S’élever contre la violence policière n’est pas un crime

Marie-Françoise Durupt a été relaxée de l’accusation d’« incitation à la rébellion », mardi, à Bobigny (France). Elle était jugée pour s’être opposée verbalement à l’expulsion de deux sans-papiers maliens, qu’elle jugeait « inhumaine ». La militante associative revient sur l’incident et explique ce que le verdict signifie pour elle.

Marie-Françoise Durupt blanchie. Le Tribunal de Bobigny a jugé, mardi, que ses propos dénonçant l’expulsion « inhumaine » de deux sans-papiers maliens « ne démontrent pas la volonté de s’opposer de façon violente à l’action de la police ». Une victoire et un soulagement pour cette employée de la Fédération Léo Lagrange, un mouvement d’éducation populaire, qui était jugée avec le Franco-Malien Youssouf Soumounou. Marie-Françoise Durupt estime cependant qu’elle n’avait commis aucun crime. Mieux, qu’elle n’avait fait que son devoir. Elle explique, pour Afrik, ce que le verdict de mardi représente à ses yeux et revient sur ce qui s’est passé dans l’avion.

Afrik.com : Votre sentiment à l’annonce de la relaxe ?

Marie-Françoise Durupt :
Ce qui est intéressant est que ce jugement signifie que l’on peut s’exprimer. Lorsque l’on m’a emmenée au commissariat de Roissy, j’ai dit que j’avais le droit de m’exprimer, qu’on était encore en démocratie. On m’a répondu que j’avais le droit de penser ce que je voulais, mais que je n’avais pas le droit de l’exprimer en public. Ce jugement montre aussi qu’on ne peut pas laisser la police dire n’importe quoi.

Afrik.com : Certains estiment que votre relaxe n’officialise pas un « délit de solidarité »…

Marie-Françoise Durupt :
J’espère que cela montre qu’on ne peut plus être condamné pour avoir mené un combat respectueux contre la violence policière. Mais si la police m’a arrêtée, c’était parce qu’elle voulait empêcher les gens de réagir. C’était un peu de l’intimidation, une façon de dire que si les gens réagissent, ils risquent une mise en examen et un jugement.

Afrik.com : Que s’est-il passé dans l’avion ?

Marie-Françoise Durupt :
L’incident s’est passé trois rangs derrière moi. J’ai entendu crier et que des cris étaient étouffés. Je me suis levée. Beaucoup de passagers maliens sont intervenus. Comme il y avait beaucoup de Maliens autour de moi et que je suis française, j’ai dit que j’avais honte à cause des pratiques policières. J’ai aussi dit que je n’avais pas payé un billet d’avion Air France pour assister à ça.

Afrik.com : Avez-vous agi spontanément ?

Marie-Françoise Durupt :
J’aurais pu me boucher les oreilles et ne pas intervenir. Mais j’ai agi spontanément parce que je travaille dans l’éducation populaire, la formation de citoyens actifs… C’est ce que j’apprends aux jeunes. Il y a une cohérence entre ce que je dis et ce que je fais.

Afrik.com : Pensez-vous que la police a exagéré ce qui s’est passé dans l’avion ?

Marie-Françoise Durupt :
Ils ont complètement amplifié les choses. Il n’y a pas eu d’émeute, mais juste une protestation. Il n’y a pas eu de paroles violentes, mais une protestation sur les conditions d’expulsion. En tant que citoyen, on ne peut que s’indigner des méthodes qui ne font pas partie du code de déontologie de la police.

Afrik.com : Youssouf Soumounou ne s’est pas présenté à l’audience mardi. Un membre du Réseau éducation sans frontières (RESF) a expliqué à Libération qu’il « « n’assume plus aujourd’hui son acte, il ne veut pas communiquer dessus ». Qu’en pensez-vous ?

Marie-Françoise Durupt :
Je ne sais pas s’il n’assume plus, mais Youssouf a toujours été avec moi, il a toujours été très calme. Mais je pense qu’il n’a pas compris pourquoi la presse s’est emparée de cette affaire, il n’a pas forcément le même rapport aux médias. Je pense qu’il a eu un peu peur. En sortant du tribunal le 3 juillet, nous avons été complètement assaillis par des télévisions, des radios… Je pense que ça l’a affolé et qu’il a eu peur de faire de la prison. Par contre, quand j’ai publié mon témoignage sur le site de RESF, je lui ai demandé la permission et il m’a dit qu’il était d’accord et que je pouvais mettre son nom. Quand je l’ai appelé pour lui annoncer la relaxe, il était très ému.

Afrik.com : Comment a-t-il expliqué sa participation à l’incident ?

Marie-Françoise Durupt :
Pendant l’audience du 3 juillet, il a dit qu’il était intervenu parce que, comme les policiers étaient en civil, il croyait que c’était simplement des gens se bagarraient. Quand il a vu que c’étaient des policiers, il s’est rétracté et n’a plus bougé.

Afrik.com : RESF a fait circuler une pétition de soutien pour vous. Quels autres soutiens avez-vous eu ?

Marie-Françoise Durupt :
J’ai été soutenue par les membres de la Fédération et par beaucoup d’anonymes. Quand j’ai regardé mon courrier, j’ai vu des cartes et des lettres d’Avignon, de Montpellier… Certains avec qui j’ai travaillé ou que j’ai côtoyés m’ont dit qu’ils n’étaient pas du tout étonnés que j’ai réagi comme ça, vu mon travail de promotion de la démocratie.

Afrik.com : Si c’était à refaire, vous soulèveriez-vous de nouveau ?

Marie-Françoise Durupt :
Oui. Quand on est confronté à la violence – toute forme de violence – c’est inadmissible. Je ne suis pas du genre à laisser faire ce genre de choses.

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