FP), soutenu par l’Algérie, à reprendre les pourparlers.

Du côté sahraoui, on se réjouit de voir le dossier maintenu dans l’agenda onusien, malgré la pression marocaine. « C’est un bouclier certes, mais ce n’est pas suffisant. Le fait de maintenir cette force est déterminante mais elle se doit de déboucher sur une solution politique finale », déclare Régine Villemont, Secrétaire générale des Amis de la RASD (République arabe sahraouie démocratique). Geste symboliquement fort pour les Sahraouis, « la Minurso a enfin ôté le drapeau marocain de son bâtiment à El Ayoun », précise-t-elle. Par ailleurs, le Maroc a exprimé sa disposition à présenter un projet d’autonomie qui permette aux habitants du Sahara de gérer leurs affaires dans le cadre de la souveraineté nationale et de l’intégrité territoriale du Royaume.

La plus ancienne mission Onusienne du continent africain

Colonie espagnole jusqu’en 1975, le territoire du Sahara occidental – grand comme la moitié de la France – a alors été accaparé par le Maroc et la Mauritanie, qui a abandonné ses revendications sur le Sud du territoire en mai 1978, suite à la chute du président mauritanien Ould Daddah, causée en partie par la résistance sahraouie. Toutefois, la poussée indépendantiste de la population sahraouie, et ses revendications pour un droit à l’autodétermination, conformément à la charte de l’ONU, vont ouvrir la brèche d’une âpre guérilla. En mai 1973, dix étudiants sahraouis créent le Front Polisario, branche politique d’inspiration socialiste, soutenu financièrement par l’Algérie et, à ses débuts, par la Libye.

L’objectif du FP est clair : l’indépendance du Sahara occidental à tout prix. Même au prix de la guerre contre les forces royales marocaines, qui a causé, depuis plus de seize ans, des milliers de morts. De nombreux Sahraouis ont fui en Algérie, de l’autre côté du mur marocain, bâti en 1981, qui isole 200 000 km2 du territoire. Ils sont plus de 160 000 à vivre dans les camps de réfugiés de Tindouf, tandis que 90 000 restent dans le territoire disputé par le Maroc et le FP. C’est sous l’égide de l’ONU qu’un accord de cessez-le-feu a été instauré en 1991, année de naissance de la Minurso, chargée de surveiller la trêve et d’organiser un référendum sur l’indépendance du territoire. Dotée d’un budget annuel de 44,6 millions de dollars, elle compte 221 hommes en uniforme, dont 188 observateurs militaires.

Son champ d’action demeure cependant limité, et ses détracteurs la soupçonnent d’être à la solde des marocains. La Minurso constitue-t-elle un prétexte au maintien du statu quo vieux de près de trente ans ? Toujours est-il qu’elle fait indéniablement office de médiateur entre les deux belligérants, qui campent sur ses positions : le FP œuvre à l’indépendance du Sahara occidental et à la reconnaissance totale de la RASD, alors que le Maroc reste ferme sur ce qu’il considère comme ses « provinces du Sud », auxquelles il ne concèderait qu’une large autonomie. Pendant ce temps, le dossier du Sahara occidental demeure bloqué au niveau des instances onusiennes, qui peinent à organiser un référendum d’autodétermination digne de ce nom.