Royal – Sarkozy : quelle action pour l’Afrique ?

Le débat décisif qui opposait mercredi 2 mai au soir les 2 candidats à l’élection présidentielle française a brièvement abordé les questions africaines.

L’Afrique n’était pas le centre du débat Sarkozy-Royal qui a captivé pendant deux heures la France, à quelques jours du scrutin qui décidera lequel des deux candidats occupera pour les cinq prochaines années la charge de Président de la République française. Pourtant l’un et l’autre ont abordé l’actualité africaine, chacun sous son prisme personnel.

Le Darfour, accord et désaccord

Point d’accord entre les deux candidats, leur vigoureuse dénonciation de l’attitude du gouvernement soudanais face au nettoyage ethnique en cours au Darfour, de la part d’éléments incontrôlés mais largement tolérés par Khartoum dans une zone de non droit dépeuplée par le massacre et l’exode.

Désaccord en revanche sur les moyens d’arriver à imposer des solutions par la voie internationale au gouvernement soudanais. Ségolène Royal, jugeant l’attitude de la Chine au Conseil de Sécurité des Nations Unies déplorable, en ce qu’elle protège Khartoum, a appelé à une véritable menace de boycott des futurs Jeux Olympiques de Pékin… Pour ramener la Chine a plus de responsabilité face au génocide en cours dans cette région martyre. Nicolas Sarkozy lui n’a pas souhaité exercer ce type de pression, faisant confiance à l’esprit de sportivité et aux valeurs pacifiques des Jeux Olympiques pour « ouvrir » et faire évoluer la Chine… Sur ce point comme sur d’autres.

Le codéveloppement, un objectif en partie partagé

C’est seulement en passant, et très rapidement, que les deux candidats ont évoqué les enjeux du co-développement. Ségolène Royal a en effet placé l’action de la France et des pays de l’arc méditerranéen (Italie, Espagne, en particulier) dans un cadre européen, pour appeler à une action importante en faveur du développement durable dans les pays d’Afrique, avec une promotion d’énergies alternatives, en particulier l’énergie solaire, afin de ne pas enfermer les pays africains dans le même modèle de développement que celui qui s’est déployé dans les pays occidentaux.

Elle a également insisté sur la nécessité de donner aux jeunes africains un avenir dans leur propre pays et de réformer les mécanismes d’une aide, aujourd’hui trop souvent captée par des profiteurs, ou profitant à des régimes corrompus et peu démocratiques. Sa critique rejoignait celle qu’elle a longuement exprimée dans son projet pour l’Afrique. En somme, pour juguler les migrations massives qu’elle redoute entre les populations des différents continents, Ségolène Royal souhaite faire perdre à ces mouvements de population leur attrait pour tarir la source des déplacements humains entre Sud et Nord.

Face à elle, Nicolas Sarkozy a évoqué la nécessité du co-développement pour souligner sa nécessaire réforme des conditions d’obtention des visas et des permis de séjour en France, insistant sur la nécessité pour les autorités françaises de « choisir » les immigrés et de ne pas les subir. S’agissant du regroupement familial, il a souligné l’importance de le subordonner à la détention d’un logement et d’un emploi fixe, ainsi que d’une bonne connaissance de la langue française pour les membres de la famille désireux de rejoindre le territoire français. En somme, pour stopper la folle course des jeunes du Sud vers le Nord, Nicolas Sarkozy a d’abord et avant tout mis en avant les barrières plus strictes à l’immigration qu’il pense élever.

La hantise de l’immigration

Sur l’intégration, les banlieues, la société française plurielle qui se constitue peu à peu, ni l’un ni l’autre n’ont réellement abordé le fond des problèmes qui sont posés, qu’il s’agisse des inégalités qui se créent entre les quartiers et les centres-villes, et entre les différentes catégories sociales. Toutefois, Ségolène Royal a mis en avant une forte politique de réhabilitation du rôle de l’Ecole et d’instauration de moyens pédagogiques et humains supplémentaires, là où Nicolas Sarkozy avait surtout insisté sur les baisses d’effectifs à prévoir dans l’ensemble de la fonction publique. Mais le message essentiel restait bien dans le style « La France, tu l’aimes ou tu la quittes« , pour reprendre le slogan fréquemment développé dans les meetings du candidat, cultivant une forme de hantise de l’immigration qu’il semble faire partager à son électorat.

Changement de génération, changement d’époque

Au total, plus de deux heures de débat, et peu de propositions concrètes pour le rôle de la France dans le monde, ou les rapports entre la France et l’Afrique. Un peu comme si l’international et les évolutions du monde ne comptaient pas vraiment au sein du débat français… Mais était-ce une surprise? Le changement de génération tourne aussi une page de l’histoire : ces deux quinquas ont commencé leur carrière à une époque où la décolonisation était terminée : d’où un autre regard sur les relations privilégiées entre l’ancienne métropole et les pays désormais indépendants du continent africain. C’est sans doute plus sain que certains anciens copinages, pas toujours très reluisants. Attention toutefois que cela ne tourne pas à l’indifférence!

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