Rwanda : « Les militaires français sont accusés à tort », selon Jacques Hogard

La France est toujours critiquée pour sa présumée responsabilité lors du génocide rwandais. De même, les militaires français sont pointés du doigt pour avoir commis des exactions lors du drame. Seulement jusqu’à présent aucune preuve n’a été brandit. D’autant que, rappelle Jacques Hogard, ex-responsable militaire français, qui a dirigé l’opération Turquoise, les troupes françaises n’étaient pas présentes lors du génocide. Il livre à Afrik.com son regard sur cette épineuse question.

Des livres, des articles sur la responsabilité de la France et des militaires français dans le génocide rwandais, il y en a eu des tonnes. Dans tous ces divers ouvrages, on accuse Paris de n’avoir rien fait pour empêcher le drame, d’avoir soutenu le régime du président rwandais Habyarimana. L’association Survie est particulièrement virulente contre la France à propos de cet épineux dossier qui continue toujours de faire couler beaucoup d’encre.

Aucune preuve ne permet de donner du crédit à ces accusations
L’association Survie qui lutte contre la Francafrique a d’ailleurs lancé une campagne à l’occasion des 20 ans du génocide rwandais intitulée : « La France complice du génocide des Tutsis au Rwanda ». « On demande que les verrous sautent », selon Fabrice Tarrit, président de l’association. « Nous voulons qu’il y ait une prise de parole claire de responsables politiques sur la responsabilité de l’Etat français. La reconnaissance du rôle de la France, depuis 1990, doit être établie », poursuit Fabrice Tarrit.

Mais jusqu’à présent, et il faut le rappeler, aucune preuve ne permet de donner du crédit à ces accusations, rappelle l’ancien colonel français Jacques Hogard, qui a aussi dirigé l’opération Turquoise au Rwanda. « Il y a eu une désinformation contre la France sur le génocide rwandais », dénonce Jacques Hogard, qui ne mâche pas ses mots. Lui ne craint pas de dire les choses telles qu’elles sont, même si ses propos peuvent ne pas arranger les intérêts de certains. Il sait exactement ce qu’il en est. Contrairement aux idées reçues, « il n’y avait pas de soldats français au Rwanda lors du génocide », rappelle-t-il. L’opération turquoise a commencé le 22 juin 1994.

La France un coupable idéal pour beaucoup

Selon lui, « Alain Juppé, qui était à l’époque ministre des Affaires étrangères, a été le premier ministre français à avoir alerté la communauté internationale en disant qu’elle ne pouvait pas laisser faire ce qui se passait au Rwanda, et qu’un génocide était en train de se dérouler sous les yeux du monde entier », rappelle-t-il à nouveau. L’ancien ministre des affaires étrangères sous le gouvernement du premier ministre Edouard Balladur, interpellé dans une lettre ouverte, d’une trentaine de signataires, dont le journaliste Patrick de Saint-Exupéry, l’écrivain sénégalais Boubacar Boris Diop, ou le président du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR), Alain Gauthier, s’est d’ailleurs défendu face aux attaques à son encontre : « J’ai été le premier responsable politique français à le faire devant le Conseil des ministres de l’Union européenne d’abord puis à l’Assemblée nationale le 18 mai 1994 (…). La France avait lancé l’opération Turquoise face à l’inaction internationale, opération qui a permis de sauver des centaines de milliers de vie ».

Même son de cloche pour Jacques Hogard, qui affirme qu’il est clair que c’est « l’ONU qui a été défaillante face à la situation au Rwanda. A peine l’ONU a déployé ses soldats au Rwanda que huit jours après, elle a décrété leur retrait.» L’ancien militaire français pointe également du doigt les Etats-Unis, qui n’ont pas levé le petit doigt, et « avaient un autre programme et des vues sur les richesses de l’Afrique centrale. La France est donc un coupable idéal pour beaucoup. Une façon pour l’ONU et les Etats-Unis qui sont très proches de masquer leur responsabilité dans ce génocide. Bien évidemment, la politique française n’a pas été parfaite au Rwanda. Mais celle de l’ONU et des Etats-Unis a encore été plus grave ».