Sahara occidental : crainte après l’élection du Maroc au Conseil des droits de l’Homme

Le royaume du Maroc a été élu, mardi, nouveau membre du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU pour un mandat de trois ans. Cette élection intervient quelques jours après la brouille entre le Maroc et son voisin algérien qui juge « plus que jamais d’actualité » l’installation d’une surveillance étroite des droits de l’Homme au Sahara occidental. Est-ce l’opportunité pour le Maroc d’empêcher cette surveillance accrue ?

Une nomination qui tombe à point nommé. Elu mardi membre du Conseil des droits de l’Homme (CDH) de l’ONU, le Maroc pourrait bien faire barrage à l’installation d’une surveillance étroite des droits de l’Homme au Sahara occidental comme le réclame l’Algérie. Le mandat prendra effet au 1er janvier 2014, pour une durée de trois ans. Le royaume a obtenu, au premier tour, 163 voix sur un total de 193. C’est la seconde fois que le pays obtient un siège au sein de ce Conseil basé à Genève. En effet, le Maroc y avait siégé en 2006 en tant que membre fondateur occupant la vice-présidence du CDH au nom des Etats africains.

L’arrivée du Maroc au Conseil des droits de l’Homme pourrait bien poser problème dans le cadre d’une éventuelle décision visant à élargir la surveillance des droits de l’Homme au Sahara occidental.

Le Maroc reprend le dessus

En réponse à l’appel algérien de renforcer la surveillance des droits de l’Homme au Sahara occidental, le Roi Mohammed VI a exprimé le 6 novembre, à l’occasion de la commémoration de la Marche verte, son refus de voir le Maroc « recevoir des leçons, surtout de la part de ceux qui bafouent systématiquement les droits de l’Homme », faisant ainsi référence à l’Algérie.

L’arrivée du Maroc au CDH pourrait bien faire capoter la stratégie algérienne et les revendications des Sahraouis. D’autant plus qu’en avril dernier, suite à un compromis entre les Etats-Unis et le Maroc, Washington avait abandonné l’idée d’inclure formellement la notion de droit de l’Homme dans le nouveau mandat de la Mission des Nations Unies au Sahara occidental (MINURSO).

HRW exige le respect des Sahraouis

A la veille de son élection, le Premier ministre marocain, Abdelilah Benkirane, a été interpellé par Human Rights Watch (HRW), et huit autres organisations régionales et internationales, au sujet des Sahraouis. L’ONG internationale des droits de l’Homme a exhorté le chef du gouvernement marocain à respecter les droits de l’Homme au Sahara occidental et l’exercice du droit à l’autodétermination.

Les autorités marocaines affirment que les droits de l’Homme au Sahara occidental sont respectés. Pourtant, dans une lettre adressée à Benkirane, le collectif d’ONG décrit une situation critique des droits de l’Homme aussi bien au Maroc qu’au Sahara occidental. Il affirme en outre que les autorités marocaines « instaurent des restrictions » à l’encontre des Sahraouis à chaque fois qu’ils expriment leur droit à l’autodétermination. Il complètement également en faisant allusion au fait que le Maroc « use de plusieurs moyens contre les Sahraouis avec notamment des lois qui interdisent toute revendication adressée au Maroc sur le Sahara occidental occupé ».

En conséquence, insistent ces huit ONG régionales et internationales, « le Maroc devrait abolir les lois qui criminalisent les revendications favorables à l’autodétermination du peuple sahraoui ». Plus encore, poursuivent-elles, « le Maroc devrait permettre à tous les Sahraouis d’exprimer leurs points de vue, de manifester pacifiquement et de créer des associations indépendamment de leur orientation politique ». Ces revendications, les Sahraouis les expriment depuis de nombreuses années.