Royales funérailles

Image de funérailles

Les Africains dépensent beaucoup d’argent pour les funérailles de leurs proches. Au Cameroun, ces cérémonies varient en fonction des régions et des ethnies. Mais à chaque fois, les sommes dépensées sont énormes. La majeure partie est destinée à l’achat de nourriture et de boissons pour restaurer les invités. Une façon d’honorer les défunts et de marquer les esprits de ceux qui les ont connus.

Honorer la mémoire des défunts à tout prix. Les Africains dépensent des sommes astronomiques pour offrir des funérailles prestigieuses aux proches qui les ont quitté. Les Camerounais sont bien loin de déroger à cette règle. Tous collectent, parfois pendant plusieurs années, de quoi préparer une fête digne de ce nom à leurs chers disparus.

« J’ai perdu ma mère le 11 novembre dernier. J’organiserai une très grande fête pour ses funérailles dans un an, le temps de réunir suffisamment d’argent », explique Michel, 36 ans. Attendre un an n’a rien d’exceptionnel. Certains prennent même plusieurs années pour programmer cet événement. Une événement qui se déroule différemment selon les régions.

Variations régionales

Michel est d’origine Béti. Dans cette ethnie du centre, les funérailles se passent en trois étapes. « Les petites funérailles sont organisées neuf jours après l’enterrement du mort. A cette occasion, les proches mangent sur la tombe de la personne qui vient de disparaître. Les amis et les villageois invités s’installent en général plus loin. Pendant les grandes funérailles, qui se tiennent en général entre les petites funérailles et la commémoration ( premier anniversaire du décès, ndlr), la famille prépare une fête où une messe est dite », raconte-t-il.

Dans le sud, « les funérailles sont également sobres et ont souvent lieu une semaine après l’enterrement. La tradition est moins présente, un peu comme dans le nord », résume Simon-Pierre, 36 ans. A l’ouest du pays, bien des familles sont aisées. Les festivités peuvent donc avoir lieu une ou deux semaines après l’inhumation du parent décédé. L’héritage culturel est resté fort : la cérémonie commence le vendredi soir pour s’achèver le dimanche. Selon Michel, il y a au moins une grande fête dans cette région tous les week-ends.

Invités par milliers

Quelle que soit la région où se déroulent les funérailles, danseurs traditionnels et musiciens sont toujours présents pour divertir les invités. Le nombre de convives varie principalement en fonction du rang du défunt et du prestige de sa famille. Les cérémonies les plus importantes, qui commémorent le décès d’un roi ou d’un chef de village, brassent ainsi près de 8 000 âmes. Celles de taille moyenne rassemblent entre 3 000 et 4 000. Autant de bouches à nourrir et à abreuver.

Et beaucoup d’argent à dépenser. Si pour l’enterrement d’un disparu des Camerounais démunis abattent un arbre pour fabriquer eux-mêmes le cercueil, le jour des funérailles « chacun se débrouille comme il peut pour offrir à manger et à boire », commente Simon-Pierre. Plus généralement, certains dépensent plus que pour un mariage, alors que d’autres frôlent la ruine pour honorer la mémoire du défunt. Les proches et les amis du mort participent financièrement, et de façon spontanée, à la couverture des frais, même si la famille a prévu une épargne. Une collecte qui dure du jour du décès aux funérailles. Dans le cas du décès d’un homme politique, le gouvernement contribue au paiement des festivités.

Quand on aime, on ne compte pas

La différence entre les riches et les pauvres reste palpable au moment de payer la note. « Les familles qui ont peu de moyens offrent une petite collation, explique le jeune Camerounais. Ils achètent, par exemple, une chèvre et vingt litres de vin rouge pour restaurer leurs convives. Si l’on ajoute à cela la nourriture, ils dépensent en moyenne 250 000 FCFA (environ 381 euros, ndlr). Les familles riches de l’ouest, elles font des funérailles copieuses. Elles y invitent parfois de hautes personnalités et peuvent mettre entre 10 et 25 millions de FCFA, avec lesquels elles achètent des chèvres, du bœuf, du gibier, du poulet et toutes sortes de boissons ».

Et ce sont les boissons alcoolisées qui coûtent le plus cher. Les familles qui ont des relations s’arrangent pour avoir des prix intéressants. Les spiritueux les plus prisés sont « le vin rouge et le vin blanc local (fait à partir de la sève de palmier). Mais nous buvons aussi des alcools forts », précise Simon-Pierre. Un homme très influent de l’ouest aurait même fait venir un container entier d’un champagne de grand cru pour ses invités… Mais les Camerounais ont un petit penchant pour le whisky, local et international. Des goûts de luxe qui reviennent chers. « Une bouteille de notre Ricard vaut entre 5 000 et 5 500 FCFA. Pour le whisky, le prix tourne autour de 6 000 FCFA », explique Christophe Polet, directeur de Pernod-Ricard en Afrique Centrale.

Marque d’alcool sponsor de funérailles

Une fortune lorsque l’on sait que le salaire moyen avoisine les 150 000 FCFA par mois. Mais offrir à ses invités des bouteilles de marque étrangères est très apprécié et accentue le prestige de la cérémonie. Un filon que la société Pernod-Ricard exploite exclusivement au Cameroun depuis près de deux ans. Surtout à l’ouest. « L’un de nos collaborateurs nous a expliqué qu’il y avait un marché intéressant dans cette région compte tenu de l’ampleur des funérailles qui s’y déroulent. Nous sponsorisons surtout les funérailles importantes qui rapportent de l’argent, comme celles des rois ou des chefs de village. Nous offrons l’apéritif et, en contrepartie, la famille s’engage à acheter nos produits pour la cérémonie », commente Christophe Polet.

Si tout se déroule bien, Michel pourra offrir la fête dont il rêve pour sa mère l’année prochaine. Il n’envisage pas d’organiser des funérailles à moins « d’un million de FCFA ». Une commémoration qu’il entend rendre inoubliable. Par amour, mais aussi pour graver le souvenir de sa mère à jamais dans les mémoires.